gruyeresuisse

22/02/2015

Karin Handlbauer galeriste expérimentale

 

 

 

Haudlauer.pngGalerie Mezzanin Geneva, Karin Handlbauer, 63, rue des Maraîchers,  Genève, actuellement : Christopher Willams,  “The Production Line of Happiness”.

 

 

 

Défendre l'art est un acte militant. Il faut avoir un "gros" cœur mais aussi une curiosité et un regard "intelligent". Karin Handlbauer les possède. Elle sait trouver en Suisse mais aussi en Europe et au-delà du continent des œuvres qui font bouger les lignes. Dans un monde de l'art  atteint par  la gangrène de la consommation à outrance, l’accumulation et la violence  la directrice de la galerie Mezzanin fait partager une vision de la recherche formelle qui ne détricote pas la beauté au profit d'une simple déconstruction-panacée. L'américain Christopher Willians qu'elle expose actuellement le prouve. Son œuvre relie un certain Pop-Art  à une forme d’Art Conceptuel mais outrepasse de tels clivages comme le font les œuvres d'autres artistes que Karin Handlauer défend : Christina Zurfluh et ses labyrinthes, Maureen Kaegi  et ses montages dessinés propices du meilleur "change" à la réalité.

 

 

 

Handlbauer.jpgLa galeriste n’est jamais prise au piège de l'esthétisme qui ne retient que le geste critique au détriment d'un apport plastique réellement neuf.  C'est pourquoi les artistes qu'elle illustre, en liant les deux approches dans un postmodernisme du plus conséquent, risquent d'être  rapidement récupérés  par le système de représentation "main street" et les musées du monde entier. Mais Karin Handlbauer n'en a cure. Et tant mieux si les œuvres qu'elle défend reçoivent succès commercial : elles le méritent. La galeriste aussi. Elle use le meilleur de son énergie pour résister aux tendances du temps afin de "dériver" avec acharnement vers des œuvres qui cultivent un flux plus qu'un reflux. Elle prouve qu'être galeriste est affaire de courage et de professionnalisme. Il ne s'acquiert qu'au fil du temps mais réclame aussi un sens inné de l'anticipation. La vocation de la directrice de Mezzanin est de savoir ce qui se fait afin de « proposer-voir » l'ailleurs d'un devenir en "suspens" et  de défendre celles et ceux qui prennent le relais du futur en enrichissant l'imaginaire.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

14/02/2015

L’insaisissable émotion cinétique de Maureen Kaegi

 

 

Kaegi.jpgMaureen Kaegi, Galerie Mezzanin, Genève, du 19 mars au 23 mai 2015. "Focus",  Kunstmuseum, Winterthur jusqu’à fin février 2015.

 

 

 

Il arrive que les couleurs consolent. Encore faut-il que leur  mariage consume les apparences. Maureen Kaegi l’organise. Elle distribue les couleurs en dentelles, étoilements et plages. Celles-ci ignorent la paix idéale comme les mouvements de chaos. Une intériorité émerge. Son pur commencement est la poésie de la nature défaite des entraves les plus évidentes.  Nappes et filaments créent des champs perceptifs en mirages. Ils traversent des nocturnes tels des aurores boréales.

 

 

 

Kaegi 2.jpgDes chorégraphies visuelles abandonnent quelques laisses de blanc en trainées. La texture n'est pas monologue, mais dialogue. L'ajout de pigments purs ou en glacis permet de comprendre, petit à petit,  l'obscur comme la lumière de ce qui s'ignore encore.  Tout s'enflamme ou s’étend ne formant  plus qu'une unité d'ombres et de lumières réunies sur le support. Maureen Kaegi opère dans la précision, la juste touche afin de créer le mouvement de vie. La peinture semble boire les océans et déplacer la montagne.  Qui peut la reconnaître ? Qui peut la voir ? À quelle porte vient-elle frapper ?Toujours est-il que imagination va bien au-delà de la réalité. 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

 

 

10/02/2015

Jeu de mains n'est pas pas de vilain - Katja Schenker

 

 

Schenker.jpgKatja Schenker, “ Zementgarten ", EAC (Les Halles), Porrentruy, du 15 février au 12 avril 2015

 

 

 

Pour  Zementgarten   dont la commissaire d’exposition est Esther Maria Jungo, Katja Schenker  poursuit son travail d’action et de performance. Elle crée à Genève un « jardin » en ciment composé de structures  mouvantes où l’intervention corporelle joue un grand rôle. L'expo  est finalement constituée, de 5 photos d'éponges colorées, de  dessins au mur et au sol ainsi que de 2 stèles en béton, le tout   issu de processus performatifs. Les stèles sont  des positifs de  moulages ou plutôt d'intrusion de doigts dans de l'argile. Masse et fragilité se répondent là où différents types d’énergies et de matières entrent en jeu. Le rôle de la main y est essentiel. Il s’agit à la fois de « donner la main » à la matière puis de lui trouver des échos dans des pièces de porcelaine conçues pour l’exposition.  L’index et le majeur y deviennent le symbole de « l’outil » principal mais aussi développent l’idée non seulement « de jeux de mains,  jeux de vilains» mais de souligner un geste de paix.

 Katja.jpg

Existent un principe d’utopie, un scénario fictif pour une narration très particulière. Elle permet de repenser le statut de l'œuvre d'art et de son contexte de production au sein de la labilité d'une expérience sensible. L’idée de Sol Lewitt selon laquelle “ la machine fait l’art” et donc reprise à la base par la présence de la main. Celle-ci inscrit à la fois la subjectivité dans la création mais s'intéresse à la production d’œuvres d’art et leur construction. L’œuvre dans son ensemble crée un espace mental utopique. Il offre des pistes d’appréhension mais aussi une grande jubilation.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret