gruyeresuisse

06/05/2018

Aimée Hoving : maisons de l’être

Hoving 1.jpgAprès des études à l’ECAL de Lausanne. Aimée Hoving a le plus souvent travaillé avec son compagnon Aboush Abrar dans la mise en scène d’individus, de groupes ou de communautés auxquels le public ne peut accéder qu’à travers la photographie.

Hoving 2.jpgLeur monde préféré est la mode, dont la créativité fascine. Ce domaine leur permet d’explorer une forme de photographie sans frontières : ils y disposent, pour créer des images avec la même liberté que les stylistes : d’où leurs créations parfois extravagantes, sensuelles et drôles.

Hoving 3.jpgAimée Hoving poursuit en solo des photographies subtiles et drôles publiées dans le monde entier et visibles entre autres au Musée de l’Elysée à Lausanne. L’enrobage des vêtements ou des décors perd sa seule valeur utilitaire afin de créer un univers étrange qui rappelle - entre autres - celui d’Alice. Mais en d’autres pays des merveilles. Leurs assemblages intempestifs - eux-mêmes signes de la maison de l’être ou de l’envisager selon d’autres modalités - tentent de préserver l’intégrité des égéries ainsi scénarisées voire de l’artiste elle-même.

Jean-Paul Gavard-Perret

Aimée Hoving, « Pictures of her », Galerie Joy de Rouvre, Genève, à partir du 17 mai 2018.

01/05/2018

L’œuvre non-sensique d’Olivier O Olivier

olivier.jpgOlivier O Olivier, exposition, Galerie Sonia Zannettacci, Genève, du 3 mai au 30 juin 2018 ;

Pierre Marie Olivier - suite à un conseil d’Arrabal - prit le pseudonyme d’Olivier O Olivier. Il appartint au Collège de pataphysique dès 1953 et entra aux Beaux-arts de Paris en 1954. Il y apprend tous les éléments des techniques artistiques dont il devint un virtuose. Mais très vite il sort de la tradition sous l’influence de Topor et d’Arrabal : il rejoint le groupe « Panique » fondé l'année précédente avec Alexandro Jodorowsky.

Olivier 2.jpgTout en se tenant loin des surréalistes, le groupe cultive l'absurde, la dérision, le rire l’angoisse que l’artiste porte au plus haut point. Ses œuvres loufoques dont « Les Chasses de naphtaline » (une main avec des filets attachés à chaque doigt) créent un fantastique léger et pernicieux, des étrangetés discrètes dans lesquelles les apparences se dissolvent sous un aspect faussement réaliste. S’y joue du piano à l'ombre de vagues gigantesques et les objets s'animent d'une vie autonome, délivrés au milieu de paysages urbains farcis de diverses présences étranges ou de changements de climat.

Olivier 3.jpgPour l’artiste dessiner revient à donner de l'existence à ce qui n'en a pas encore – ou plus. Le dessin précède la pensée, l'anticipe, pénètre des lieux inconnus. Le créateur met à mal, par son imagination, les images connues et reconnues. Farcesque et facétieux, il devient le plus profond des philosophes et fait sien la règle d’une sorte d’obscénité au second degré. Son art reste un rire qui témoigne d’un profond amour de la vie. Il permet de créer les mensonges de plus en plus gros mais toujours rattachés à la réalité. Comme l’écrivait Topor « ils tapent dans le mille, au pif ». Mais ce hasard n’a rien de fortuit au sein de structures des sophistiquées en ce qui semble la simplicité même.


Jean-Paul Gavard-Perret

29/04/2018

Christophe Rey le flâneur des dérives

 

Rey bon 2.jpgChristophe Rey, « D’un touriste », Centre de la Photographie de Genève, du 23 mai au 19 aout 2018.

L’artiste genevois présente des images extraites d’un immense corpus de plus de 11000 photographies entamé dès 2008 lors d’un voyage au Sud-ouest des États-Unis. Elles ont été prises là-bas mais aussi à Londres, dans le Nord-est et le Sud de la France, à Kyoto et Osaka, à Naples et Venise et dans les Alpes suisses. Toutes ont été créées en analogique avec le même appareil et des pellicules identiques.

Rey.pngS’intéressant aux lieux touristiques et aux activités des touristes il les a photographiés in situ. Se découvrent des architectures célèbres mais tout autant des badauds dans les magasins, les rues ou en voiture. Existent aussi fleurs et déchets, figures plus ou moins effrayantes, diverses inscriptions textuelles. Pour autant ce travail refuse tout cynisme ou ironie. Chacun peut être un jour ou l’autre touriste : et le Suisse ne méprise personne.

Rey bon bon.jpgSous forme de frise l’exposition propose un voyage au sein de motifs récurrents. De cet assemblage et autour de la présence de divers types d’exotisme s’organise une promesse. S’agit-il de ramener dans et par la photographie quelque chose qui serait enfoui ? Sans doute. D’une part parce que l’œuvre reste difficilement extirpable des lieux et d’autre part parce qu’il ne s’agit pas de faire de l’art une simple clé qui permettrait d’atteindre une placidité irrécusable. Elle donne sens mais se poursuit en une présence « in abstentia » et un memento mori qui dépassent la simple photo dite de souvenirs de voyages.

Jean-Paul Gavard-Perret