gruyeresuisse

01/12/2017

Tout ce qui reste – Timothée Calame

calame 2.jpgLe Mamco de Genève, et la direction des grands magasins Manor ont attribué à Timothée Calame est le « Prix Culturel Manor 2017 ». En conséquence il va exposer dans l’espace Ecart du Mamco. en avril 2018. Le Genevois vit et travaille à Marseille. Sa première exposition monographique institutionnelle fut présentée au Swiss Institute de New York en mai 2017 mais la liste de ses participations à expositions est déjà longue. Son travail résolument politique se décline à travers plusieurs médiums et différentes échelles : de la maquette à l’installation, de la simple aquarelle à la sculpture immense. Chaque œuvre évoque l’urgence, le camouflage sous une économie de moyens et un minimaliste parfois proche du conceptualisme.

calame.jpgL’artiste dépouille l’art de bien des scories. Il ne cherche pas à brouiller les pistes mais à en ouvrir en le dégageant de rideaux de fumée. Il continue à puiser sa détermination dans une critique radicale d’une époque où cohabite d’aussi près la pauvreté et la richesse. Refusant d’accepter ce marché de dupes il continue une résistance organisée sans renier toutefois l’idée d’art et de beauté tout en leur donnant une autre valeur et dimension.Installations, aquarelles, sculpture sont à portée sociale et politique. Le contexte n’est pas forcément mis en scène : il devient centre en des sortes de « colonie » ou de ruban selon des plans horizontaux ou inclinés en vue de l’appel implicite à un urbanisme de secours.

calame 3.jpgL’ensemble devient un acte de résistance face à un monde baigné de technologies. Et un tel projet alternatif radical qui trouvera parfaitement sa place dans le Mamco et ses choix. Ce travail est âpre mais non sans une sorte d’élégance. L’urgence de l’actualité prend des figures métaphoriques. Elles fonctionnent à merveille. Voir de telles propositions dans un grand musée d’art moderne est donc important. Face à l’insignifiance formaliste dérisoire l’œuvre appelle à une humanité qui ne soit pas abstraite, négative. La rébellion ne passe pas ici par le procédé, la critique rhétorique, la transgression cérémonielle. Elle est plus incisive, ardue, pertinente et impertinente.

Jean-Paul Gavard-Perret

19/11/2017

Physionomie du futur : Robert Montgomery et atelier AMI

Perama.pngRobert Montgomery et AMI, « Nous la Grèce », Atelier AMI - Art & Partage, Genève à partir du 19 novembre 2017

 

« Nous la Grèce » est la première étape d’un projet pour Pérama par l’Atelier AMI - Art & Partage avec Robert Montgomery. Pérama est une cité de la banlieue d’Athènes qui dans les années 1960 était une quasi bidonville. Georgios Dimitriadis eut un rôle clé dans sa métamorphose en transformant le quotidien des habitants et l’architecture avant que les colonels prennent le pouvoir en Grèce l’emprisonne. A Genève, l’exposition de l’Atelier AMI crée par Barbara Polla réunit des œuvres d’AMI, de Nikos Damianakis, et d’artistes grecs contemporains dont Pavlos Nikolakopoulos et ses pièces métalliques immaculées. Les ensembles de poèmes lumineux de Robert Montgomery ouvre l’exposition. L’artiste voudrait les montrer in situ en Grèce.

Perama 3.png

Perama 2.pngS’inspirant toujours de l’histoire d’un lieu, il crée des rapports entre les difficultés de la Grèce d’aujourd’hui et l’espace d’un avenir chargé d’espérance. Montgomery - par la richesse d’une langue qui à la fois brille et « boîte » volontairement - propose un paysage dans le paysage au sein du jeu de l’abstraction en appel de la figuration. Les mots deviennent les balises d’une utopie en marche pour prêter au lieu et à une mère nourricière et première, berceau de la civilisation. Le ruban lumineux des mots appelle à une restructuration. Ceux-là ne se veulent pas consolation de la pensée mais espérance, l’abstraction du signe est élan. Chaque poème devient une boîte à ouvrir, en proposant la réflexion en lieu et place d’une réponse toute prête. C’est la une promesse d’allégresse effleurant sur le front de chaque image pour un pays et une communauté en mal d’espérance.

Jean-Paul Gavard-Perret

18/11/2017

Philippe Fretz : échanges, va-et vient, inversions

Fretz bon 3.jpgPhilippe Fretz, « Double-porte II », In Media Res n° 9, art&fiction, Lausanne, novembre 2017.

Philippe Fretz poursuit sa double quête à la fois warburguienne et créatrice. La thématique (ici de la double-porte) passe par plusieurs entrées et par plusieurs étage de l’histoire de l’art comme de l’histoire tout court avec en point de départ deux œuvres de Duchamp reprise selon des mises en scène. La peinture tient lieu de remède en divers jeux d’associations et de reprises - de Memling jusqu’au grille-pain. Qu’il s’agisse d’appréhender appréhender ou d’appréhender d’appréhender les deux acceptions deviennent génératrices l’une de l’autre. Elles entretiennent des liens de connivences propres à une thématique d où les éléments finissent moins par se confondre ou se faire face que de s’harmoniser.

Fretz Bon 2.jpgDe rhétoriqueurs anciens de l’art jusqu’à Philippe Fretz, des pouvoirs occultes de la peinture sont ouverts par delà un memento mori. Même lorsque les scènes semblent désertées de présences « active », elles occupent en leur paysage tout l’espace. En un tel monde et une telle quête, les notions sont là pour élire un sujet/objet selon une sorte de classification plurielle. Au caractère volontairement neutre ou plutôt naïf ou giottesque des rectangles allongés ou droits la peinture de l’artiste se mixent en une suite de petits carrés des référencements. L’ensemble devient une table multicolore non sans gaîté et savoir en une traversée du temps. L’œuvre la plus récente (celle de Fretz) en feignant une « copie » rameute du passé. Elle le revisite et l’empiète.

Fretz Bon.jpgAux œuvres innombrables convoquées et qui inspirent l’étendue de celles de Fretz, celui-ci prouve la capacité d’un sens que seul ce Lucifer moderne permet de fortifier. D’où finalement et en répons aux « Etant donnés » de Duchamp la présence de sortes de jardins d’Eden mais dont les clés de la double porte d’entré sont sans doute perdues. Cette fausse ouverture paradisiaque parasitée contredit l’esprit et le corps d’autres âges de la peinture. Ils semblent avoir besoin de sa présence de Fretz pour se réincarner en divers va-et-vient là où l’art est autant un état qu’une qualité.

Jean-Paul Gavard-Perret