gruyeresuisse

01/05/2016

Pauline Beaudemont : les objets du désir

 

Beaudemont.jpgPauline Beaudemont, « Caravan », Aargauer Kunsthaus, du 30 avril au 7 juillet. A venir : « A pudding that endless screw agglomerates” Polish Institute, Berlin. “Bourses Déliées”, Halle Nord, Genève.


Pauline Beaudemont multiplie les combinaisons d'éléments et sujets disparates avec recours à des matériaux humbles ou sophistiqués. Le tout dans une parfaite impeccabilité qui n’empêche pas la drôlerie. La jeune artiste pourrait passer pour une post dadaïste et surréaliste dans son travail des objets tant l'art reste pour elle expérimental et propose divers renversement de l’horizontalité et de la verticalité.


Beaudemont 2.jpgLa plasticienne demeure avant tout libre et indépendante des étiquettes. La mutation est perpétuelle en ses approches, si bien que les objets trouvent une poésie inaccoutumée, imprévue et jouissive. Elle pousse autant au rêve qu’à la méditation là où se concentre un certain minimaliste et un art du concept dans tous ses états. Partisane sincère du beau la créatrice saute par-dessus les pièges de la simple ironie. Et l’utilisation éventuelle de ses objets ne représente que l’état latent de leurs rayonnements. Chaque pièce prend la forme du désir et agit de la sorte sur notre contemplation.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

30/04/2016

Cicatrices entre deux rives : Marina Salzmann

 


Salzmann.jpgMarina Salzmann, « Safran », éditions Bernard Campiche. Et "Lectures du livre" dans le cadre de la 4e Nuit de la littérature le 28 mai 2016, Centre Culturel Suisse, Paris.

Née à Villeneuve Marina Salzmann a quitté la ponte orientale du Léman pour son occident. Entre deux rives de la main eau, la fluidité lutte pour ne pas se charger de limon de fin de monde. Situations simples mais décalées et circonstances étranges s’imbriquent là où contre le délétère l’auteur impose à ses personnages comme mot d’ordre la recherche du bonheur. Safran 2.pngLes nouvelles de « Safran » restent à ce titre un plaisir : sous l’apparence douceur l’auteur s’y fait mordante. Chaque texte déshabille un peu plus du corps dans le corps et l’âme sombre de ses désirs. Tant pis pour la tête parfois. Des doigts font leurs métiers. Le dehors passe dedans, des paysages sont soufflés entre les lèvres d’étranges animaux qu’on nomme êtres et qui n’ont d'être que leur ombre. Ils résistent cependant à l’apocalypse comme à ce qui les presse. Leur monnaie de l'infini fait durer leur dépense au jeu du nous. Touchant à leur limite et l'essentiel reste invisible mais de nouvelle en nouvelle il suit son cours.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

26/04/2016

Victoire Cathalan : décalages

 

Cathalan 2.jpgGalerie Espace L, Genève et Midnight Sun Gallery, Morges, avril-mai 2016.

 

Victoire Cathalan prouve que pour voir et montrer il faut un long temps de travail. Celui qui permet d’armer le bras et fait prendre conscience d’un certain formatage dont il s’agit de venir à bout. Encres, dessins, peintures et le numérique créent un univers étrange entre l’humain et le végétal avec divers effets de peaux, d’écorces dans un jeu de transfert et de transparence entre le dehors et le dedans. L’artiste glisse de techniques classiques à des métamorphoses qui déstabilisent la perception et la représentation. Mais elle laisse une importance à la facture autant qu’à la matière dans leur sensorialité entre coulures et tachismes sans se limiter toutefois à de tels « accidents ».

Cathalan.png

 

Surgissent des pans dressés et des formes larvées et aquatiques. L’ensemble fait saillir le silence de l'être, révèle la faille d'un monde qu'il contribue à dépouiller de tout ce qui, normalement lui donne consistance (la figure entre autre). Ce qui affleure est bien autre chose que les seules données de la psyché. Les couleurs semblent flotter. Elles signifient l'expérience de l'extrême liée à celle d'une dérive dont ne subsistent que des repères épars. Ce qui s’étend de manière aléatoire crée parfois un espace strict. Tout, dans cette problématique, joue du décalage. L’artiste saisit la puissance de l’artifice sur l’organique et ce qui se passe entre liberté et emprise. L’œuvre reste donc sur une ligne de crête : imaginaire et réel créent un lieu des plus étranges.

Jean-Paul Gavard-Perret