gruyeresuisse

29/10/2017

Marcel Miracle : éclats et pépites du pays natal

Miracle.jpgMarcel Miracle, « Cinéma Ritz Tamatave », Galerie Ligne Treize, Carouge, du 4 novembre au 2 décembre 2017.

Marcel Miracle fait retour ici à son passé, à sa jeunesse. Pas question pour autant de caresser la nostalgie. L’artiste lorgne sur l’hier pour repartir de plus belle vers demain. De notules cinématographiques du pays natal (Madagascar), de son "Cinema Paradiso" personnel,  il tire une sève. Elle innerve ses dessins. En son âge, le voici, sinon apaisé (il ne le sera jamais), mais fomenteur d’un oui à la vie et aux images en (parfois) des seins animés.

Du passé - qui forcément s’assombrit et s’assèche - l’artiste et écrivain en transforme, polit les épluchures. L’enfant vit encore en lui avec ses émerveillements premiers. L’énergie iconoclaste suit son cours. Ce qui fut gravé dans la mémoire est tiré de la tombe pour jaillir sur l’écran de la conscience et du support papier. Tout se prolonge selon une vision extatique et tendrement drôle. A travers ses « vieilles » images en métamorphoses Miracle fait briller nos yeux.

Jean-Paul Gavard-Perret

27/10/2017

Les euphémismes visuels de Marine Lanier

Lanier 2.jpgLe travail de Marine Lanier se sépare en deux parties distinctes : les plans qu’on nommera panoramiques et les plans resserrés. Les visages sont saisis par les seconds mais ils sont choisis parfois aussi pour cerner les paysages. L’artiste photographie autant son terroir que des espaces forains. Elle ne cherche jamais une vision touristique. L’objectif n’est jamais de faire décor mais par une partie qui fait le tout ou une totalité d’offrir une acuité particulière à tout ce qui se dérobe.

Lanier.jpgLe matériel imposant (chambre photographique) et sa raideur permettent le passage du détail à la vue d’ensemble. Existe autant un effet de « close up » que d’immensité selon ce que la créatrice veut exprimer et transfigurer avec un degré de distance nécessaire dans lequel l’expressionnisme jouxte l’impressionnisme.

 

Lanier 2.jpgPlans larges ou resserrés qu'importe : le sens du détail demeure présent. Les deux directions opposées se rejoignent : des chaînes de montagne aux lichens tout répond à la même exigence. La simplicité minimaliste contrarie le lyrisme par une pratique de l’euphémisme visuel. Morcelé ou non le réel se saisit par celle qui devient une géographe poète. Elle rassemble des sensations d’expériences vécues sans que pour autant elles ne s’expriment par les effets de secousses ou ondes exhibitionnistes. Tout garde une forme de rigidité habile en un condensé d’indices.

Jean-Paul Gavard-Perret

Marine Lanier, « Nos feux nous appartiennent », Exposition Espace JB Genève (4 novembre – 22 décembre 2017) et publication : Editions JB Genève et Poursuite Arles avec un texte d’Emmanuelle Pagano « Grandir comme un arbre ».

 

22/10/2017

Le présent gnomique de Livia Gnos

Gnos.jpgLivia Gnos, « concentration » Bains de Pâquis, Genève novembre 2017

 

 

 

Sur une feuille vierge Livia Gnos crée des vibrations de courbes en fond monochromatique. L’œil se perd puisque l’image devient une sorte de mandala : il piège le regard là où l’espace et le temps à la fois s’enroule et se déroule. Ce n’est plus le côté connaissable du monde ou sa reproduction qui est en jeu. Le plaisir esthétique est celui du temps qui fait les « frais » d’une telle présentation. L’artiste répond à ce qu’espérait Schopenhauer dans « Représentation et principe de raison » dans « Le monde comme volonté et comme représentation » : « cette volonté de représentation pure du monde devient le but de l’artiste de génie ».

Gnos 2.jpgLa voie de l’art s’affranchit du côté connaissable pour une autre création et donc une autre contemplation. Si bien que la puissance de l’art augmente. A la gnose philosophique répond le « gnosique » poétique et graphique de Livia. L’artiste prolonge le son fondamental du monde par le silence des images en leurs monochromes signifiants. Cela tient de la magie. Jaillissent un sentiment de plénitude, une sorte d’« adagio » visuel. L’air danse au sein d’une mélodie inépuisable avec ses longs  "motifs" et ses écarts aussi proches que lointains.

Jean-Paul Gavard-Perret