gruyeresuisse

02/10/2018

Yann Haeberlin : traversées

Haeberlin.jpgYann Haeberlin, Art en Île - Halle Nord, espace d'art contemporain, Genève, octobre 2018.

 

Flâneur d'Afrique et d'Europe, Yann Haeberlin - lauréat 2017 de la bourse de la Ville de Genève pour la photographie documentaire - a parcouru le Burkina Faso, le Benin, le Togo, le Sénégal, la Mauritanie, le Maroc avant de remonter vers l'Espagne jusqu'en Suisse. Il a effectué le voyage que font les oiseaux migrateurs de (presque) un coup d'ailes et qu'effectuent  plus lentement celles et ceux qui fuient la guerre, la faim dans l'espoir de trouver en Europe des terres moins hostiles mais qui ne le sont pas toujours.

Haeberlin 3.jpgIl a photographié des êtres humains et leurs lieux "exogènes" comme il a photographié en Suisse les domaines skiables et à Lausanne les anciens jardins familiaux du quartier de la Bourdonnette. Avant leur destruction, il a pu saisir des cabanes habitées par des migrants d’horizons divers. En dévers des utopies imagerantes Haeberlin refuse la mise en boîte muséale de l’art. Les choses de la vie deviennent sources de création. Le monde reste un atelier ambulant s'y mêle la neige et le sable, les hommes et leurs traces parfois abstraites et presque invisibles.

Haeberlin  2.jpgLe photographe accumule une sorte de documentation. Elle se transforme en instants de poésie intempestive. L’art pour autant ne bascule jamais dans l’à-peu-près. Choisissant toujours des prises frontales Haeberlin suggère des atmosphères étranges et éphémères où se mêlent divers indices de précarité. Outils, fruits, légumes, objets divers, espace,  jouxtent les hommes dans le désordre de lieux et de situations provisoires. La vie est là : grave et ludique, pleine d'humilité et de coeur. L'artiste offre des constats : au regardeur d'y effectuer son propre chemin.

Jean-Paul Gavard-Perret

25/09/2018

Peter Regli : avant l'automne

Regli.jpgPeter Regli, "La fin de l'été", Galerie Laurence Bernard, Genève, du 13 septembre au 10 novembre 2018.

"La fin de l’été" est la première exposition personnelle de l’artiste suisse Peter Regli à la galerie Laurence Bernard. A côté de ses sculptures, photographies et interventions dans l’espace public - dont son projet "Reality Hacking" interventions temporaires et anonymes en ville depuis les années 1990- , l'artiste présente ses peintures au brutalisme coloré et abstrait.

 

Regli 3.jpgEntre flux et déplacement Regli cerne la complexité de l’être sans souci de leçon. Existe des approches, des attentes, des montées, des descentes dans divers circuits de reprises, de circulations et d’articulations. La peinture porte atteinte au vide par espoir de fusion. Demeure néanmoins le risque de l’abîme au sein d’un mouvement vers un assemblage peut-être impossible.

Regli 2.jpgLes apparitions et présences sont troubles et mouvementées. Une sorte de vérité est mise à nu. Le désir semble pouvoir se rattraper mais le doute subsiste. L’œuvre capte surtout la latence, le creux. L’image n’est donc plus un simple croire voir mais un déboîtement de reprises en reprises en divers danses et envols.L’artiste crée des hymens, des connexions des circulations où des opposés tentent de se rejoindre, de s’articuler. Ils portent atteinte au vide par espoir de fusion. La peinture se projette et s’érige pour répondre au silence et au manque.

Jean-Paul Gavard-Perret

24/09/2018

Caroline Tapernoux : apparitions

tapernoux 2.jpgCaroline Tapernoux, "Luminances", Andata Ritorno, laboratoire d’art contemporain, Genève, du 13 septembre au 13 octobre 2018.

 

Les réfractions et les diffractions d’ordre multiple sont à la base des Tapernoix.jpgtransfigurations de Caroline Tapernoux. L’artiste transforme  la matière en écharpes flottantes par  divers effets d’opalescences. Pour autant l’œuvre n’accouche pas de la chimère . Les substances utilisées (altuglas, polyester, verre, miroir, fer, aluminium…) sont à la base d’une statuaire particulière où joue la diaphanéité de l’air  ou de l’espace. Les masses sortent de l’opacité et vont vers la transparence là où de l’inframince peut naître d’une sorte d’épaisseur.

Existe un transfert presque impalpable entre le visible et l’invisible où tout reste en ombres portées et suspension loin de tout effet de chromatisme. Si bien que les notions de forme, de contours, d’empreintes, d’épaisseur crée un imaginaire énigmatique. Perdurent  divers échanges de lumière qui rejouent  un premier temps de la création dans une recherche aussi expérimentale que poétique.

Tapernoux 3.jpgLe jeu entre apparence , apparition, présence, vide est là pour suggérer un altérité particulière loin des simples considérations féminin et masculin même si le sujet de ce travail est l’œuvre d’une femme  qui (écrit-elle) instaure « la relation à soi, le rapport au-dedans et au-dehors». L’objectif est un enveloppement / développement afin d’exprimer une sur-vivance qui tord le cou à bien des esthétiques d’autodestruction. Jaillit un corps que l’artiste ne cherche ni à dénuder ni à effacer mais à catalyser selon de nouvelles données lumineuses au delà des apparences pour une apparition en filets de brume.

Jean-Paul Gavard-Perret