gruyeresuisse

18/03/2015

Jean-Luc Manz : écarter l’espace pour y mettre du sens

 

 

 

Manz.jpgJean-Luc Manz, Skopia, Genève, 20 mars - 16 mai 2015.

 

 

 

Dans l’œuvre de Jean-Luc Manz des successions d’intervalles créent des trouées de lumière. La cohérence d’un tel travail ne peut être dissociée d’une attitude fondamentale adoptée par le créateur face aux enjeux de l’acte de peintre. Jean-Luc Manz n’a jamais varié sur le sujet. Il  s’intéresse aux trames, plages et  pans afin de s’y perdre sans forcément y trouver une issue (à la limite ce n’est pas recommandé…). Par ce biais l’artiste renonce à une certaine forme de représentation afin de mieux prendre la lumière. La couleur trouve une autre intensité et les formes une nouvelle densité.

 

 

 

Manz 2.pngL’univers pictural se déleste d’un poids des choses (même lorsque des jeux de briques semblent apparaître).  Chaque œuvre « respire » pour  creuser et provoquer (de plus en plus et de mieux en mieux) l’imaginaire en le frottant à des espaces en fragments. Cela crée des chemins pour le regardeur sans qu’il n’en connaisse la voie. Et ce via une sensibilité à laquelle le Vaudois ne renonce pas. La beauté ne passe plus par la reproduction ou la déconstruction ces deux « clés » (souvent fausses) de l’art actuel. La part méditative de l’oeuvre rappelle les plus grands abstracteurs et reste sensible par la densité des formes. Elle joue entre l’alternance continu-discontinu des formes et la sensualité toujours en demi-teinte des couleurs.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

16/03/2015

Stéphanie Pfister étrangère au Paradis

 

 

 

 

 

Pfister Bon.jpg« La plage », edition Ripoée, Nyon, « Entre le soulèvement des fesses et le soulèvement des pistolets en plastique », coll. Sonar, art&fiction, Lausanne.

 

 

Pfister 3.jpgStéphanie Pfister aime les germinations intempestives, figuratives mais dégingandées et approximatives, insolentes et poétiques. Etres et objets sont traités selon une perspective ludique mais néanmoins profonde : une main marquée de quelques traits dit tout de la vieillesse. Bref partout où le dessin laisse sa trace une hantise naît. Pas la peine de "chiader" les détails et les raccords. L'artiste ramène toujours à "l'humaine condition" sans tambour, ni trompette. Chaque objet "torché" ou tordu en devient la métaphore propre à illustrer ce qui nous affecte et nous grignote.

 

Pfister portrait.jpgDans ses schèmes simplifiés l’artiste évacue l’empâtement au profit de l’économie graphique. Son rôle n’est pas de faire corpus au monde mais de mettre à nu sa mécanique. Stéphanie Pfister neutralise les discours sociologiques, politiques. Elle inscrit la dérision qui oblige le regardeur à construire sa propre lecture et analyse Par son minimalisme l'œuvre griffe la peau des apparences, démonte ses constructions. Cela permet de suggérer ce qui fait notre débauche paisible,  notre pusillanimité voire notre absence de vertu.  L'artiste prouve que ce que nous pensons reste une erreur conforme. Dessiner, installer (mal pour déconstruire mieux) revient à s’arracher à l'erreur mystique en des devoirs de drôlerie corrosive. De telles  œuvres miniatures ou grandioses éloignent des contorsions spéculatives. Les éléments du réel  tels qu’ils sont proposés font éclater les stéréotypes avec une volupté aussi drôle que sérieuse.

 

 

 

J-Paul Gavard-Perret

 

 

 

14/03/2015

Parr et pluie

 

 

 

Parr 2.jpgMartin Parr, « Bad Weather »,  Espace JB - photographie contemporaine Carouge, jusqu’au 1er mai 2015.www.espacejb.com.

 

 

 

 

 

Martin Parr court le monde afin de le photographier : après avoir braqué longtemps son objectif sur les classes moyennes et ouvrières, il s’est intéressé aux richissimes afin de montrer comment la pléthore et le luxe sont entrain de tuer la planète.  Mais l'exposition « Bad Weather » permet de remonter aux sources du travail de l'Anglais. Avant de passer aux couleurs volontairement criardes, ici le  noir et blanc et le cadrage classique mettent en évidence la critique et l’humour inhérents à l’ensemble de son œuvre. Considéré  comme le photographe des seuils, au lieu de s'abandonner au flux des images, Martin Parr souligne le vide existentiel dans un mixage d'attention amusée et de froideur. Parr.jpgLe (mauvais) temps semble en suspens et le photographe reste attentif à repérer les signes souvent inaperçus qui déréalisent le monde tel qu’il est avant qu'il ne s'effondre dans l'insignifiance. En cette série argentique tout décorum est évacué au profit d'une poésie des riens sinon pitoyables du moins anecdotiques : les personnages sont abandonnés  à la lisière de paysages en furie. Ils doivent traverser leur désolante tristesse en tenant debout. Ils font ce que nous faisons. Ils sont ce que nous sommes sous un ciel lourd qui ne semble jamais avoir été léger. Difficile pour de tels semblables et frères de chanter sous la pluie ou la neige.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret