gruyeresuisse

04/07/2015

Claudio Moser ou l'amour des verticales

Claudio Moser,  « Noon at night », Skopia / P-H Jaccaud, Genève 28 mai – 11 juillet 2015.


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Claudio Moser est fasciné par la fluidité de la verticalité et sa note portée aux infinis reflets de l’attente. Les étendues paisibles des paysages comme des architectures  brillent de leur souffle ascendant comme aboutissement. Il n’y aura pas de tempête. Le réel est expurgé de ses méandres et donne à l’extase visuelle l’odeur  pénétrante des senteurs d’épure et d’effluve. L’immensité rejoint ce qui la raccroche au monde. Les lignes se fixent pour gagner sur le chaos. Le réel - fléché vers le haut - n’opte pas pour autant une révélation mystique. Simplement à la place d'une errance l'espace se  rebâtit selon une vision où la sérénité remplace l'angoisse. Un front avance et s'élève.  "Atmosphériquement" suspendu, immobilisé par la photographie il est reconstruit par une force d’érection qui invente une poésie de l'espace plutôt rare dans la photographie et l'art du temps. A nous de montrer dans la fable de tels lieux.


 


Jean-Paul Gavard-Perret


01/07/2015

Election au Mamco : Lionel Bovier prophète en sa ville

 

 

Bovier.jpgLionel Bovier va prendre la direction du Mamco à la fin de l’année en succédant à Christian Bernard. Il y a une suite logique avec une telle nomination eu égard les ambitions de l'institution. Ayant racheté à Michael Ringier collectionneur et patron de presse sa maison d’édition, Lionel Bovier (naguère enseignant et curateur) a créé en quelques années avec JRP (dont le nom  est constitué des  initiales de « Just Ready to be Publlished » et dont le logo est dû à Francis Baudevin) )  un catalogue particulièrement pertinent de 200 titres sur l’art contemporain ponctué de best-sellers :  catalogue de l’exposition Fischli & Weiss tiré à 20000 exemplaires par exemple. JRP Ringier est devenu le premier éditeur d’art contemporain en Suisse. La part belle y est faite autant aux jeunes artistes qu’aux « anciens » plus reconnus. S’y croisent aussi bien John Armleder qu’Albert Oehlen,  La dynamique de la maison d’édition va devenir celle du Mamco car Bovier y développera la même énergie et les mêmes ambitions. Il y suivra sans doute ceux qu’il n’a eu  cesse de défendre : auprès de l’Ecal de Lausanne par exemple. Ouvert à bien des postmodernités comme aux mouvements récurrents de l’art contemporain  le futur directeur aura de quoi enrichir les collections et les expositions de son institution ouverte tant sur la Suisse et sa jeune création que sur le monde.


Bovier 2.pngLionel Bovier en effet n’a « jamais fait du suisse simplement parce que c’est du suisse ».  Et les artistes helvétiques qu’il défendra supporteront sans peine la concurrence internationale. Il a par ailleurs le mérite de bénéficier d’un réseau international conséquent. Christophe Chérix avec lequel il lança JRP est conservateur du cabinet des estampes du MoMA New York. Les collaborations internationales initiées par Christian Bernard n’en seront que renforcées. Ajoutons que l’éventail des goûts du futur directeur est large - d’Hedi Slimane à Bryan Ferry. Bovier cultive une passion  pour la pop culture mais  sait dégager le bon grain de l’ivraie. Refusant d’éditer un livre sur les peintures plus que douteuses de David Lynch il  reconnaît en  «Blue Velvet» un film majeur pour l’histoire de l’art. Le nouveau directeur du Mamco comme son prédécesseur sera donc de ceux qui fiers de leur liberté ne la galvaudent pas. En l’honneur de sa ville de naissance il saura sauvegarder un esprit critique affûté, seul richesse sur le plan artistique, d’un directeur digne de ce nom.


 

Jean-Paul Gavard-Perret


29/06/2015

La société du spectacle selon Philippe Fretz

 

 

 

Fretz.jpgPhilippe Fretz, Bateleurs, In Media Res, n° 6, art&fiction, Lausanne, 2015. Annoncé aux mêmes éditions de l’artiste : « Le crépuscule des lâches » (nous en reparlerons).

 

 

 

 

Chaque époque possède ses bateleurs. Philippe Fretz le « Warburgien » crée avec eux un nouveau chapitre de ses « planches » selon une hagiographie particulière où le passé œuvre le présent et où celui-ci en dépit de son inondation iconographique se voit remisé à une portion congrue. Le tout selon un style ou plutôt le langage que Philippe Fretz invente  le long de ses enquêtes filées. Avec In Media Res n°6 il abandonne le paysage pour ceux qui l’habitent  en arpentant  routes ou chemins de fortune.

 

 

 

L’humour et la feinte naïveté n’y sont jamais oubliés. Le lien entre les deux crée une fragrance particulière où la divagation devient le prétexte à un resserrement. Aux gestes de bateleurs d’hier ceux d’aujourd’hui s’ajustent non sans anachronismes ou décrochements visuels volontaires. De tels accrocs créent moins des chiasmes qu’une synthèse inédite. Les bateleurs semblent parfois emboîter les pas de chanoines égarés sur le chemin d’on ne sait quel cours d’abbesses. Mais tout reste en suspens.

 

 

 

Il y a plus des attentes que des gestes accomplis : lorsqu’ils le sont cela ressemble plutôt à un mime entre  golfe clair et golf aux trous abîmés.  Une nouvelle fois dans cette entreprise si originale le temps vacille, l’imagerie se complète de textes toujours subtils. Ils habillent les créations et les documents d’ailes et de rémiges. Frets caresse ainsi autant le vénéneux que le velours mais  avec distance dans une œuvre de discrétion où les images deviennent les fleurs safranées et énigmatiques des cendres du temps.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret