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31/10/2016

Valentin Carron : dépositions


Carron.jpgValentin Carron, « Deux épaisseurs un coin », Centre d'Edition Contemporaine, Genève, du 16 septembre au 26 novembre 2016.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Carron 2.pngValentin Carron joue du décalage des éléments de la culture populaire et muséale, du quotidien et même des médiums qu’il choisit. Cassant le décoratif - mais pour le remonter autrement - il propose une ironie faite de beauté et d’un brin de nostalgie. C’est habile et efficace. Au CEC il présente deux travaux inédits : « L’Exercice » film et « Sunset Punta Cana » (édition d’un livre accompagnée de « Deux épaisseurs un coin », sculpture issue d’une série de plaque de bronze. L’ensemble se compose de ce qui est à la fois exemplaire unique et la partie d’une série : ce qui sous-entend une absence.

Carron 3.jpgLe film (pas d’une marche sans fin en une sorte de néant), la reproduction d’une couverture de livre (soleil couchant) et la plaque (avec rebuts insérés dans le bronze sous formes de reliques) créent les portions d’une narration. Elle demeure ouverte à partir de tout ce qui est sensé appartenir à l’oubli. Reste le « coin » d’un et en manque. L’œuvre d'un des plus prometteurs artistes non seulement suisses  mais internationaux creuse autant l’attente que l’inachèvement pour leur dépassement en une forme d’huis-clos. La pensée s'y sent soudain poussée plus loi, hors d’un monde magique et pour l’avènement de celui où rien n'est jamais fini, où les pensées qu'on croyait mortes (avec le temps) persistent et où celles qu'on croyait incompatibles se mélangent.

J-Paul Gavard-Perret

21/10/2016

Shaun Gladwell pour la première fois en Suisse


Gladwell 2.pngShaun Gladwell, Galerie Analix Forever, Genève, jusqu’au 2 novembre 2016

 

 

Gladwell 4.pngBarbara Polla propose une vision exhaustive de l’œuvre de Shaun Gladwell. L’artiste né en 1972 à Sydney a quitté l’Australie pour parachever ses études et son approche de la peinture mais aussi d’autres médiums (photographie, vidéo). Il est aussi intéressé par les grands espaces, les déserts, la vie urbaine qu’il explore par la Street-Dance, le Skateboard et les sports extrêmes. Ces pratiques l’ont rapproché de la performance. Avec « Maddestmaximus » (2009) il a produit une série où se mêlent le surf et le skate-board sur les routes perdues intitulées « tueuses de Kangourous ».

Gladwell 3.pngEn 2009, Gladwell devint l’artiste de guerre officiel commissionné par « L’australia War Memorial » en Afghanistan qui le mit en relation avec le théâtre de la guerre. Sortant de ce domaine à partir de 2011 il a présenté plusieurs performances et chorégraphies. Il a créé en 2013 une vidéo de sa version du « Der fliegende Hollander» de Wagner. Gladwell a réinterprété l’opéra en remplaçant le personnage du marin par un surfer et en s’inspirant d’un générique du film de surf : « Morning of the Earth ».

Gladwell 5.jpgIl a créé aussi « Reversed Readymade » avec un sportif professionnel de BMX à partir de « La roue de Bicyclette » de Marcel Duchamp et a présenté un travail vidéographique intitulé « Skateboarders VS Minimalism » au Sydney Festival en juxtaposant la culture populaire et muséographique. Pour « Love Stories » (Phautomnales 2016), Shaun Gladwell propose « Tripitaka ». Cette œuvre expérimentale est consacrée à son premier amour : un jeune moine héros-héroïne de la série TV culte japonaise Monkey. « Tripitaka » est interprété par l’actrice Masako Natsume et en se fondant sur des séquences d’images retrouvées, recomposées, ralenties par lui. L’artiste réinvente l’icône qui aura personnifié pour lui la découverte des « verts paradis des amours enfantines » (Baudelaire).

Jean-Paul Gavard-Perret

 

17/10/2016

Jean-Louis Boissier : sans et sous mobiles apparents

BOISSIER BON.jpgJean-Louis Boissier « L’écran comme mobile », Editions du MAMCO Genève, 2016, 240 pages, 32.00 €

Il ne va pas de soi que l’écran représente la promesse d'une aube. L’apparition de l’image donnée pour « vraie » soumet à un inégal combat. L’être humain perd en âme et conscience ce qu’il gagne croit gagner en « vie-tesse ». Sous couvert de proposer l’utile et l’agréable l’écran portable façonne l’inutile et le désagréable où à la fois tout passe et rien ne passe au moment où l’homme - unidimensionnel voyeur - se courbe en rompant avec le réel et en se fondant sur un univers d’artefacts.

Boissier.jpgLa vision semble plus large et le monde plus préhensible, la course face au temps atteint jusqu'à la « possibilité de l’impossibilité » : mais Boissier montre qu’il s’agit là d’une simple vue d’un esprit déjà fortement programmée N’étant plus seulement réfléchissant, l’écran - et ceux qui le programment - pensent à notre place. D’'un côté sa « sagesse », de l'autre notre folie. Entre les deux l’ivresse, l’indivisible égarement. Séduit et se croyant omniscient l’être « embrassé » s’y retrouve clos et gisant. Plus qu’un autre analyste, Boissier permet de comprendre combien l’écran portable, sans et sous mobile apparent, brise certains de nos liens. Sauf celui dont nul ne pourra nous défaire : celui de la brisure même. Et c’est bien là le problème.

Jean-Paul Gavard-Perret