gruyeresuisse

24/08/2016

Roman Signer : gels et dégels

 

Rompan Signe 24.jpgRoman Signer, « Le Temps Gelé / Die Gerfrorene Zeit » du 16 septembre au 13 novembre 2016, Centre de la Photographie de Genève.

 

 

 

Roman Signer3.jpgAux fameuses « paroles gelées » de Rabelais qui éclataient dès qu’elles passaient en des climats plus tièdes, fait écho le « temps gelé » de Roman Signer. L’artiste de Saint Gall est connu pour ses performances et ses installations basées sur des processus de transformation de matières à travers l’épreuve du temps : elles donnent lieux à l’enregistrement photographique et vidéographique pour une réception ultérieure. L’exposition de Genève permet de montrer l’aspect proprement photographique de son œuvre. Le titre rappelle l’expression d’une immatérialité au sein de l’image : puissance invisible du vent sur des transats, traces d’écoulements « solidifiés ».

Roman Signer 2.jpgLa photographie fait le vide mais donne une « corporéité » à ce qui n’en a pas. Elle éclaire néanmoins l’esprit par la sensation qu’elle provoque. Existent à la fois une moquerie mais aussi l’évidence de la fixité. Surgit négation et évidence de ce qui émane en "résurgence". D’où l'appel et le mirage d'une vraie langue qui émerge malgré tout. Preuve en quelque sorte qu’une « bonne » photographie n’est pas une image simple.

Jean-Paul Gavard-Perret

21/08/2016

Les portraits totems de Miriam Cahn

 

CAHN BON.pngMiriam Cahn, “Paintings and Works on paper from 1977 to 2016”, Du 15 septembre au 17 décembre 2016, Blondeau & Cie, Genève.

 

 

 

 

 

 

 

 


Cahn.jpgMiriam Cahn a débuté par le dessin à la craie ou le dessin selon une approche performative sur de grandes feuilles posées à même le sol. Puis elle passe à la peinture à l’huile. Celle-ci est devenue son moyen d’expression privilégié et permet un retour à quelque chose de rupestre à travers le traitement du portrait. Il est saisi de manière primitive en un jeu envoûtant de répétitions et de variations selon une visée symbolique et vitale plus que psychologique. Il a valeur de totem aérien et tellurique.

CAHN BON 3.pngLa gravité est là mais s’y renverse par la force des couleurs. La notion de portrait devient un agent d’unité. Jaillissement, tension tout y est. Ce parti pris plastique et formel incarne à la fois le multiple et l’un en donnant libre cours aux influx qui animent chaque portrait. Celui-ci recrée les rythmes reliant le visible à l’invisible, le divisible à l’unité au sein d’une poésie plastique verticale. Le visage semble accepter le monde tout en s’en dégageant. Chaque portrait arrête le regard, le « répare ». Il s’agit de lâcher le reflet pour la présence de la fable humaine par la pulsation directe des formes et des couleurs là où la fixité brusquement se renverse, déborde.


Jean-Paul Gavard-Perret

17/08/2016

David Lespiau : l’élan de la poésie

 

Lespiau.jpgDavid Lespiau, Récupération du sommeil, Héros Limite éditions, Genève, 2016.

David Lespiau crée une poésie qui transcende tout témoignage ou jugement. Son pacte toujours inachevé détruit la fausse libération et de la lumière que la poésie spiritualiste entretient. La clarté est faite de contraintes, de reprises, de « durations » séparées par des espaces pour modifier leur trajectoire et créer des insomnies. La poésie versifiée introduit une sorte de prosaïsme fait de notules, de micro-récits, d’éléments de culture vernaculaire dans un « montrage » et des remodelages. S’instruisent de nouveaux réseaux et jonctions à l’intérieur du sommeil de la conscience qu’il s’agit de pénétrer pour cibler son contenu en dehors de l’apparence d’une prétendue vérité.

Lespiau 2.pngDe la saturation mentale, de la démesure de sa monotonie que produisent le rêve et la fatigue jaillit une suite d’informations bigarrées. L’écriture les met en mouvement selon divers volumes afin d’introduire la lumière en l’obscur. Chaque élément du livre se veut actif par jeux de torsions : elles ajustent des solutions nouvelles pour faire basculer le texte hors des sentiers battus et lui donner plus de densité, d’ambiguïté, mais surtout de simplicité et de dénuement selon une trajectoire faussement "distractive". Chaque blessure reçue par l'inconscient se transforme en bombe. Un certain sourire maîtrisé de la poésie s’enrichit de transformations tacites à l’intérieur du corpus qui n'est plus réduit à un compost mentalisé par la prétention purement formaliste.

Jean-Paul Gavard-Perret