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12/09/2018

Emilie Brout et Maxime Marion : le ventre des architectes

Brout 2.jpgEmilie Brout et Maxime Marion, exposition, Villa du Parc ; Centre d'Art Contemporain ; Parc Montessuit, du 13 octobre 2018 au 19 janvier 2019.



BROUT BON.pngEmilie Brout et Maxime Marion archivent dans le ventre de leur ordinateur des images et matériaux collectés sur internet ou dans le cinéma. Ils créent ensuite des interactions entre analogique et numérique dans des œuvres qui mélangent différents médiums. Ils ont transposé dans "Google Earth Movies" dix scènes mythiques du cinéma contemporain qu’ils ont reproduits à l’identique (cadrages, mouvements de caméra, etc.).Il n’est pas jusqu’aux ombres du jour du tournage à être reproduite - « Google Earth» permet en effet de remonter le temps. Sous couvert de la bande son d’origine de chaque scène choisie, les deux artistes proposent l’écart subtil et pertinent entre la scène tels qu’elle est photographiée dans la mémoire cinéphilique et les images digitales proposées et dénuées de  toute présence humaine. Ce qui permet de croire voir réapparaître les hélicoptères d’« Apocalypse Now », le squale des « Dents de la mer ». Et le regardeur peut même s’offrir le luxe de regarder le hors champs des lieux filmés.

Brout 3.jpgAvec « Dérives » ils ont créé un film sans fin constitué de 2000 extraits tirés de l’histoire du cinéma et dans lesquels la thématique de l’eau « jaillit » sous différentes natures : pluie, larme, océan, etc.. Un algorithme puise dans cette base de donnée pour créer montage en temps réel . « Hold on » permet au spectateur de devenir le deus ex machina de ses héros. De la contemplation il passe à l’action en un leurre de jeu vidéo. Il peut faire danser Travolta dans « La fièvre du samedi soir » ou piloter l’enfant du tueur de "Shining" dans les couloirs de l’hôtel.

Brout.jpgAutre type de « jeu vidéo », « Cutting Grass » devient une fable où le héros fauche sans cesse de l’herbe pour amasser du fric en une quête aussi inutile que vaine. Ce ne sont là que quelques exemples des expériences vidéographiques d'une oeuvre multimédia où se mêlent sculptures, installations, etc. Emergent une réflexion intense sur la fragilité du réel, la force et le détournement des images. Mais et en plus se découvrent certaines lois sur le comportement des hommes. Bref, et entre autre, l’algorithme devient un outil et un concept décisif pour penser la condition humaine et représenter des champs particuliers de la maladie de son imaginaire, de ses rêves et sans doute de sa misère. La fragilité devient le propre de l’humain et s’oppose aux certitudes divines de l’ordinateur dans divers digressions visuelles. L'art,  quels que soient ses supports, retrouve sa fonction critique.

Jean-Paul Gavard-Perret

08/09/2018

Marie Bette : le mou et le dur

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Marie Bette crée des pièces étranges, entre la sculpture et la peinture, posées à même le sol ou accrochés au mur. Elle invente des pièces flottantes, coulantes voir qui se dissolvent. Au besoin elle les immerge pour qu’elles redeviennent une pulpe qui se détend sous l’humidité et se contracte au sec et la chaleur. Chaque pièce est à modéliser de nouveau.


C’est sans doute pourquoi Marie Bette opte pour la cellulose et la gomme arabique pressée dans un moule. « C’est un matériau pratique et léger, qui ne coûte rien et absorbe la peinture, la graisse et la cire » précise l’artiste. C’est aussi une matière poétique dont les couleurs créées par des encres offset d’imprimerie diluée dans de l’huile végétale absorbent la lumière.

 

Bette 2.jpgMais l’artiste ne s’arrête pas là elle explore actuellement du néoprène, du fil réfléchissant, de l’aluminium, de la cire de Babybel, de la toile de jean. Jaillissent des objets toujours singuliers et étranges qui, quoique rigides, peuvent changer de forme pour raison « météorologique ». Une baudruche noire ressemble aux restes d’un divan ou d’un canot de sauvetage. Et le titre de l’œuvre (« Tous les spécialistes du sujet ont disparu ») crée autant une précision qu’un doute.

Bette 3.jpgQuant au monstre marin « Sea Lion Foot » il devient une excroissance organique en céramique. Ce lion de mer - ou ce pied de nez - luit dans l’ombre lorsque la nuit revient à l’aide de pigments phosphorescents. L’artiste trouve là une manière de raconter des histoires énigmatiques aussi féériques que réalistes propices à de nombreuses interprétations.

Jean-Paul Gavard-Perret

Marie Bette, « Pneumate », Galerie Mezzanin, Genève, du 14 septembre au 5 octobre 2018.

 

06/09/2018

Fabian Marti : entropies et espaces offusqués

Marti.pngFabian Marti, « Oeuvres récentes », Art Bärtschi & Cie, Genève du 13 septembre au 9 novembre 2018.

Le Fribourgeois Fabien Marti vit à Zurich et à Los Angeles. Après ses études à la Haute Ecole des Arts et du Design de Zurich (département photographie) il poursuit un travail et des expériences protéiformes à partir des procédés photographiques mais il intègre aussi une approche du bois, de la céramique et de l’installation en se préoccupant comme créateur ou curateur du design de chaque exposition.

Marti 4.jpgQu’elles soient analogiques ou numériques, les images qu’il crée sont retouchées selon divers opérations dont les traces restent visibles. Sujets ou motifs viennent de l’histoire de l’art officiel, des civilisations, de l’art populaire. Mais Marti va chercher tout autant les « états » qu’il propose auprès des avant-gardes pour leur capacité à explorer sciences, littérature, psychologie, perception des phénomènes mentaux et subconscients.

 

Marti bon.jpgL’artiste joue de l'ordre et du désordre. Il crée des déploiements où l’espace semble souverain indépendamment des "objets" qui s'y trouvent. Ils s'effacent : ne restent que contours, volumes, formes à la tactilité feinte. Elles ont comme fonction de combattre le vide sans pour autant que puisse se distinguer de veritables objets mais juste quelques indices plus ou moins évidents d'une certaine présence.

 

 



Marti 2.jpgDes formes surgissent et agissent en une sorte de demi-jour où tout est à la fois épaissi et allégé. Reste l'interception de la lumière par des corps opaques et denses dont l’ombre est dans le même temps que l'"objet". Elle lui confère son existence problématique tout en lui assignant néanmoins un franchissement de ses limites. Devenant orphique l’œuvre par ce qui semble récessif prend une dimension inédite.

Jean-Paul Gavard-Perret