gruyeresuisse

08/07/2017

Nicole Blanche Mezzadonna et Joanna Concejo : extension du rationnel

Mezzadonna.jpgNicole Blanche Mezzadonna, Joanna Concejo, « Un pas à la fois », Editions Notari, Genève.

Ce livre est a priori pour enfants. Mais a priori seulement. Certes l’histoire est attendrissante. Au service des envois non traitables par la poste, le héros fait preuve d’imagination pour combler les vides des adresses incomplètes ou illisibles. Néanmoins sa vie est d’une précision kantienne et soumise à une raison du même acabit. Elle le dirige eu égard aux injonctions d’une tante dont il a hérité et dont les paroles le hantent. Mezadonna 2.jpgDu moins jusqu’au jour où le personnage découvre petit oiseau tricoté. Mais ses mailles se défont : elles vont entraîner le héros loin d’un cercle où il tournait en rond. Mais le livre est encore plus fort par les dessins de Joanna Concejo. Ils semblent parfois venir d’archives et proposent des renaissances qui contiennent des abandons nécessaires à la vie du personnage entraîné du son cercle premier vers une bien autre ronde. En surgit un chant et un contre-chant du monde. Tout se joue entre traces et subtilités afin de poser la question de l’identité comme différence.Mezzadonna 3.jpg Les dessins dégagent le texte d’un aspect purement narratif. On ne peut pas pour autant parler à leur propos de formes purement « stylisées ». Une porosité particulière au monde dans une poésie plastique transforme le réel par mutations. Jaillissent ça et là des êtres ou animaux fantasques. Le geste de création n’a rien d’une reproduction. L’artiste ne cesse de plonger dans un sillon ludique qui dépasse le réel au moment même où le monde proche est de plus en plus lointain au diapason des compagnons inédits du personnage.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

13/06/2017

La Jérusalem d’Efrat Shvily à Genève

Efrar.jpgEfrat Shvily, « The Jerusalem experience », Centre de Photographie de Genève du 2 jui au 20 aout 2017.

Efrat Shvily ne donne pas de titre à ses photographies bien que elles soient au service du documentaire. Elle photographie Israël et plus particulièrement les territoires « occupés » du « grand Jerusalem » . Les photographies se veulent des états des lieux : s’y découvrent souvent des maisons à demi construites ou préfabriquées. L’artiste veut montrer une forme d « interchangeabilité » des lieux.

Efrat 2.jpgAvec Oren Myers, pour «The Jerusalem Experience», l’objectif est différent. La créatrice présente la façon dont la Jérusalem historique se transforme en une «expérimentation» visuelle à l’aide des technologies de pointe, dans l’intérêt des visiteurs et celui des forces politiques, religieuses et commerciales concernées. Assaillis par un barrage de sons et d’images, les spectateurs sont confrontés à un travail exceptionnel, enveloppant et qui donne de Jérusalem une vision aussi « classique » et monumentale qu’inédite par adjonctions muséales.

La photographe israélienne y fait preuve et force mais aussi de délicatesse raffinée. Elle remodèle la ville en cultivant un enchantement qui est là pour rappeler son aspect toujours aussi éternel que provisoire. Le projet n’a donc rien d’une simple visite. L’artiste semble témoigner de la beauté avec en filigrane l’injonction de ne pas y toucher dans un montage aussi simple que sophistiqué.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

11/06/2017

Izet Sheshivari : un monde simplifié par l’évidence du multiple

Sheshi 2.jpgPar sa transformation du concept de livre, Izet Sheshivari poursuit sa mutation des images. Héritier de John Armleder il continue à renverser leur valeur en des mises en pages qu’il produit (et non reproduit) en donnant au support une nouvelle place.

Les morceaux d’images deviennent des pièces prélevées d’un plan séquence ou d’une sorte d’enquête filée. Izet Sheshivari en propose un éclaté ou une mise à plat. La visualité du monde est modifiée par le tramage et le processus d’impression au sein d’une traversée et d’une reconstruction.

Sheshi.jpgL’artiste ne cherche pas forcément l’attrayant et encore moins le décoratif. Ses arrêts sur image rendent l’anecdotique à la fois détachable du monde sans que la réalité soit remise en cause. Chaque page confirme un jeu de côtoiement et de séparation.

Sheshi 3.jpgLe réquisit de l’inhabituel est rendu décisif à travers l’anodin. Une sorte de fluidité aère l’encombrement et si rien ne bouge, rien ne suffoque, tout aère et circule. Un grain parfois plat ou un certain glacé fait de chaque tirage - et par amputation du cadrage des choses - une sélection d’espace où le tout essaime et s’échappe.

Jean-Paul Gavard-Perret

Izet Sheshivari, « Two Hands » « Two Coffee (Metropolitan Museum of Art) », Editions Boabooks, Genève, 2017.