gruyeresuisse

25/11/2016

Suspens et rythmiques : Eliane Gervasoni


Gervasoni.jpgEliane Gervasoni « Come potrei cacciare, se prime non designassi ? » (Gasparelli Arte Contemporanea), « L’espace efface le bruit » Galerie de la Ferme de la Chapelle, Genève, du 8 octobre au 27 novembre 2016.

 

Eliane Gervasoni poursuit son expérience de l’analyse poétique visuelle en actes d’espace. L’artiste La créatrice « marque » comme aux fers lieux et supports qu’elle investit. Elle a dessiné à l’encre blanche des lignes qui « percent » des feuilles Canson noir (140 x 180 cm). S’opère la constitution d’une spatialisation géométrique et rythmique.

Gervasoni 2.jpgChaque œuvre est un agencement d’alignements rigides et rectilignes vecteurs de vertiges. Eliane Gervasoni en détermine les séquences afin de porter à un niveau supérieur de plénitude. En incidence interne avec le support et son grand vide initial les « incisions » deviennent des sonorités visuels d’un «poème » suspendu dans l’ouvert. Il participe d’un accord paradoxal à l’existence. L’artiste refonde l’imaginaire plastique. Par effet retour notre horizon et notre paysage intérieurs se transforment par mutations.

Jean-Paul Gavard-Perret

24/11/2016

L’image et son double : Peter Tillessen


Tillessen.jpgPeter Tillessen, « Superficial Projects », Centre de la photographie Genève, du 25 novembre 2016 au 22 janvier 2017.

La privation de l’appréhension du monde ne surgit pas forcément de l'anachorèse monacale. Elle peut passer par les images. « Superficial Images » initié par le Zurichois Peter Tillessen le prouve. Ce travail de recollection documentaire est basé sur l’idée que la photographie ne peut montrer la complexité du monde sans l’apport verbal. Elle contredit la fameuse formule : « une image vaut mille mots ». L’image, seule, reste en sommeil. Elle ne reflète plus rien sans apparat critique.

Tillesssen 2.pngL’artiste instruit donc une discrimination classique mais selon un angle particulier. Néanmoins - ultime paradoxe - il doit passer par l’image pour le prouver. Ce n’est pas pour autant l’histoire du serpent qui se mange la queue. L’artiste fait pénétrer dans un état où la frontière entre le monde du sommeil et le monde de l'éveil, entre le monde réel et le fantasme n'a plus de signification. Stratège ludique et judicieux l’artiste par son travail analytique crée une poésie critique où l’altérité prend tout son sens de même que la notion de regard décalé. Il ne se contente jamais d’une pure dénonciation facile et factice de l'hypocrite » iconique : il la met en abîme et en perspective.

Jean-Paul Gavard-Perret

22/11/2016

Carmen Calvo : l’avant et l’après

 

Calvo.jpgCarmen Calvo, « L’histoire d’une de mes folies », Bartschi et Cie, Genève, 24, rue du Vieux


Pour « L’histoire d’une de mes folies » - troisième exposition personnelle à la galerie - Carmen Calvo présente des collages, photographies, dessins, sculptures et deux installations preuve. L’artiste ne cesse d’explorer divers médias et manipulations techniques pour, « reprendre » histoires et souvenirs jadis perdus ou sur lesquels le silence s’est imposé aux femmes espagnoles. Elle a cherché dans les images de la culture populaire de quoi construire ses photographies peintes, ses portraits transformés et des objets qui pour l’artiste possèdent une âme.

Calvo 3.jpgPour l’assurer, le passé « présentiel » (Deleuze) devient un garde fou afin que l’après soit bien différent de l’avant. L’artiste fait jouer le réel/virtuel en une thématique de la présence à distance. L’art devient un instrument d'extraction de l'apparence à partir d’une forme empruntée et reprise. Objets et images (réinterprétés en vue d’illustrer et de défendre les obsessions de la créatrice) sont intégrés dans les circuits reliant, par l’énergie d’émotions remises en scène, l'action. Son propos et son but restent un départ sans retour au moment où pourtant le repli semble de rigueur.

Jean-Paul Gavard-Perret