gruyeresuisse

02/03/2017

Etienne Krähenbühl : démesure de l’élan

Krahenbuhl.jpgEtienne Krähenbühl, « Le parc habité - Gravité Incertaine », La Villa Dutoit, Genève, 23 septembre 2016 au 18 juin 2017.

Le sculpteur vaudois Etienne Krähenbühl crée une œuvre minimaliste qui entre délicatesse et monumentalité brute joue sur l’élévation et le tellurique. Existe une démesure de l’élan tendre et violent où se dresse l’inattendu là où le fond est touché à contre ciel. Un étrange voyage au sein des formes abstraites et de la matière se produit.

Krahenbuhl 2.pngL’artiste impose son ordre fait d’assemblages énigmatiques. Ils favorisent les rencontres, les apparitions et, par-dessus tout, des coïncidences - manifestation de sa subjectivité qui ne collent pas au réel. Elles sont conçues comme un journal du regard, plongent leurs racines dans la psyché de l’artiste et semblent les fragments d’un récit naufragé. Les œuvres pénètrent le jardin loin de tout caractère illustratif. Elles mettent à jour de mystérieuses connections entre le présent et le passé, entre le réel et sa « fiction ».

Jean-Paul Gavard-Perret

28/02/2017

Sonia Kacem : habiter le monde

Kacem.jpgSonia Kacem, « Carcasse », Centre Culturel Suisse, Paris, du 4 mars au 2 avril 2017


Seules des structures de bois et de métal délimitent l’univers - sans totalement en remplir le « vide » - que propose à Paris la Genevoise Sonia Kacem. De couleurs troublantes proches de la carnation humaine et nommées selon des prénoms, ces « carcasses » deviennent d’étranges « personnages ». L'artiste crée une forme d’apparition paradoxale, de présence en creux. L’image crée ni la possession carnassière des apparences, ni la mimesis dont le prétendu "réalisme" représente la forme la plus détestable.

Kacem 2.jpgL'ébranlement du regard réclamé à cette très vieille chose qu'est l'Art passe ici par des structures qui jouent du dedans et du dehors. Surgit un cérémonial hallucinatoire et dérisoire. L'imaginaire trouve la possibilité de faire émerger non une simple image au sens pictural du terme mais à une interrogation fondamentale sur l'art et l'existence à travers ce qui devient l'image de rien et de personne. La négation que l'artiste expérimente n’est donc qu’apparente. De tels « squelettes » créent de l'exprimable pur par la mise en abyme du réel.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

Henri Deletra Hanna : « des humains habillés différemment. »

Deletra.jpeg.jpgHenri Deletra Hanna, « Madame Tonantzin », Act Art Genève du 3 mars au 23 mars 2017.

Face au monde occidental et ses images cadrées, aux couleurs fixes et aux règles connues claires, Henry Deletra Hanna superpose un monde onirique, kaléidoscopique qui réunit tous les éléments de l'univers sur un même plan selon une « compilation » qui tient du sandwich ou du totem. Peintures, dessins, photographies, vidéos, céramiques, quêtes chamaniques développe une recherche multiple. Chaque médium et technique change selon l'idée et le sujet que l’artiste veut aborder pour atteindre une sorte de parousie de la représentation.

Face aux images de catastrophes sous lequel le monde ploie Henri Deletra Hanna impose des images fabuleuses et absurdes riche de bien des cultures. L’artiste partage la pensée chamanique selon laquelle le cosmos et l’être ne font qu'un. L’amour que celui-ci éprouve pour ses proches l’artiste veut l’étendre au reste du monde : « si nous décidions d'étendre ces relations de respect, d’empathie et de soin ? Si nous décidions de les appliquer à l'eau, aux aliments, aux animaux, au sel ? ».

Deletra 2.jpgAprès avoir raconté « le désastre du monde » l’artiste s'intéresse à l'imbrication que les peuples primitifs proposent face aux séparations que la civilisation cartésienne a cultivé jusqu’à nous porter au bord du gouffre. Situationniste à sa manière Henri Deletra Hanna crée des pièces somptueuses et faussement kitsch. Aux œuvres pour voyeurs font place des pièces de voyance. Le tout dans une reprise et une parodie aussi grotesque que sublimée. Tout et rien du réel pour fonder un nouvel ordre.

Jean-Paul Gavard-Perret