gruyeresuisse

09/05/2015

Le grand ensemble de Jean Le Gac

 

 

 

 

 

Le Gac.jpgJean Le Gac L'atelier parallèle Musée de Carouge,  Genève, 24 avril - 30 aout 2015.

En collaboration avec le Mamco  le Musée de Carouge reçoit l'artiste français Jean Le Gac. Depuis fin des années 1960 l’artiste se joue des catégories habituelles de l’art en ce qui tient d’une forme d’autofiction où la littérature est remplacée par les images. Peintures, photographies et textes « scénarisent » un peintre (Jean Pleinemer) dont Le Gac invente la vie en un mixage entre réalité et imaginaire. Le rôle du créateur (en général) y est revisité. L’artiste avance autant par à-coups que mures réflexions. Le résultat demeure très construit, même si l'ensemble est sinueux.

 

 

 

Le Gac 2.jpgLes amorces viennent des mots comme des images :  c'est du hasard manœuvré,  de la cuisine fabriquée à partir de télescopages.  En multipliant les sauts entre les registres, les idiolectes, le but n'est pas seulement de rechercher un effet ludique mais de découvrir « sur le tas » une anti-rhétorique esthétique. Celle-ci devient le moyen de détourner le ronron de l’histoire de l’art avec autant d’ironie que d’un certain militantisme. Convertissant  tout en image - y compris les textes – se crée un schéma analytico-intuitif traitant des conditions de possibilité d’énonciation de l’art  : il amène des cornes de gazelle à l’art là où – en un suprême paradoxe - le contexte est à jamais superflu mais tout autant prégnant.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

02/05/2015

Cendres Lavy et les interdites

 

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Cendres Lavy, Editions de la Salle de Bains, 6 Euros, 2015.

 

 

 

Cendres Lavy cultive haies et lisières, dégrafe des soutien-gorge, montre des postérieurs moins pour les enivrer de caresses par des voyous de barrière que pour faire crisser les apparences. Les robes de certaines de ses femmes sont arrachées. Elles n'ont pas pour autant épuisé leur provision de panache. Même s'il ne reste qu'un peu de safran au fond de leurs yeux. Sous la jaune transparence de leur voile se distingue le ruisseau noir qui partage leur corps en deux cuisses disjointes. Se  découvrent aussi des muscles ronds et des trapèzes du dos puis la nuque. On arrive aux  cheveux. Sous les chignons surgissent des chairs brillantes en porcelaine.

 

 

 

CENDRES LAVY 2.jpgCENDRES LAVY.jpgMais la Genevoise a mieux à faire que cultiver les rêves. Ses germinations sont  « atrocement » drôles. Les corps « blasphémés »  pulvérisent toute paix des ménages et des corps. Ils avancent sans honte et en provocation selon un certain délire. Face aux vautours du réalisme les femmes de Cendres Lavy restent des rebelles riches de leurs ardeurs et leurs outrances. Elles refusent  de plaider pour nous : elles abusent au besoin de nos manques et de nos fuites. Tout équilibre  est ignoré : l’artiste alimente la complexité des êtres par delà la simple idée de beauté. Elle pense donc mal pour dessiner  ce qui échappe aux images policées.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

28/04/2015

Stephen Felton l’essentialiste

 

 

Felton.jpgStephen Felton, The Wind, Love and other Disappointments, cycleDes histoires sans fin , séquence printemps 2015 , Mamco, Genève du 18 février au 10 mai 2015

 

 

 

Stephen Felton plutôt que d'évacuer la question centrale de la peinture préfère lui faire face en se confrontant à la toile de la manière la plus radicale : le geste feint d’y devenir enfantin. En fait il est le plus (ironiquement) sérieux qui soit. Aux peintres qui s’interdisent la peinture et le tableau, l’artiste offre donc  le plus cinglant démenti en feignant une régression. Néanmoins le cerveau est essentiel à cette peinture « primitive ». Le geste est là  mais le créateur a la politesse de ne pas le montrer. N'en déplaise à beaucoup ce n’est pas  le geste qui compte mais ce qu'il est capable de produire.

 

 

 

Felton 3.jpgStephen Felton reste un grand technicien mais pas un mécanicien de l'art.  Formes simplifiées et  mono-couleur lui servent à jouer contre l'excès. A l’opposée de la saturation la peinture n'a rien d'un spectacle en elle-même. Elle fait beaucoup mieux. Elle invente un espace aussi bouleversant et nécessaire. Ses valeurs plastiques sont d’une vitalité rarissime. Chaque sujet est traité avec beaucoup plus de finesse qu’une première impression permettrait de penser. La figuration simplifié permet d'amorcer une forme de nouvelle vision.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret