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27/01/2017

Laurence Boissier : à la vitesse du mot et de l’instant



Boissier.jpgLaurence Boissier, « Inventaire des lieux édition revue et augmentée » , collection Re:Pacific, editions art&fiction, Lausanne, 2017.

L'écriture de Laurence Boissier ne brille jamais par effets ou excès. Néanmoins son livre devient pour son lecteur ce que disait Wilde de son journal intime : "Il faut toujours avoir quelque chose de sensationnel à lire dans le train". A partir de situations et lieux basiques (train bien sûr, couloir, baignoire, station-service, etc.) l'auteure crée la nomenclature d’un quotidien aussi simple qu’étrange où le héros (transformé en divers sujets interpelés en diverses personnes grammaticales) devient un Buster Keaton des temps postmodernes. Le dispositif est simple : sur la page de gauche, un mot, qui désigne un lieu. En face, ceux qu’il a inspirés.

Boissier 2.jpgLe réel rugueux se pare de la sorte d'un masque bergamasque. Tout autant, les récits qu'en propose Laurence Boissier représentent parfois des bords de lac éclairé de Watteau jusqu'à devenir des histoires d'O. Néanmoins la narratrice ne dépasse pas les bornes même si dans ses textes l'âme n'est que la prothèse du corps lorsqu'il est mal embarqué. Elle sait que dessous il y a la bête. Mais qui veut en écrire la queue ne raidit rien qui vaille et n'entoure en jambages que bandes de vieille peau.

Laurence Boissier a mieux à faire en traitant ses lopins de terre par la fantaisie. Elle devient elle-même le sujet souverainement expressif. Sa langue se transforme en crinière. Elle rend désuètes les proses aux cheveux de chauve oublieuses de l'essentiel : les petits riens qui sont tout. Bref l’ « Inventaire » apprend à vivre là où la plupart se contente d'exister.

Jean-Paul Gavard-Perret

22/01/2017

Les vagues du rêve : Ferdinand Hodler

 

Holder.jpgPeindre d’après nature ce fut pour Ferdinand Hodler peindre des femmes. Nues. Seules ou avec leur partenaire. Ses dessins font de lui un fondateur de l’art moderne non seulement par ses toiles qui le rapprochent d’un Puvis de Chavannes mais par l’érotisme de ses dessins. Ils furent néanmoins rarement exposés voire tenu cachés. Héritier de Courbet Hodler y échappe autant au symbolisme qu’au réalisme idéalisé et bien pensé.

 

Holder 3.pngLa destinée du corps devient plus souple. Elle est dépouillée non seulement des vêtements mais d’un environnement social déterminé. Dans les peintures, les couples prennent place dans un décor sans profondeur où priment l'agencement rythmique des figures et la recherche de la frontalité. Holder 4.jpg

 

 

En particulier avec les couples enlacés de “La Nuit” qui suscitent un scandale à Genève en février 1891. Dans les dessins l’émotion et la vision sont (im)pertinentes. La femme n’est plus l'héroïne spirituelle d'une aspiration à l'harmonie dans un drapé intemporel : elle retrouve son incarnation première.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jura Brüschweiler, Hodler érotique, Editions Notari, Genève, 2016.

 

20/01/2017

L'origine du monde selon Vidya Gastaldon

 

Gastaldon.jpgVidya Gastaldon, "Push the Earth with your Knees, the Sky with your Head", Art Bärtschi & Cie, Genève, du 24 janvier au 31 mars 2017.

Pour Vidya Gastaldon la vie et l'art sont de continuels développements et dévoilements. La créatrice en est "l'instrument" : ce qui entre en elle et par son travail devient réalité. Elle corrige l'image habituelle en la remplaçant par la subjectivité d'une jungle optique montée de toute pièce. Gastaldon 4.jpgPar ses peintures et ses installations en suspension elle poursuit un travail de sidération et de recueillement. La figuration se mélange aux formes des songes afin de créer un univers plastique de l'ordre du cosmique merveilleux. Composées de laine, de baguettes de hêtre, de fils et de perles, les suspensions s'imposent dans l'espace en créant des arbres inversés. Ils déplacent les mondes en entrainant vers une matérialité qui jouxte l'impalpable par effet dialectique.

Gastadon 3.pngL'artiste ajoute des éléments induits par les signes de la philosophie dont les "Shakti", principe féminin d’énergie vitale en sanskrit. Tout est donc relié à un érotisme particulier, rieur, extatique. Des sortes de germes émergent : il faut savoir les découvrir dans ce qui semble inextricable mais qui donne sens à l'invisible loin d'une prise rationnel au monde. Jaillit ce qui a été oublié ou perdu dans une civilisation en souffrance et en mal de souffle cosmique. Sous l'hallucination se cache une vérité d'origine.

Gastaldon 2.jpg

 

De telles figures font entrer dans la forêt des songes dont certains sont éveillés. L'artiste repose la question de l'image à partir des images de rêve qu'on ne parvient jamais à décrire. Elle offre une preuve de la supériorité de l'image. Elle actualise la temporalité rendant son passé caché présent dans le futur. Preuve que l'art devient réel en dévoilant.

Jean-Paul Gavard-Perret