gruyeresuisse

25/08/2018

Quand la lumière emerge des eaux ; Gianluigi Maria Masucci

Masucci.jpgGianluigi Maria Masucci , “Phosphènes”, Galerie Analix Forever Genève, "Parédolie" Marseille, 1-2 septembre, Marseille.


Masucci 2.jpgOriginaire de Naples, Masucci reste fasciné par la nature, l’écoulement de l’eau comme du temps infini. Imprégné par ce cosmos premier, le corps de l’artiste devient central. Le créateur se met en acte afin de transmettre le mouvement. Il se développe pour Masucci  au travers de pratiques de travail quotidiennes qui partent de l’observation d’un sujet. Elles sont dirigées grâce à une pratique physique qui permet comme l’écrit l’artiste de « Regarder l’autre dans les yeux / comme une caverne obscure / attendre que scintille / la mise en mouvement / l’oscillation entre énergie et mouvement / entre l’encre et le papier / l’eau coule comme l’encre / en cercles concentriques / traverse mon corps et / s'échoue sur le papier ». Mais pas seulement : pour preuve cette
 performance de trois heures, création d’un univers de signes multimédias. Elle  dérive ou jaillit en dialogue entre le lieu de la recherche, celui du  corps et l’espace de travail comme d'exhibition. L’espace devient un laboratoire expérimental continu et fluide de perception, de mémoire et de création.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

24/08/2018

Xavier Robel : mise en abîme de la position du voyeur

Robel.jpgXavier Robel, « 5 3 abot e+G om », Atelier de Bellevaux, Lausanne, du 2 au 22septembre 2018.

Xavier Robel est un artiste, illustrateur et graphiste. Il est notamment cofondateur de « Elvis Studio ». Pour lui la manière dont se construit et se dessine une histoire importe autant que l’histoire elle-même. Sa trame vire plein pot vers les effets plastiques. Cette exposition propose en conséquence moins un récit en suites que des scènes graphiques. Pas n’importe lesquelles : vues par le regard d’un créateur qui impose ses propres normes.

Robel 2.jpgCe regard passe à travers divers écrans ou filtres monochromes. Ils donnent aux images une valeur de cinématique en des jeux de miroirs sinon mal fixés. Ils transforment le regard en un « écran total ». L’exposition met à distance le voyeur témoin du spectacle évènementiel qui le prend au piège au sein de courts-circuits ou de décalages où toute possibilité de récit se perd. Et c’est bien ce qui fascine et réjouit. D’autant que l’auteur s’amuse à en remettre des couches, continue dans la lancée de tels détours à ajouter ou ajourer des détails. Tout se démultiplie, ricoche en vision kaléidoscopique froidement drôle, dégingandée et énigmatique.

Jean-Paul Gavard-Perret

22/08/2018

Julije Knifer : le noir et le blanc

Lujije 2.jpgJulije Knifer, Cabinet d’art graphique, Mamco, jusqu’au 9 septembre 2018.

Décédé en 2004, Julije Knifer fut à l’origine membre du groupe néo-dadaïste de Zagreb « Gorgona » à Zagreb. Très vite il radicalise son approche de plasticien de manière suprématiste au moyen de tableaux et dessins faits de masses noires à l’huile ou à l’acrylique ou modelées sur des papiers lourds par pressions superposées de graphite ou créés à la mine de crayon doux ou avec du graphite à la texture métallique.

Lujije 3.jpgDe tels ensembles rythment les espaces laissés vierges : les fissures qui parcourent les plans fomentent des masses sombres en allusion à un motif décoratif permanent de l’art dorique grec antique. Knifer les transforme selon des vibrations à travers diverses verticales et horizontales qui se développent ou se réduisent dans le blanc.

Lujije 4.jpgLe noir crée ainsi une sorte d’instabilité dans des structures aussi austères que singulières. Ces œuvres demeurent toujours aussi vibrantes qu’émouvantes là où le rythme pictural n’offre jamais une réponse unique. Dans une telle œuvre apparaît la priorité à l'intelligence - c'est-à-dire à un esprit d'analyse et de synthèse - mais elle ne se satisfait pas d’elle-même. L’émotion demeure et possède une force vitale dans des essaims d’incertitudes subtilement fomentées.

Jean-Paul Gavard-Perret