gruyeresuisse

14/04/2016

Andreas Dobler et le gothique


Dobler 2.jpgAndreas Dobler, “L’attrait du primitive”, Body and Soul, Genève, à partir du 15 avril 2016.

 

 

L’œuvre d'Andreas Dobler est à l’intersection de diverses influences. Celui qui pratique à l’occasion le cinéma, le théâtre ou la musique avec le groupe doom « Celtic Frost » voit son goût pour l’underground se parachever dans son travail de plasticien. S’y retrouve le surréalisme, le romantisme noir, la culture populaire et le pop-art : tous ces genres sont revisités. Se mélange dans l’œuvre dynamique et hallucinée une foule de figurations hétéroclites et souvent drôles.


Dobler.jpgS’éloignant de la représentation humaine l’artiste mixte divers objets au moyen de l'acrylique, de l'huile ou du spray ou en des dessins à l'encre en noir/blanc et au grand format. Les titres des œuvres sont parfois dessinés sur un élément du décor de paysages nocturnes ou de S-F non sans dérision critique. Par exemple dans « Under Fire » un saucisson sur socle se désintègre sous les attaques de rayons laser venus du ciel. Dans « Meringue Flottantes » une utopie architecturale menace au moment où une armée de meringues flottantes font de la résistance. L’artiste par ce biais interroge la perception que l'on a du réel. Métamorphoses, distorsions et d'anamorphoses trompent les habitudes de notre regard et l’artiste se fait le magicien de l'illusion.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09/04/2016

Sandra de Keller : une 4L et pas plus

 

 Sandra de Keller.jpgSandra de Keller, "Renault 4 Life", Fitzpatrick Leland House, Los Angeles.

 

Née à Genève, la photographe autrichienne Sandra de Keller a fait de la 4L son atelier improvisé en hommage à sa première voiture. Mais la nostalgie n’est plus ce qu’elle était. Et plutôt que le passé, la vie et le présent remuent. La carcasse est tout sauf un cimetière : elle prend un air de fête : des enfants se faufilent dedans pour jouer. La femme elle-même la transforme à sa manière en un peep-show ironisé. Elle ferme les yeux. Pour effacer l’image ancienne et anticiper un advenir à soi ou pour se moquer des lapins voyeurs aveuglés par les feux arrières.

Sandra de Keller 3.jpgLa 4L a donc échappé à l'amoncellement des épaves. Un chat errant s'y réfugie parfois pour dormir un moment sur le siège du mort. S’y voyaient les cuisses de la femme sous une jupe étroite qui s'arrêtait aux genoux. Il est possible de la retrouver encore. Preuve que la voiture basique et populaire peut devenir un vaisseau du rêve. Il semble improbable mais loin de la rouille perdure une sorte de Paradis terrestre sur divers chemins de traverse à Ibiza ou ailleurs.

Jean-Paul Gavard-Perret

28/03/2016

Les « éthernelles » de Dana Hoey


DANA BON.pngDana Hoey, « Uncanny Energy », Grand Palais, Avenue Winston Churchill, 75008, Paris et Genève, à partir du 5 avril 2016, Analix Forever.

 

Chaque émissaire féminine de Dana Hoey propose une charge. Les couples deviennent des attelages particuliers. Tout portrait fait souche dans l’air par énergie douce mais provocatrice. La photographe propose des ressemblances décalées, des discordances augurales dans lesquelles l’homme n’est plus le maître et où l’érotisme n’est plus conjugué au profit du masculin.


Dana.jpgExiste tout un travail de pointe pour remettre à sa juste place celle du phallus. Parfois réduit à un os à ronger il est foudroyé avec légèreté, humour et aporie. Les femmes deviennent des éphémères d’un nouveau genre : elles appellent au futur ou à l’ « éthernité ».


Dana 2.jpgL’opacité qui est signe du réel. Celui-ci est traversé par la femme pour qu’il s’incarne à sa main contre la violence qui lui est faite et pour le désir qu'elle revendique. L’artiste transpose les pièces détachées du corps féminin pour les remonter autrement. Elle secoue les négatifs du temps passé non pour les colorer mais les charpenter afin que la femme ne soit plus vue seulement les yeux « bandés ».

 

Jean-Paul Gavard-Perret