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15/05/2017

Eliane Gervasoni et Imperfetto Lab : surfaces apaisantes, surfaces irritantes

Gervasoni.jpgEliane Gervasoni et Imperfetto Lab, « Come potrei cacciare, se prima non designassi », Galerie ID50, Genève, du 18 mai au 17 juin 2017.

 

En résonance avec l’œuvre de l’italien Imperfetto Lab, Eliane Gervasoni présente une suite de dessins à l’encre blanche sur papier noir aux glacis impeccables. La fixité - selon l’expression consacrée - « déplace les lignes » en lieu et place du mouvement. Chaque œuvre est constituée d’une unité transitive : celle des changements de saturation dans la modulation du noir et de blanc.

 

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Tout semble en suspens. L’espace est soumis à des tensions au sein de flux ordonnés. Le dessin implique un rythme et crée l’expérience d’une forme de spatialité particulière. Noir et/ou blanc qu’importe. Si bien qu’à « l’imperfection » de la matière chez l’Italien répond la précision des dessins de la Lausannoise. Elle renvoie le réel au cosmos par effet d'abstraction.

 

 

 

 

Gervasoni 3.jpgLes deux œuvres "en repons" créent une histoire abrasive, une narration d'espaces et une éclaircie de la réalité. Chez Eliane Gervasoni s’inscrit l’esquisse d’une tonalité majeure. Se crée l’ouverture d’une communication insolente où le monde se traverse et se transforme dans une « co-agitation » avec l’œuvre d’ImperfettoLab.

Jean-Paul Gavard-Perret

11/05/2017

Les réincarnations d’Iseult Labote


Iseut Labote 2.jpgIseult Labote, « EXODES – photographies », du 18 mai au 17 juin 2017, galerie Andata Ritorno,Genève

Dans sa série Exo Mattresses (2014-2015) Iseult Labote (Vanna Karamouanas) photographie des matelas. Ils deviennent les témoignages d’un exil et de sa dérive. Proche de la recherche d’Ed Ruscha sur le même matériau, la créatrice, à l’inverse de lui, ne voit pas en cet objet une consonance propre à la rêverie. Le matelas renvoie à une vie matérielle précaire, fragile. Il devient le lieu et le symbole d’un abandon et d’une mutation. Une identité s’y palpe. Celle d’un être absent mais qui peuple ce lieu désaffecté. Chaque matelas reste une présence intime en hommage non seulement à sa famille qui a fui l’Asie Mineure en 1922 après la Catastrophe de Smyrne mais aussi à tous les migrants.

Iseut Labolte.jpgL´abandon ne permet de demeurer que dans la douleur littérale. Peu à peu la recherche de la photographe s´établit entre ce qui fut et ce qui devient à travers ces images un abandon " contrôlé" pour ainsi dire. L’artiste laisse sortir doucement, de façon de plus en plus intense tout un torrent d´énergie qui brûle à l´intérieur d’elle. Elle travaille la douleur et l`amour, soudés comme des frères jumeaux. Cela donne une oeuvre de plus en plus condensée, énigmatique, là où les êtres se perdent au moment de les accoucher. C´est beau parce que l’artiste vit son œuvre comme une possibilité, la seule pour elle de transformation et d´alchimie . De la mort et la plaie surgissent ces matelas s´érigent comme des corps réincarnés. Cela place Iseult Labote sur une ligne tendue entre un déjà disparu et une attente incertaine.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Jan Fabre et ses métamorphoses à Genève

Fabre 3.jpgJan Fabre, “Gold and Blood (Sculptures and Drawings”, Art Bärtschi & Cie , Genève, du 18 mai -au 30 juin 2017.

Gold and Blood (Sculptures and Drawings) crée une proposition métaphysique et iconoclaste où l’homme et l’animal sont réunis dans ce qui devient une révision des structures identitaires. A une approche entomologiste se mêle l'apport spirituel de l’or. Il sacralise un propos de reprise et révision de l'identité. Les scarabées dotés d’un bâton d’évêque et d’un arbre de vie deviennent des gourous paradoxaux "religieux" et ironiques de l’Humanité souffrante et enfin consciente d'elle-même. Ce qui demeure bien sûr une vue de l'esprit mais que Jan Fabre revendique.

Fabre.pngLes sculptures permettent à l’exposition de se réaliser à travers un temps horizontal et vertical selon une symbolique qui rameute une connaissance ancestrale. L’artiste s’y revendique comme le passeur sérieux et farceur d’un savoir-faire et d’un savoir sacrés. Dans ses œuvres le scarabée dépasse son statut terrestre. Les perroquets (Marcel Broodthaers regarde René Magritte) rappellent comment l’admirateur contemple l’admiré. Mais en ce monde des volatiles devenus sacrés, lequel précède l’autre ? Enfin, au sein d’autres œuvres, le propre sang de l’artiste sert à accorder à la vie comme à l’art une force de purification et d’instinct de « sur-vie ».

Fabre 2.jpgJan Fabre continue à créer du nouveau sans tuer le rêve des autres. Tout chez lui sort de l’insignifiant comme de la signifiance. C’est sa manière de voler vers les cimes en gardant les pieds dans le réel trivial mais réaccordé. La rage bat encore une démesure par les subtilités de non-sens portés à l’état d’art absolu bien plus performant que la maïeutique et autres techniques métaphysiques plus « classiques ».

Jean-Paul Gavard-Perret