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18/01/2017

Angela Marzullo : lotta continua

 

Marzullo.jpegAngela Marzullo, « Feminist Energy Crisis », du 27 janvier au 12 mars 2017, Centre de la photographie Genève

 

 

 

 

Marzullo 3.jpgCelle pour qui l'instruction à domicile constitue une thématique centrale de ses performances et vidéos, ( cf. « Homeschool », Editions Nero) continue à travers de nouveaux travaux photographiques - qui soulignent la place de ce médium dans son processus conceptuel et sa pratique performative -l’exploration du féminisme non seulement comme thème esthétique mais comme essence de son existence. Avec son alter ego, Makita, l’artiste revêt diverses casaques : intellectuelle féministe, « sorcière », mère de famille politisée afin de montrer ce que le féminisme engage et dégage. L’exposition fait écho à celle de Manon dans le même lieu il y a deux ans et qui est considérée aujourd’hui comme la pionnière de l’art de la performance en Suisse.

Marzullo 2.jpgChez ces deux empêcheuses de tourner en rond au sein d’un univers longtemps annexé par des « re-pères », transparaît le combat contre la passivité et l’acceptation féminines institutionnalisées Angela Marzullo se révèle une fois de plus incisive iconoclaste. Humour et gravité cohabitent dans son travail. Toute la postmodernité tend à se déplacer pour modifier la position même du voyeur en ses attentes perceptives. L’artiste se concentre sur le corps féminin, les stéréotypes et les présupposés qui lui sont liés. En les faisant apparemment siens elle les décape dans des prises aussi fractales qu’au second degré. Se poursuit l’effraction de mentalités obsolètes par le renouvellement de dispositifs plastiques et plus particulièrement ici photographiques. Un ignoré de l’être est donc rendu visible là où corps exposé joue du « travestissement» pour faire bouger les lignes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Catherine Safonoff et la proxémie


Safonoff 3.png

Catherine Safonoff, « La distance de fuite », Anne Pitteloud, «Catherine Safonoff, réinventer l'île », Editions Zoé, 2017.

Catherine Safonoff est une vieille dame indigne et indignée, victime à l’occasion d’elle-même et de sa compassion. A force de côtoyer les marges, elle a compris que l’écriture « raisonnable » ne réussit plus à donner l’expérience de la vie tant le réel ressemble parfois à une fiction. En lisant et relisant Proust, Ramuz, Beckett, Michaux elle retrouve des piliers afin que son écriture emmagasine certains instants qui deviennent des livres. Ils sont pleins d’alacrité et proches de l’autobiographie. Pour autant l’auteure n’aime pas le mot et préfère parler de « longues lettres à des inconnus ». Et de préciser « Ecrire, ce n’est pas difficile : en revanche, vraiment s’adresser à quelqu’un, cela, c’est une opération très complexe.»

Safonoff 1.pngSes proches se retrouvent dans « la Distance de fuite » dont le titre est emprunté à Pascale Quignard. Et bien sûr sa génitrice qui fut le personnage central de « Autour de ma mère » (2007). Elle affirme, en dehors d’elle : « je ne distingue aucun bâti familial autour de moi». En conséquence ce livre permet d’approfondir l’idée du lien et du dénuement. Catherine Safonoff a pu les approfondir par ses ateliers d’écriture en prison. Elle y a compris l’importance de la proxémie : à savoir la distance que les êtres comme les animaux mettent entre eux pour garder soit une autonomie, soit un pouvoir ou une soumission.

Safonoff 2.pngMais la proxémie passe aussi par les mots et leur impact : il faut savoir jouer de leur niveau suivant les circonstances. Celle qui a toujours aimé les voyous et les poétesses et qui entretient de nombreux liens avec les inconnus le sait. Elle explore ce qui rapproche les êtres comme ce qui les fait fuir parfois de manière inexplicable.

Safonoff Pitteloud.jpgMais Catherine Safonoff évoque aussi les contrastes des sociétés occidentales postmodernes où les corps suivant leur lieu statut social ne possèdent plus la même « nature ». « La distance de fuite » est donc tout autant un espace intérieur qu’extérieur. Anne Pitteloud dans son essai permet d’approfondir  la lecture d’une œuvre aussi intime que généreuse. Genevoise et libertaire comme son modèle, avec « Réinventer l’île » l’auteure mesure l’importance, la cohérence et l’originalité de celle qui pourrait être sa mère. Sur un plan intellectuel elle l’est sans doute.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

13/01/2017

Danila Tkachenko : vigie et abandon

Tchachenko 2.jpgDanila Tkachenko, « Restricted Areas », Skopia, Genève du 20 janvier-11 mars 2017. Livre éponyme : Dewi Lewis Publishing 80 p.

 

 

 

 

Tchachennko 3.jpgLe monde ne sert plus de fond aux photographies de Danila Tkachenko. Si bien qu’elles semblent sorties d’un rêve, des limbes ou d’une temporalité d’un ordre original. Tout reste auroral et ne subit aucune souillure même si les objets sont en désuétudes. L’artiste crée une perturbation et une lutte obscure contre l’ordre établi. Les éléments flottent de manière impromptue.

Tchachenko.jpgCette situation est réitérée d’une œuvre à l’autre. Nous sommes dans la communauté d’un royaume entre vie et mort. Il s’agit d’entrer en un sommeil du monde sans encore rêver de ce qui pourrait s’imaginer là où rôde la catastrophe ou à l’inverse la quiétude. Le réel ne coïncide plus totalement avec ce qu’il est. Existe à la fois un abandon et un lieu de vigie. La métaphysique contamine la physique, l’ailleurs l’ici, l’hier le maintenant. La photographie est donc bien différente d’une simple psyché. Le réel est menacé d’être submergé entre durée et abyme comme s’il s’agissait d’atteindre une limite non du néant mais de la continuité de la durée qui paraît soutenir tous les temps et lui résister là où ce qui reste prend un poids particulier.

Jean-Paul Gavard-Perret.