gruyeresuisse

09/02/2016

Du Haut Rhône à la Méditerranée : Bertrand Stofleth

 

sto.jpgBertrand Stofleth, « Rhodanie – du glacier du Rhône à la mer méditerranée », Centre de la photographie, Genève, du 12 février au 29 mai 2016.

C’est à partir de la grande crue du Rhône en 2003, que la catastrophe - pas si naturelle que ça - a provoqué une réflexion sur la gestion de l'ensemble du sillon rhodanien. Divers projets se sont succédés et même projets artistiques. Entre autres celui de Bertrand Stofleth. Il a photographié le fleuve en toute sa longueur, depuis sa source jusqu'à son delta. Le photographe suggère combien il faut aller chercher chaque fois un peu plus loin le paysage à travers ses clichés. Ce dernier ne se contente plus d’être le territoire de l’illusion sur laquelle du leurre vient se poser. Par ses images Stofleth propose d’autres charges et enjeux. Le médium ne se contente plus d’exhiber des équivalences figurales, il fait surgit une autre spatialité. L’œuvre devient “ morphogénétique ” dans ses ambitions.

STO 3.jpgL’artiste y dépasse toujours le propos premier et analytique. L’approche « documentariste » se double d’une ambition « Topographics » dans le droit fil des photographes américains du genre (Mitch Epstein, Joel Sternfeld). Stofleth saisit des réalités multiples avec radicalité et parfois une forme de drôlerie : se découvrent autant l'exploitation utilitariste du fleuve (usines, ponts, etc.) que la manière dont les habitants et les touristes « canalisent » le lieu pour s’en emparer. Maître des formes et des couleurs l’artiste transforme la carène du fleuve et ne l’enlise jamais dans des piétinements visuels. L’image est une poursuite de la vie. Elle se traduit par les mouvements des formes dans ce voyage jusqu’à la mer. Une telle démarche de conquête procède de mouvements de retour et de repli mais sans la défaite comme seul gain. Restent des fastes, des tumultes et des désastres qui rôdent dans les horizons d’un fleuve qui ne se laisse jamais contourner ni investir. Tout néanmoins progresse dans une aventure paysagère autant existentielle et esthétique. Jamais amorphe le Rhône demeure le lieu des métamorphoses et des paradoxes.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

27/01/2016

Inferno, inferno – Michel Braun

 

 

Braun 3.jpgMichel Braun, Galerie Alexandre Mottier, Genève

 

Eloigné du purin psychique l’œuvre de Michel Braun se veut absolue présence du noir dans le noir mais loin des contorsions à la Soulages. Restent les martingales aussi sublimement minimales et provisoires et des truffes de lumière noire pour esprit frappeur. Voilà tout ce qui demeure lorsque même les graffitis de latrine finissent par disparaître et que l’ego ne cultive ni haltères, ni gloria.

Braun.pngRares sont donc les œuvres aussi puissantes que celles de Michel Braun. Elles s’impriment dans le sol, parfois en ressortent pour montrer les pas de ceux qui ne sont plus. Le noir de l’histoire est repris par différentes implantations qui voudraient venir à bout de la peste brune. En chaque œuvre un signifier écrase celui d’origine ou la virginité de la matrice première. L’art devient la cérémonie du cri muet à l’épreuve du temps.

Braun 2.pngGicle le sacrifice ou le déblai de l’intériorité que Dante avait tenté de circonscrire dans sa Comédie humaine de la cruauté. Preuve que  le chaos retourne d’où il vient. Tombant autant vers le haut que vers le bas d’abracadabrantesques cendres, en un frôlement d’imprévisibles élytres, pénètrent le regard avec obstination.

Jean-Paul Gavard-Perret

17/01/2016

Patrick Weidmann et la société du spectacle

 

 

 


AAWeidmann.jpgPatrick Weidmann, « Images de charme », Centre de la photographie, à Art Genève Palexpo du 28 janvier 2016 au 31 janvier 2016


Le CPG présente à Art Genève une nouvelle série de Patrick Weidmann. Les photographies de son livre Magazine de Charme, (JRP Ringier, Zurich) seront complétées des nouvelles pièces. L’artiste y poursuit la monstration du fétichisme de la marchandise. Il double les images de base d’un autre corps : celui ou s’exhibe une forme de virilité - entre autres celles des «gendarmes en bottes noires». Avec « Magazine de charme », l’artiste a créé sa marque de fabrique. Il froisse des photographies issues des magazines pornographiques des années 70. C’est une manière d’effacer partiellement le message de base pour le transformer dans un « sous texte » ou plutôt une iconographie différente en contrariant le désir du voyeur qu’initiaient ces revues.

AAWeidmann 2.jpgLe genre a pratiquement disparu. Décalées par le traitement de l’artiste genevois, ces oeuvres à la fois signent la fin d’une époque et illustrent la nôtre où la pornographie sous l’effet de diverses morales est de nouveau contestée. Face à elle la destruction en propose une apologie biaisée et ambiguë. Le froissement implique une sorte de poésie qui joue du faux et d’une certaine intemporalité. De cette « chirurgie » surgit une réserve du désir par ce qui a priori le phagocyte délibérément en déconstruisant les sémantismes originaux. Entre expérimentation et culture populaire un impérialisme médiatique est remisé au rang de produit de consommation dont l’artiste tire une substantifique moelle.

Jean-Paul Gavard-Perret