gruyeresuisse

17/10/2016

En présence des clowns : Jacques Flèchemuller



Flechemuller 2.jpgDe la pratique très éphémère du métier de clown dans un cirque itinérant, Jacques Flèchemuller a hérité de l’art du masque et du comique. Mais ce masque ne cache pas : il cabosse, rend dérisoire les images codées de l’érotisme en vigueur. Flechemuller.pngLe glamour des pulpeuses femmes tirées des images de papier glacé joue des « choses » de la mode comme des attributs paysagers. Et il n’est pas jusqu’à un prince d’un rocher monégasque à ressembler à un bouliste rehaussé de primates.

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Dans une imagerie tirée des dessins des années 50 où les couples semblent particulièrement niais l’artiste crée un contre-pied hérité de l’admiration du peintre pour « Les Pieds Nickelés », première B.D. mal pensante et anarchiste. Partant de leurs quatre héros anti-mousquetaires Flèchemuller a repris à sa main les grands maîtres comme les images populaires. Manière de rendre Vélasquez et Goya encore plus noirs qu’ils le furent. La cocasserie est omniprésente mais elle se nourrit d’une certaine angoisse. Flechemuller 3.jpgLes peintures plutôt que d’épouser le courant le remontent en cultivant des ratages programmés fertilisés par des savoirs dont l’origine se perd sans doute dans les premiers moments de l’art et la pratique des masques que les hommes inventèrent au moyen de terres de diverses couleurs pour créer des ruptures sémantiques avec ce qu’ils furent.

Jean-Paul Gavard-Perret.

11/10/2016

Frédérique Longrée : entre mysticisme et matérialité

Longrée.pngParfaite irrégulière de l’art Frédérique Longrée sait que, depuis Hamlet, tous les fossoyeurs se prennent pour des philosophes. Par précaution elle sort l’art des cimetières même si son imagerie côtoie la camarde. Née libre mais ayant subi des douleurs intimes elle ne prétend pas résoudre les problèmes du temps. Elle fait mieux en découvrant ce qui est soustrait à notre vue par ses montages. Sans prendre rendez-vous avec l’Absolu, l’impertinente propose une vision métaphorique du réel plutôt que le bâtit d’une civilisation.

Longrée2.pngFrédérique Longrée rappelle toutefois que la vie n'est pas qu'un leurre et la mort un Shakespeare. Surréaliste (belge) à sa manière elle se méfie des complices et des cannibales de la « vérité ». Elle rappelle au passage qu’il ne faut pas compter sur les peintres de l’indicible pour révéler l’insondable.

 

Longrée 3.jpgL’éloge de sa liberté passe néanmoins par des visions complexes et habitées, dans l’alliance du sérieux, de l’intime, de la distance critique et de l’imaginaire. Surgissent des rituels d’écarts. Ils rendent le néant plus proche et plus lointain à la fois. Car voici le paradoxe : le visible se dissout dans les apparences que l’artiste dilue. La douleur reste présente mais l’artiste l’évoque en filigrane. Elle en est plus incandescence. Manière tout autant d’éviter que le coït redevienne chaos et qu’une fusion mystique lui serve d’alibi. L’œuvre renvoie à l’humour noir, à l’amour, au silence. La créatrice n’a cesse d’ailleurs de les faire se télescoper en se contentant d’en caresser leurs dissonances.


Jean-Paul Gavard-Perret

08/10/2016

Iris Gallarotti : profondeur du dessin


Gallarotti 2.jpgIl faut au dessin "juste" une ouverture, unique et momentanée, une ouverture qui signe l’apparition comme telle. Mais ce "juste" n'est pas facile même si a priori tout le monde peut se penser dessinateur. Iris Gallarotti donne à son art une forme de dissemblance programmée. Elle touche au plus profond car le réel échappe à ses tenants et ses aboutissements. Lignes de fuite et fragmentations nous laissent orphelins de lui au profit de nos desseins et notre énigme. De minuscules traces d’encre apparaissent, s’accumulent, se dispersent selon des mouvements complexes où un certain érotisme n’est jamais loin.

Gallarotti.jpgIl convient de déambuler sans but dans l'œuvre afin de comprendre comment la masse du monde prend forme et comment les œuvres transforment leur propre statut. Elles sont le fruit l'histoire d'un combat entre la forme et l'effacement dans le corps à corps que se livre l'artiste devant la feuille de papier en sa quête d'une image-mère.

Gallarotti 4.jpgIris Gallarotti ne se veut pas chercheuse de trophée imaginaire à ramener chez elle mais d'un regard du plus profond de l'être, là où se trament notre vie, notre pensée, notre affect et notre corps. Au rêveur endormi fait place l’insomniaque rêveur sidéré par ce que le dessin étale et condense en transposant l’image du rêve dans un autre champ de perception sensorielle. L’hallucination est provoquée par effet de surface. Le dessin n’est plus équivalence, il n’est pas un portant visuel du réel mais son point de repère, son point de capiton, son nœud parfait qui n’a pas besoin de corde et qui donc ne peut être défait.

Jean-Paul Gavard-Perret

Iris Gallarotti, "Je de m…", "Tu me m…", Galerie Alexandre Motier, Genève, 2016 et  février1917, Local-Int, Bienne.