gruyeresuisse

26/05/2018

Gérard Pétrémand : voir "moins" pour voir mieux

Petremand 3.jpgGérard Pétrémand, " le nu dans tous ses états", ArtDynasty, Genève


Gérard Pétrémand sait combien la nudité est un voile. C'est pourquoi il le traverse par des lumières qui ondoient, déchirent et sabrent l'apparence. Il s'agit non d'annuler le nu mais de le dévoiler non seulement en le dégageant de l’effet civilisateur du vêtement. Surgit un véritable “ cubisme ” identitaire. Il joue sur un rendu simultané des facettes intimes et publiques. L'intimité ne se remodèle pas selon nature : elle s’enrichit par superposition de strates

Petremand.jpgL'artiste genevois prouve que le questionnement sur le sexe n'est jamais vraiment apprivoisé. C'est pourquoi le photographe érotise le nu de manière ludique et surexposée. Manière d'éviter certaines attentes et de proposer d'autres lois au genre. Le lumière nimbe le corps dans la promesse qu'il éclose en créant des essors inédits.

 

Petremand 2.jpgL'artiste invite à une fouille astucieuse et ironique. Et parfois symbolique. Dans les arceaux de lumière peut se chercher l’image d’une autre femme ou d'un autre homme qu’on aurait côtoyé, voire peut-être rêvé. Surgit aussi le regard ambigu sur le statut non moins ambigu du nu dans une société avide à la fois de montrer pour mieux cacher. L'artiste nous donne donc à voir le travail de sape salutaire pour la vraie liberté du corps Celle qui fonde et qui brise, celle qui révélée tend à occuper tout l’espace et faire le vide autour d'elle.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

23/05/2018

Frontières et seuils - Baptiste

Baptiste.jpgBaptiste, « Dehors / Dedans » (Sur les traces des sept merveilles du monde), Galerie LigneTreize, Carouge, Genève, du 26 mai au 30 juin.

Baptiste est de retour à Carouge. Son travail reste dans le même sens que lors de sa précédente exposition. Il y explore des traces, des passages, des frontières issus de terrains (Lanzarotte ou ailleurs) repris en atelier. Mais désormais il change d’axe : il passe de l’horizontalité à la verticalité. Tout devient affaire de fouille au sein d’une archéologie particulière afin que le presque rien du paysage retrouve une perspective nouvelle en plans de coupe.

Baptiste 3.jpgNe cherchant en rien l’exceptionnel ou ne tentant pas de préserver un trésor chosifié il propose un travail de fond par effet de surface. Il s’approche de plus en plus de l’impalpable, des zones de transfusion. Existe tout un mouvement de reprise en refusant de paralyser l’empreinte des passages du temps et leurs effets.

Baptiste 2.jpgL’artiste suggère un mouvement et un renouveau en exhumant des paysages autant réels qu’abstraits. Le tout sans rien forcer des traits comme des surfaces. Il s’agit de sortir de la terre ce qui dialogue avec le ciel. L’impression ou l’empreinte plastique oblige - en lieu et place d’un pas en arrière pays - à un pas au-delà. Elle récuse l’injonction du néant comme la mythification d’un lieu précis.

Jean-Paul Gavard-Perret

22/05/2018

Rappel aux distraits : John Armelder

Armelder.jpg« Saisir l'insaisissable John Armleder, « Café littéraire Slatkine, Genève, Jeudi 24 mai 2018.

Grâce à Frédéric Elkaïm – un des spécialistes du marché de l'art contemporain – sera rappelé ce jeudi l’importance de John Armleder « l’incroyable genevois », parfois plus connu à l’extérieur de son pays que dans ses terres. De "Fluxus" au "néo-géo" en passant par ses "furniture sculptures" l’artiste reste l’exemple parfait d’un créateur libre et multipartitas. Il désenclave regards et théories en demeurant à la recherche autant d’une infra mémoire qu’un « pas au-delà ». Et ce en divers chemins.

Armelder 3.pngD’esprit foncièrement dadaïste – même s’il refuserait peut-être ce terme - l’artiste est de ceux qui, connaissant l’apparence de bien des méduses et des gorgones plastiques, refuse de se faire prendre par les premières et dévorer par les secondes. Tel Persée il bondit pour saisir le secret des nymphes de l’art.

Armelder 2.pngDépassant le déjà vu qui propose le seul ravissement des images admises, Armleder joue à la fois du songe, du fantasme et de fantôme pour créer une autre présence plus « effractrice ». Contre les sirènes et les sphinges aux puissances rapaces d’un ravissement qui tient du sommeil. Il opte pour un vaste songe ironique qui éloigne des effets de similitude. Avec un tel créateur l’art ne cesse d’avancer loin des pétrifications. Si bien que tout dans son travail crée des effractions et des tremblements de lueurs.

Jean-Paul Gavard-Perret