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09/05/2018

Urs Luthi : Effets d’éphèbe

Luthi BON.jpgUrs Lüthi, « Just another dance », Centre Culturel Suisse, Paris, 21 avril au 18 juillet 2019

Dans une vision conceptuelle Urs Lüthi met au présent ses « vieilles » images. Celles de l’époque où il était Apollon ou rock star. Mai l’artiste n’est pas un Mick Jagger sur lequel le temps n’a pas de prise. L’éphèbe s’est alourdi. Mais qu’importe car l’artiste à mieux à faire, dire et montrer : l’autoportrait devient une reproduction qui n’existe pas là où la légèreté est donnée afin que la profondeur ne manque pas.

Luthi 2.jpgL’image devient miroir du miroir au moment où Urs Lüthi ne revendique rien - même pas lui-même. Il ouvre à un état de rêverie par superposition d’images totales ou en multiples morceaux. Elles libèrent qui elles sont et ce qu'elles produisent. Et ce de manière pluridimensionnelle et selon un mixage de médiums. L’ex-voto jouxte le futurisme et le cirque.

Luthi 3.jpgReste la question essentielle : que montre une image au moment où l’autoportrait ne délivre plus du « même » mais de l’art en rose, en blanc, en noir ? En petites statuettes ou en immenses images pixellisées s’affiche la mort annoncée du premier degré.. Si bien que l’image n’est ni une vitre, ni un miroir : elle n’ouvre ni ne ferme mais renouvelle les questions de la réflexion de la réflexion. Le CCS offre donc là une exposition aussi sobre que rare et prouve l’importance du lieu au moment où sa direction va tourner.

Jean-Paul Gavard-Perret

06/05/2018

Aimée Hoving : maisons de l’être

Hoving 1.jpgAprès des études à l’ECAL de Lausanne. Aimée Hoving a le plus souvent travaillé avec son compagnon Aboush Abrar dans la mise en scène d’individus, de groupes ou de communautés auxquels le public ne peut accéder qu’à travers la photographie.

Hoving 2.jpgLeur monde préféré est la mode, dont la créativité fascine. Ce domaine leur permet d’explorer une forme de photographie sans frontières : ils y disposent, pour créer des images avec la même liberté que les stylistes : d’où leurs créations parfois extravagantes, sensuelles et drôles.

Hoving 3.jpgAimée Hoving poursuit en solo des photographies subtiles et drôles publiées dans le monde entier et visibles entre autres au Musée de l’Elysée à Lausanne. L’enrobage des vêtements ou des décors perd sa seule valeur utilitaire afin de créer un univers étrange qui rappelle - entre autres - celui d’Alice. Mais en d’autres pays des merveilles. Leurs assemblages intempestifs - eux-mêmes signes de la maison de l’être ou de l’envisager selon d’autres modalités - tentent de préserver l’intégrité des égéries ainsi scénarisées voire de l’artiste elle-même.

Jean-Paul Gavard-Perret

Aimée Hoving, « Pictures of her », Galerie Joy de Rouvre, Genève, à partir du 17 mai 2018.

01/05/2018

L’œuvre non-sensique d’Olivier O Olivier

olivier.jpgOlivier O Olivier, exposition, Galerie Sonia Zannettacci, Genève, du 3 mai au 30 juin 2018 ;

Pierre Marie Olivier - suite à un conseil d’Arrabal - prit le pseudonyme d’Olivier O Olivier. Il appartint au Collège de pataphysique dès 1953 et entra aux Beaux-arts de Paris en 1954. Il y apprend tous les éléments des techniques artistiques dont il devint un virtuose. Mais très vite il sort de la tradition sous l’influence de Topor et d’Arrabal : il rejoint le groupe « Panique » fondé l'année précédente avec Alexandro Jodorowsky.

Olivier 2.jpgTout en se tenant loin des surréalistes, le groupe cultive l'absurde, la dérision, le rire l’angoisse que l’artiste porte au plus haut point. Ses œuvres loufoques dont « Les Chasses de naphtaline » (une main avec des filets attachés à chaque doigt) créent un fantastique léger et pernicieux, des étrangetés discrètes dans lesquelles les apparences se dissolvent sous un aspect faussement réaliste. S’y joue du piano à l'ombre de vagues gigantesques et les objets s'animent d'une vie autonome, délivrés au milieu de paysages urbains farcis de diverses présences étranges ou de changements de climat.

Olivier 3.jpgPour l’artiste dessiner revient à donner de l'existence à ce qui n'en a pas encore – ou plus. Le dessin précède la pensée, l'anticipe, pénètre des lieux inconnus. Le créateur met à mal, par son imagination, les images connues et reconnues. Farcesque et facétieux, il devient le plus profond des philosophes et fait sien la règle d’une sorte d’obscénité au second degré. Son art reste un rire qui témoigne d’un profond amour de la vie. Il permet de créer les mensonges de plus en plus gros mais toujours rattachés à la réalité. Comme l’écrivait Topor « ils tapent dans le mille, au pif ». Mais ce hasard n’a rien de fortuit au sein de structures des sophistiquées en ce qui semble la simplicité même.


Jean-Paul Gavard-Perret