gruyeresuisse

06/12/2020

Peter Regli des "lieux communs" à un impensé collectif

Peter Regli, "Ugly was yesterday", Galerie Laurence Bernard, Genève, duRegli.jpg 31 octobre 2029 au 16 janvier 2021.

 

De dimensions généreuses et de teintes vives, les nouveaux bols en grès de Regli transforment les récipients fonctionnels en sculptures. Et ses peintures de nature morte (mais pas seulement) sous effet de réalisme font jaillir toute une vérité cachée et ce dans un travail qui débuta dans les années 90.

Regli 3.jpgLa nature morte est pour lui une contrée à explorer, une étendue à parcourir. Ici la nécessité de rompre semble garder l’expression d’un attachement à une représentation classique. Mais ne nous y trompons pas. L’artiste bannit les ressources naïves du langage plastique de reproduction et les détourne de ses fins dites spontanées pour se livrer au culte exclusif de l’intention subversive, du piège, de la machination.

 

Regli 2.jpgUne fois admis que la valeur expressive et significative du langage plastique repose sur une illusion, il s'agit pour lui de l’analyser attentivement et d'en faire jaillir de multiples dimensions. Affirmant qu’une démarche plastique authentique se refuse à l’arbitraire  l'auteur ne fait nullement référence à la quête de l’image "juste" (ou réaliste) mais de l’interroger en ses différentes significations et sa qualité plastique. Cela procède du constat de l’irréductibilité de l’image à la seule fonction d’expression, de communication qu’on lui attribue.

Jean-Paul Gavard-Perret

02/12/2020

Klavdij Sluban, Tereza Kozinc, Gianluigi Maria Masucci : états des lieux, caprice des temps

Go Sluba, bon 1.pngKlavdij Sluban, Tereza Kozinc, Gianluigi Maria Masucci, "Go inside", Galerie Analix Forever , Genève, du 4 au 23 décembre 2020.

 

Go Sluban 2.pngKlavdij Sluban avec "Entre parenthèses Lits Spasmes" , Tereza Kozinc et "The Swamp", Gianluigi Maria Masucci par "Cerca Dentro", créent d'étranges "lux ex tenebris" où la figuration humaine émerge de manière imprévue selon divers types d'enveloppes, décalages ou percées. Tout ici commence, suit son cours ou se dissipe.

Go Kozing 2.pngDes failles s'ouvrent loin des représentations classiques. Chaque artiste propose sa"science" nouvelle du regard là où des gouffres s'élargissent ou s'obèrent sur la vie (Sluban) et la mort (Masucci). Existe une réflexion par l'image face à "l'étant" là où les trois artistes se hasardent dans une sorte de nuit. Ils deviennent plus hardis que les philosophes et les poètes.

Go Masucci 3.pngExistent des tremblements du corps selon divers champs entre plaisir et désarroi. Le tout à l'épreuve du doute. Il y a là des forêts, des alcoves ou chambres. La réalité se décompose et se resynthétise instituant un sens - c'est à dire de l'être - de manière plus ou moins obscure. De la naissance à l'article de la mort, entre corps, vivant sa force ou affaibli, se créent des mouvements contre les ténèbres.

Jean-Paul Gavard-Perret

01/12/2020

Marion Tampon-Lajarriette : un regard d'astronome dans l'ici-même

Tampon.jpgDans ses photographies, Marion Tampon-Lajarriette préfère les éléments qui cherchent - comme disait Duras - « quoi faire de la solitude ». Evitant tout effets faciles et par fragments de narration ou par panoramiques paysagers la Genevoise d'adoption enjambe le réel comme Don Quichotte enjambait les moulins à vent.

Tampon 2.jpgElle aime ce qui échappe. Elle s'en veut captive et captivée. C’est pourquoi elle touche non avec des images émouvantes mais avec des rapports d’images simples. Sortant de la fétichisation elle passe d’images vivantes à des images mortes. Mais l'inverse est vrai aussi. Le tout en une sorte de symphonie visuelle.

Tampon 3.jpgChaque fragment raconte une ou sa propre histoire. Dans diverses éclosions bleutées qui deviennent parfois la couleur d'une vie paradoxale. Existe par exemple une main luciole  sous espace indigo. La lumière est absorbée mais donne naissance à de nouvelles présences stellaires ou mystérieuses. L'ultra bleu prend valeur d'infrarouge en quelque sorte.

Jean-Paul Gavard-Perret

Marion Tampon-Lajarriette, "Echos", Edizioni Casagrande, 331 pages, textes Cristóbal Barria, Mark Lewis, Beau Rhee, Lucille Ulrich, Valeria Venditti, 2020.