gruyeresuisse

09/09/2015

Elfie Semotan vers un autre théâtre du monde

 

 

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Quoique sexagénaire, Elfie Semotan reste parmi l'avant-garde autrichienne. Epouse de Kurt Kocherscheidt puis de Martin Kippenberger, fashionnista à sa manière pour chacune de ses photos elle se demande : Qu'est-ce qui naît désormais ? Qu'est-ce qui devient ? Au cœur du travail de l'artiste trônent des portraits d'êtres et de lieux. S'y mêlent réalité, fiction et autobiographie. Chaque photographie confronte le spectateur à des sujets intimes et qui révèlent une sensibilité et une lucidité peu ordinaires. La photographe s'interroge sur les apparitions et les disparitions que produisent ses prises. Il s'agit non seulement d'apprivoiser un "sujet" mais l'image elle-même afin d’ouvrir des portes de faire tomber tabou ou interdit sans la moindre facilité provocatrice. La transgression est d'un autre ordre. L’objectif est d’atteindre une vérité du "sujet humain" et de savoir au sein même de la construction d'une photo ce que devient le regard.

 

 

 

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Elfie Semotan travaille afin que l’art réponde toujours à la phrase de Walter Benjamin "une image est ce en quoi l’Autrefois rencontre le Maintenant, en une fulguration, pour former une constellation neuve". Pour chaque nouvelle série elle tente d'éliminer des "restes", des flocons d'absence en réglant une certaine lumière afin de toucher un rythme. Le tout entre exils et déplacements. Ils ne cessent de motiver la pensée d'une artiste pour laquelle le "témoignage" de quelque chose du réel glisse pour le transformer en quelque chose de désirable.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Elfie Semotan, galerie Mezzanin.

 

 

04/09/2015

Rachel Labastie : avec le temps

 

 

 

labastie.jpgA travers ses mises en espace de ses œuvres ambitieuses, profondes, habitées et dans leur radicalité, Rachal Labastie crée un appel du temps. Mais sans vision passéiste. Les objets exhumés sont moins des reliques que des « opérateurs » capables de pousser à la réflexion. Dans leur théâtre de majesté coulisse par fragments (ailes, roues de charrettes par exemple) de quoi toiser le regardeur. Installations et sculptures n’appellent pas plus la caresse, qu’elles ne caressent les fantasmes. Chaque œuvre provoque des interrogations par les histoires qu’elle rameute tout en signalant  le constat du déclin de monde et de l’art lorsqu’il cultive la mollesse.

labastie 2.jpgLes travaux de Rachel Labastie ont donc beau être des fantômes : dans leur fixité ils secouent le regard. L’artiste ne cultive pas le charme mais des visions  dont il faut subir l’impact.  Il convient de se laisser emporter en une sensation de vertige pour la pure émergence. Elle est proposée non pour supporter l’existence mais pour la soulever dans son interrogation sur la notion de temps. Les vestiges du passé suggèrent une critique de notre époque malade de ses doutes et de ses peurs. De telles œuvres  ne servent pas à « faire joli ». Elles tapissent l’espace de leur présence, de leur empreinte afin de créer l’arête du seuil entre passé et présent et contre l’oubli.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

L’artiste est représentée en France par la Galerie Odile Ouizeman (Paris) et en Suisse par la Galerie Analix Forever (Genève).

 

03/09/2015

Michel Frossard et l’intime

 

 

 

Frossard.pngMichel Frossard sait que l’intimité ne se « donne » pas facilement.  Mais chacune de ses photographies reste à la recherche d’une sidération afin de créer un émoi esthétique particulier. Le corps de la femme n’y est pas pour rien. Le noir et blanc ajoute son intensité garde l’anxiété du chemin retiré lorsque les êtres s’abandonnent, perdus peut-être, éperdus sûrement. Il semble s’attarder sur la coulée du corps pour en retenir le cours non sans un certain sens du rite. Son regard rend jusqu’aux les angles morts la possibilité d’être vivants. La femme y est soyeuse  et parfois sauvageonne. Elle se dit frêle mais elle nourrit le feu, cadastre sa limite. Qu’importe si l’ouest part avec le soleil, elle reste l’objet du désir de la lumière qui s’en fait le voyeur. Là où tout est écart de conduite : l’aplomb ou la contre-plongée retient l’essentiel d’un mystère entrevu.

 

Frossard 2.pngParfois le Genevois le segmente mais il reste au plus près du réel. Le visage du modèle demeure caché si bien qu’il n’a pas besoin de baisser les yeux. Chaque prise appartient à l’ordre de la caresse, de l’aporie et de l’impudeur insidieuse. L’image dit ce que les mots ne peuvent montrer.  Dans ce but l’artiste rappelle à ses modèles ce que Matta demandait aux siens : non être mais « se désêtre » afin de s’abolir dans la paix et le risque du total abandon. Aspirées par les contradictions d’ombres et de lumière, les effets de jours noirs et de nuits blanches, les corps semblent entrer dans un dérive programmée et sourde. Chaque femme même plaquée au sol est soulevée par des hélices de lumière au sein de nappes de cendres.

 

Jean-Paul Gavard-Perret