gruyeresuisse

24/05/2016

Naomie del Vecchio : exercices de nudité

 


Del Vecchio 4.jpgLes dessins de Naomie Del Vecchio se rapprochent du réel sans la moindre clémence pour la « bienséance ». Pour autant la Genevoise ne cultive pas l’outrance. Mais corps et paysages se soulèvent ou se creusent au seuil d’un surgissement ou d’un rappel à la jouissance. Il n’est pas jusqu’aux traits embryonnaires de questionner parfois le ciel ou le destin des arbres. S’y inscrit un certain passage des dieux dans la matière du monde. Le but n’est pas l’assouvissement mais la persévérance de la faim. L’art joue pudiquement le jeu du désir pour en disposer autrement.

Del Vecchio 3.jpgLa créatrice nous fait complice de sa psyché mais toujours avec un écart, une distance. L’ironie n’est jamais absente là où le dessin renvoie à la chair du réel comme préalable à sa transformation. Le temps est délimité par un face à face avec la page où l’artiste le couche. Preuve que le dessin - plus que tout autre échange - unit. Son horizontalité est l’épreuve de recommencements insaisissables. Son pouvoir n’est pas d’illusion mais d’étreinte. Les volumes font ce que les caresses font mal. Précipités ils dérobent mais bien mieux que les mains de l’homme.

Jean-Paul Gavard-Perret

20/05/2016

Le franc-maçon et son arpète - Jean-Luc Manz & Fabienne Radi


Radi 4.jpgJean-Luc Manz, « Sérigraphies », texte de Fabienne Radi, HEAD, Genève, 2016.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Jean-Luc Manz a tout dit non seulement de l’art et de la vie en affirmant que « l’abstraction n’est jamais au départ mais bien à l’arrivée ». De quoi séduire sa commentatrice. Fabienne Radi - ne croyant pas à l’Ascension - considère l’âme comme une vue de l’esprit. De quoi - diront certains - aller droit dans le mur. D’autant que Jean-Luc Manz l’invite. Mais la chose est déjà entendue : il ne s’agit pas d’y entrer : on y est.


Radi.jpgBref l’auteur quittant son jardin des délices seconde son pote âgé pour faire le mur. Le BTP n’a qu’à bien se tenir, la belle de Cas d’X et d’autres dérives met sa main au ciment pour placer ses partitions légales entre les parties égales des parpaings rouges de Manz. Le duo devient capable d’engendrer la maison de l’être. Preuve que l’avenir est dans les briques. Et le couple de faire mentir ceux qui préemptent l’affirmation : «Pour cent briques t’as plus rien ». Que nenni : il suffit d’un talent de répétition et un subtil jeu de variations pour créer comme le fait l’artiste une loge maçonnique.


Jean-Paul Gavard-Perret

13/05/2016

Vera Lutter : le réel et son ombre

 

Lutter 2.pngVera Lutter, galerie Xippas, Genève, du 19 mai - 31 juillet 2016.


Loin des contraintes naturalistes Vera Lutter ouvre le ventre du réel pour en faire jaillir un onirisme. Elle expérimente tout les potentiels du procédé de la camera obscura en enregistrant en direct et en négatif des effets de la lumière sur le papier sensible. Son œuvre ouvre sur le paysage urbain, l’architecture, les sites industriels (ports et chantiers) auxquels elles donnent des visions mythiques et en abîme par effets de miroirs. Venise inondée, les gratte-ciel de Manhattan prennent un caractère aussi féerique qu’étrange.

Lutter.pngSouvent monumentales ses photographies subissent de longues durées d’exposition à la lumière (parfois plusieurs jours). Elles sont créées par des appareils photographiques qui ont la taille de ses images. Si bien qu'il est nécessaire parfois d’utiliser des containers en chambres noires. L'éphémère, le mouvement se diluent dans le temps de la prise en retenant parfois des formes fantomales. Au réel s’ajoute des hybridations qui semblent aussi irréelles que fluides, là où le flou se conjugue à la précision. Un tel travail pourrait ressembler à une performance. Néanmoins seul le résultat fini compte. La question du réel et l’essence de la photographie sont remises en cause.

Lutter 3.pngLe charme opère. Les cadrages et la lumière créent des images ambiguës, déconcertantes. Elles plongent le regardeur vers une série d’interrogations. Si bien que la photographie n’est plus l’infirmière impeccable d’identités paysagères conformistes. L’imaginaire du regardeur est obligé d'imaginer encore. Le retour à la réalité se produit de manière compulsive et délirante entre ivresse et rêve là où le paysage est séduisant par ses métamorphoses nocturnes.

Jean-Paul Gavard-Perret