gruyeresuisse

24/04/2016

Sarah Haug la wonder-mad-woman

 

Haug 2.jpgSarah Haug persiste et signe. Elle décline l’apologie du chaos dans un mixage qui tient du jeu vidéo, de la B-D et du grotesque afin de la transformer en joie éphémère mais joie tout de même. Elle opte pour le foisonnement, le magma de lignes majeures en tierces, secondes, etc. Il en va de même pour les formes. Tout s’y transforme en rose bonbon mais cela n’a rien de mièvre. C’est le moyen de lever les hypothèques sur les souffrances humaines.

Haug.jpgLa Genevoise fait des démons qui nous hantent des gogo-danseurs d’un cérémonial plus joyeux que délétère. Il tient du grand guignol, de carnaval, du film d’animation donc de la parodie. Il n’est pas jusqu’aux rondes macabres à la Bergman de prendre des couleurs et des chorégraphies hirsutes. L’artiste devient wonder-mad-woman avec ses ectoplasmes drolatiques. La catharsis n’arien d’une « purgatio » c’est un paradis où une société tolérante et libre a droit de citer.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Sarah Haug, « SILKY NIPPLE FLUFFY BUTT », www.sarahhaug.com

14/04/2016

Andreas Dobler et le gothique


Dobler 2.jpgAndreas Dobler, “L’attrait du primitive”, Body and Soul, Genève, à partir du 15 avril 2016.

 

 

L’œuvre d'Andreas Dobler est à l’intersection de diverses influences. Celui qui pratique à l’occasion le cinéma, le théâtre ou la musique avec le groupe doom « Celtic Frost » voit son goût pour l’underground se parachever dans son travail de plasticien. S’y retrouve le surréalisme, le romantisme noir, la culture populaire et le pop-art : tous ces genres sont revisités. Se mélange dans l’œuvre dynamique et hallucinée une foule de figurations hétéroclites et souvent drôles.


Dobler.jpgS’éloignant de la représentation humaine l’artiste mixte divers objets au moyen de l'acrylique, de l'huile ou du spray ou en des dessins à l'encre en noir/blanc et au grand format. Les titres des œuvres sont parfois dessinés sur un élément du décor de paysages nocturnes ou de S-F non sans dérision critique. Par exemple dans « Under Fire » un saucisson sur socle se désintègre sous les attaques de rayons laser venus du ciel. Dans « Meringue Flottantes » une utopie architecturale menace au moment où une armée de meringues flottantes font de la résistance. L’artiste par ce biais interroge la perception que l'on a du réel. Métamorphoses, distorsions et d'anamorphoses trompent les habitudes de notre regard et l’artiste se fait le magicien de l'illusion.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09/04/2016

Sandra de Keller : une 4L et pas plus

 

 Sandra de Keller.jpgSandra de Keller, "Renault 4 Life", Fitzpatrick Leland House, Los Angeles.

 

Née à Genève, la photographe autrichienne Sandra de Keller a fait de la 4L son atelier improvisé en hommage à sa première voiture. Mais la nostalgie n’est plus ce qu’elle était. Et plutôt que le passé, la vie et le présent remuent. La carcasse est tout sauf un cimetière : elle prend un air de fête : des enfants se faufilent dedans pour jouer. La femme elle-même la transforme à sa manière en un peep-show ironisé. Elle ferme les yeux. Pour effacer l’image ancienne et anticiper un advenir à soi ou pour se moquer des lapins voyeurs aveuglés par les feux arrières.

Sandra de Keller 3.jpgLa 4L a donc échappé à l'amoncellement des épaves. Un chat errant s'y réfugie parfois pour dormir un moment sur le siège du mort. S’y voyaient les cuisses de la femme sous une jupe étroite qui s'arrêtait aux genoux. Il est possible de la retrouver encore. Preuve que la voiture basique et populaire peut devenir un vaisseau du rêve. Il semble improbable mais loin de la rouille perdure une sorte de Paradis terrestre sur divers chemins de traverse à Ibiza ou ailleurs.

Jean-Paul Gavard-Perret