gruyeresuisse

10/12/2015

Victor Savanyu : erratae du réel

Savanyu 3.jpgVictor Savanyu dans ses peintures comme dans ses photographies offre à ce qui vit sous le soleil l’immanence de l’état de rêve éveillé ou brouillé. L’évidence lumineuse d’un lieu ou d’une situation est décalée : si bien que ce que nous pensions consubstantiel à nous nous échappe. Surgit un lieu perdu qui pourrait parfois être imagé par Kafka. Existe une expérience paradoxale, intense, vorace. Les certitudes comme les apparences sont mangées afin que d’autres images nous dévorent non par effet de délire mais de transfert, d’écartement. Ce qui trompe généralement l’esprit passe de l’illusion subie à l’illusion exhibée.

Savanyu 2.jpgDes œuvres de Victor Savanyu naît un arbitraire ironique. Le spectateur tombe du réel tout en restant dedans. L’artiste devient un géomètre particulier. Il se dégage des arrêtes polies, lisses, achevées et des axiomes purs pour celles des « gargouillis » et autres phénomènes angoissants ou drôles inhérents au quotidien. L’image devient autre chose que l’indice de la possession carnassière des apparences, ou que la mimesis dans laquelle elle se fourvoie le prétendu "réalisme". Souvenons-nous de Beckett : "Qu'ils ne viennent plus nous emmerder avec ces histoires d'objectivité et de choses vues".

Jean-Paul Gavard-Perret

09/12/2015

Josse Bailly : chemins de traverse

 

Bailly.pngJosse Bailly, du 12 novembre au 12 décembre 2015, Palais de l’Athénée, Salle Crosnier, Genève.

 

Josse Bailly se sert de tout pour créer un univers hybride : ducs italiens, ninja cocaïnomanes, animaux humains sont là pour tourner autant le monde que sa représentation en dérision. L’absurdité rivalise avec le grotesque. L’humour bat son plein au sein d’une production pléthorique dont nul ne se plaindra. L’artiste ne se limite pourtant jamais à l’idée-gag : il assume et assure une picturalité affirmée. Supports et techniques métamorphosent les sujets au sein de divers types de narrations troubles qui sortent des cadres et jouent du réalisme et de l’illusion.

Bailly 2.jpgNe cherchant jamais à séduire Josse Bailly oblige le regardeur à s’interroger sur ce qui lui est proposé. Contre l'embâcle du néant l’œuvre devient un lieu de passage et de transbordement. Quelque chose remue : spasme ou feinte - le doute est permis. Tout bouillonne dans ce travail de mise en abîme et d'exhaussement là où l’image redevient alliance et rappelle au lien de l'être au monde selon des modalités intempestives. Contre la fatigue d'un vivre et les mirages du monde c'est donc bien un appel qui perdure.

Jean-Paul Gavard-Perret

29/11/2015

Sarah Haug et l’acide désoxyribonucléique

 

 

Haug.jpgSarah Haug : Ballet Portatif, Galerie Aad, Genève, Marché de créateurs du 4 au 23 décembre, Forma Art Contemporain, Lausanne, Cinq petits cochons, Halle Nord, Genève, du 8 au22 décembre 2015, livre  There is no coming back! » éditions de Paper!Tiger! and Helge Reumann.

 

Pour Sarah Haug les paysages sont sans urbanité et les rues non “avenues”. Ils ne sont pas forcément photogéniques mais l’artiste s’en amuse comme avec ses personnages. Elle préfère la drôlerie au transcendantal. En principe, il n’y a aucune captation ni échange direct entre le sujet des œuvres et l’objet du monde sinon sous forme de farce optique. Dès lors une question se pose : où sommes-nous ? Précisément dans la destruction narrative du sublime sans pour autant que la laideur prenne place. Le temps remplace l’éternité, l’animation la motion, tout est réversible et dynamique au sein du container spatial des images. A la traçabilité de nos viandes elles préfèrent la motilité de leurs silhouettes en faconde.

Haug 2.jpgCertaines scénographies forcent sur la suspension hydraulique. Elles rappellent le démarrage des voitures Ford « Mustang » dans les polars américains des années 70. L’artiste cultive la surprise et les hiatus plastiques. Ses images exaltent de fabuleux reliefs physiques tourmentés pour qu’il dépasse en beauté l’entendement immédiat. Sarah Haug se moque des aménagements des territoires elle préfère les décors hallucinatoires où les célébrités n’apparaissent jamais mais où la folie de ses personnages laisse une trace d’acide désoxyribonucléique.

Jean-Paul Gavard-Perret