gruyeresuisse

05/01/2017

Todd Bienvenu : A bigger Splash


Bienvenu.jpgTodd Bienvenu, « Dive », galerie Sébastien Bertrand, Genève, jusqu’au 14 janvier 2017

 

 

 

 

 

Bienvenu 3.jpgTodd Bienvenu est un peintre expressionniste façon BD mais où la matière peinture prend la place du dessin. Les scénarisations sont traitées de manière comique, fortement colorée et faussement naïve. Rien d’apaisant dans sa méthode. L’artiste fait feu de tout bois et de tout sexe. De quoi provoquer le rire les petits enfants comme les grandes personnes en des tapages hors saison là où tout devient hors service ou presque. Mêmes les piscines et les maillots de bains de celles qui se veulent charmeurs du serpent. Les esclaves de l’amour plongent de manière ridicule et retombe rarement où ils l’avaient prévu. A la profondeur l’eau répond ironiquement la platitude de la peinture.

Bienvenu 2.jpgIl  existe autant de dangers sur les plages où elle vadrouille que dans le palais de Venceslas, roi de Pologne du Père Ubu. En la mer, façon, Bienvenu ce n’est pas seulement les vagues qui font des vagues mais ceux qui pissent dedans. Bref les boulets ne manquent pas et ils ne baissent jamais les bras. Ils sont désormais des hommes libres mais qui manquent d’équilibre autant mental que physique. Et l’auteur les anime en ce qui est formellement peu admis. Les couleurs sont trop vives et les dessins volontairement maladroits. L’art ne dégrafe pas seulement les soutient-gorges des naïades d’autant qu’elles le font elle-même sans demander de pourboires. Tout est organisé pour du tapage avant même  les « bigger splash » qu’un autre peintre plus sage (enfin presque) immortalisa (David Hockney).

Jean-Paul Gavard-Perret

26/12/2016

Julia Wellner : vers l’invisible

Wellner.jpgJulia Wellner, « Take me back to the frozen north »,Espace JB, Genève, du 26.janvier au 1er mars 2017.


Julia Wellner propose des paysages oniriques à partir d’architectures ou de lieux naturels par l’usage du sténopé ou d’un appareil classique afin de révéler le monde sous un aspect « fantômal » et minimaliste. Wellner 2.jpgLa photographe poursuit une œuvre cérébrale et poétique où la présence se réduit à des formes qui sont autant d’inflexions dont la tessiture passe de la lumière à l’obscur et vice versa : la couleur elle-même semble se métamorphoser en noir et blanc. Le paysage se dissout. Les visions semblent jetées hors du temps. La vibration se diffuse en ondes, en courbes de niveau.

Wellner 3.jpgPar ce qui reste de paysage le mystère s’épaissit avec une liberté formelle toujours renouvelée en suite de halos spectraux. De telles présences permettent d’accomplir un voyage dans la photographie. L’œuvre implique une qualité d’attention qui ne force rien mais que rien ne peut remplacer. Le travail dans sa mentalisation même crée une émotion particulière : celle d’un face à face sans tension ni précipitation. Elle ne permet plus de se soustraire à une présence mystérieuse.

Jean-Paul Gavard-Perret

23/12/2016

Philippe Fretz : interférences et diffractions


fretz.jpgPhilippe Fretz, « Double-porte I », In medias res, n° 8, décembre 2016, art&fiction, Genève,Lausanne.


On aurait tord de se passer des portes puisqu'elles sont faites pour ça. Quelle qu'en soit la largeur - et à défaut d'épaisseur suffisan(te lorsque l'homme ne les franchit plus - la lumière filtre encore. Comme à travers les fentes de Thomas Young que Philippe reprend à sa "main". Dans les jeux d'ondes une annonciation a lieu. Le jeu des interstices crée des frises auxquels l'artiste concrétise, femme aidant - puisqu'on parle d'Annonciation - des interprétations cosmiques. S'y mirent ex cathedra(le) engloutie d'étranges fluctuations voire des orgies mentales qui sont autant de questions à résoudre sur l’interprétation des images et du monde.

fretz2.jpgPhilippe Fretz y présente in extenso ou presque des panoramiques aux excroissances sourdes : des factures visuelles se succèdent en se gonflant par attroupements intempestifs que la Visitée génère de sa seule présence. Ouverte à l'univers, à ses accidents et autres apocalypses, tocsins et calypsos, elle malaxe le cortex qui parvient au paroxysme d'un défoulement. fretz3.jpg

 

Il y a là de nombreuses morsures qu'entraîne le modus existenci de cette double porte : Marie flitoxée de lumière par la chaleur de Dieu qui est lumière) se prive d’un petit lainage XXL mais offre à la fois entrée et sortie là où comme l’écrit Tim Mareda dans sa postface « les idées à l’image des corps cheminent et interfèrent ».

 

Jean-Paul Gavard-Perret