gruyeresuisse

08/11/2019

Max Aub et les enrhumés

Aub.jpgMax Aub, "Manuscrit corbeau", trad. de l'espagnol par Guillaume Contré, Héros-Limite, Genève, 2019, 128 p., CHF 22,40 E..

 

Max Aub a su ce qu'il en fut de l'exil. "Propriétaire" de quatre nationalités (française, allemande, espagnole, mexicaine) il fut l'ami de Dali, Lorca, Bunuel et Picasso. Il aura été à l'origine de son "Guernica" et co-scénarite de "Sierra de Teruel" de Malraux. L'auteur dut fuir l'Espagne suite à la défaite des Républicains.

 

Aub 2.pngIl se retrouva interné en France au camp du Vernet puis, en tant que juif, dans celui de Djefla - ce qui le sauvera de Dachau et d'une mort problable qu'un tel livre anticipe. Les éditions Héros-Limite publie la seconde version de ce "Manuscit",  témoignage absolu et qui scénarise un Corbeau biblique et prophète.

 

Aub 3.pngLe volatile - le plus intelligent des animaux - met en évidence les aspects les plus terribles des "animaux qui s'enrhument". A savoir les renards et les loups qui limitent les autres aux rangs de poux parmi les millions de ceux qui grouillent dans leur couche ou ce qui en tient lieu au milieu de la merde. Chacun fait ce qu'il peut - jusqu'à enfiler les pieds nus dans des charognes - afin de "tenir". Le langage est d'une puissance rare. L'humour lorsqu'il est là glace le lecteur. Tout le destin des hommes est présent. Dire que c'est terrible serait un euphémisme.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

07/11/2019

Marion Baruch l'attentive

Baruch.jpgMarion Baruch, "Résonances", Galerie Laurence Bernard, Genève, du 16 novembre 2019 au 11 janvier 2020.

Pour sa seconde exposition personnelle à la galerie Laurence Bernard, Marion Baruch ouvre toujours son travail de poésie et d'interrogation dans une forme d'appréhension du vide par effets de subtils rehauts.

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C'est une manière d'aborder l'inconnu de l'ici même et de l'ici bas et leurs rivages que l'artiste aborde comme une exploratrice qui aperçoit une terra incognita. Elle cerne des horizons mystérieux, des "côtes" farouches mais parfois avenantes et hospitalières.

 

 

Baruch 3.pngL'artiste les atteint par penchant et par inspiration en une forme de sympathie avec tout ce qui reste. La découverte est au rendez-vous. Preuve que Marion Baruch reste une curieuse qui attend quelque chose sans raison raisonnable voire qui se jette dans le vide vers des ondes profondes et leurs échos accueillants.

Jean-Paul Gavard-Perret

29/10/2019

Isabelle Bonte et les ballets improbables

Bonte Bon.jpgIsabelle Bonte, "Fil de fer et tarlatane", Galerie Isabelle Brand, Carouge, Genève, novembre 2019.

 

"Dessins dans l’espace, filaires de volumes. Ma palette est intimiste. Proche des matériaux. Brun du fil, café de tarlatane, blanc de nuage" écrit Isabelle Bonte. Apparemment le monde devient un monde de rêve. Il est léger et presque aérien. Les couleurs sont foncées, les formes souples et l'alacrité est de mise. "Le modelage est au service de sensations de liberté" écrit encore la créatrice. Elle sait tirer les ficelles. Chaque pièce va jusqu'aux éthers et leurs nuages plus qu'elle ne grimpe aux rideaux. La rigueur est défaite. L'esprit bat la campagne.

 

Bonte.jpgPourtant l'univers de l'artiste, dans sa fragilité, est plus complexe qu'il n'y paraît. A le regarder de plus près nous comprenons que se créent des impératifs qui échappent à la conscience même de l'artiste. Tout est tiré vers le haut. Existent des oasis du féminin. Et ce ballet improbable ne signifie pas forcément que la vie est légère. Mais la sculptrice poursuit son entreprise pour notre plaisir. Sous l'humour et la légèreté un clair-obscur rend parfois dubitatif.

 

Jean-Paul Gavard-Perret