gruyeresuisse

27/10/2018

Hans Scharer : à Dieu ne plaise

schaer.jpgHans Scharer  « Peintures, gravures », Galerie Anton Meier, du 8 novembre 2018 au 26 janvier 2019

Hans Schärer est souvent associé à l’art brut. Mais ce serait réduire la force d’une œuvre où l’  « exercice d’imbécilité » (Novarina) est le fruit d’une réflexion et d’un travail constant. S’y croisent des madones approximatives et des scènes érotiques du même acabit. D’autant que la distinction n’est pas aussi nette que les mots pourraient le faire penser. Si bien qu’à chaque coup l’artiste gagne la timbale puisqu’il joue sur les deux tableaux  et convole en justes noces avec les saintes comme avec le père de la mariée.

schaer 2.jpgDans cette fête des couleurs et des formes primitives le spectateur est comblé :  jamais de fausses notes. Et pour que la fête soit complète tout dans la fixité semble danser le hip-hop. Chacun est prêt à plonger entre les cuisses de soubrettes qui n’en demandent pas mieux- ce qui sans doute ne plait pas à Dieu. On y va de pieds fermes et jamais de mains mortes, pots de fleurs d'une main et bouteilles de l'autre, mi dingue, mi-ravin. Les vieux canards rient jaune et les jeunes passent au rouge. Chacun sait  qu'à trop lécher la donzelle on ne récolte pas forcément une veste. Pour preuve ces zéros de conduite perdent souvent la leur.

Jean-Paul Gavard-Perret

26/10/2018

Philippe Schibig et les fourmilières.


Schibig.jpgPhilippe Schibig, « Dessins », Galerie Anton Meier, Genève, du 8 novembre 2016 au 26 janvier 2018.

Philippe Schibig est né en 1940. Il passe sa jeunesse à Genève et à Zoug, fréquente pendant quelque temps l’école des arts à Lucerne puis se forme au dessin en autodidacte. Il vit depuis 1957 à Lucerne, Zurich et Genève. Pratiquant principalement le dessin au stylo à bille, ses oeuvres sont surpeuplées de traces – au besoin pour exhaler ce qu’on a sur le cœur. Explorateur de l’ici même, Schibig met dans ses dessins sa peau, son émotion. Il crée des narrations de vieux songes qui reviennent frais comme des gardons. Le monde est confus mais l’artiste tente d’y mettre de l’ordre là où tout reste en équilibre instable. Et c’est ce qui est le plus passionnant dans ses œuvres qui redeviennent parfois plus sages.

Schibig 2.jpgDemeure toujours une traque à travers les signes et les griffures. Dessiner au stylo ne se limite plus à la graphie sur le blanc mais la biffure dans le noir. Pour que les traces vibrent d'un bourdonnement d'insectes mais d'insectes qui ne disparaissent pas lorsque la lampe s'éteint. Il faut donc suivre les traces, les différentes traces, sans aucune préférence, mais faire le point dessus comme au petit bonheur. Reprendre à partir de là, où se donne du champ à un jambage. Puis relever la tête et déguster en silence ce que l’on vient de voir. L'image se multiplie, la scène reste trouble. Quelque chose bée puis se scelle à nouveau. Dans le genre c'est bien. Il est bon de pouvoir rêver parmi de tels errements - pendant ce temps leurs démons se seront assoupis.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

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Matelathématique de l’identité – Vanna Karamaounas

Exode.jpgVanna Karamaounas, «Exodes - Exo Matresses », Les berges de Vessy, Genève, jusqu’au 31 octobre 2018.

Vanna Karamaounas (Iseult Labote) avec sa série « Exo Mattresses » crée l’histoire de l’exil, de la survie et de ses souffrances à travers un objet-clé : le matelas. Il devient ici l’espace ou le lieu intime où chaque être « couche » sa peine, ses luttes, son rêve. L’objet devient chargé de ce que définit une identité comme s’il devenait la coquille de l’escargot en errance.

 

Exode 2.jpgL’artiste trouve dans les exils d’aujourd’hui des échos à la propre histoire de sa famille qui a dû fuir l’Asie Mineure lors de l’Incendie de Smyrne en 1922. Au lieu d’évoquer le psychisme ou l’âme, l’artiste trouve dans l’objet un moyen d’échapper au jeu du concept. Le matérialiser crée un rapprochement où l’émotion est engagée sans pour autant baigner dans le pathos inhérent à la présence humaine.

Existe là une pertinence et une impertinence. Ce transfert pose de manière plus probante ce qui se passe et qui peut se passer pour tout individu déplacé par les remugles de l’Histoire. L’artiste évoque une autre manière implicite mais brutale d’envisager une douleur. Le matelas l’incarne et cela place la créatrice au sein de celles et ceux qui ne se contentent pas de témoigner là où l’objet devient une fable : à chacun de la réinterpréter.

Jean-Paul Gavard-Perret