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13/11/2016

Le pictorialisme d’Olivier Robert

Robert.jpgOlivier Robert, « Rivages », 5-26 novembre 2016, Galerie Krisal, Carouge.

Photographe et architecte paysagiste Olivier Robert donne un aspect pictural minimaliste à ses paysages architecturaux créateurs d'atmosphères poétiques grâce au monochrome. Celui-ci donne la qualité essentielle et la plus difficile à acquérir pour la photographie. La lumière est à la fois sourde et diffuse. Elle dirige le réel vers le rêve là où des éléments sont isolés. Emane un étrange effet de proximité et d’éloignement, de complicité et de mise à distance selon une théâtralité particulière.

Robert 2.pngLe photographe invente un langage spécifique. Il joint la tradition réaliste à un impressionnisme dont le lyrisme demeure allusif. La poésie du monde interpelle et rapproche le médium de ses possibilités spécifiques. Olivier Robert donne à voir ce qui ne pourrait se peindre. Il s’éloigne de la fausse évidence du paysage « classique » et prouve que tout photographe est celui qui se met en quête de l'opacité révélé du paysage et de son règne énigmatique. Il atteint le « photographique » - équivalent dans l’image fixe du « filmique » cher à Barthes.

Jean-Paul Gavard-Perret

09/11/2016

Les confrontations de Miriam Cahn


Cahn.jpgMiriam Cahn, « Paintings and works on paper from 1977 to 2016 », Bondeau et Cie, Genève, jusqu'au 17 décembre 2016

 

 

 

 

 

 

Cahn 2.jpgLes portraits de la Bâloise Miriam Cahn créent l’exigence d’un dialogue qui n’était pas prévu par l’entremise d’une restauration essentielle. Celui d’un portrait qui s ‘affichant interroge et se livre au dialogue. L’artiste devient passeuse en évitant les narrations d’anecdotes en s’immergeant dans ses œuvres « comme pour une performance ». Elle crée des visages à l’étrange connivence entre le corporel et spirituel, le réel et le possible. Jaillissent des revenants et "devenants" en des couleurs claires et intenses qui donnent au portrait un côté naïf et atmosphérique : on ne tombera pas pourtant dans la gouaille d’Arletty -Atmosphère, Atmosphère - qui ne conviendrait pas du tout.

Cahn 3.jpgLe visage ou le corps sert de rhétorique agissante, érectile. S’y captent des forces par le langage même de la peinture qui pousse à une étrange jonction. Elle rappelle ce qu’écrivait Blanchot : « Toujours je reviens pour autant que vous trouvez en vous l’aptitude à demeurer au plus loin ». Jetant sur le support papier son corps et de ses émotions, Miriam Cahn donne à l’être toute sa puissance. Il y paraît néanmoins fragile, désemparé dans une sorte d’équilibre précaire. Par delà le travail de la mémoire il possède parfois le parfum de fruits défendus entre douceur et violence.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

06/11/2016

Lucas Olivet : in extenso

 

Olivet bon.pngLucas Olivet, « Black Water Ballad », JB Editions, Genève, 2016.

Lancement du livre au Centre Culture Suisse de Paris le 9 novembre 2016.

 

 

 

 


Olivet bon 3.jpgLucas Olivet quoique né à Vevey a souvent passé ses vacances et se rend toujours au Canada. Entre autre autour du Lac Noir près de Wentworth. Son livre (qui fait suite à son exposition sous le même titre) propose un véritable huis-clos dans un cadre de nature où l’être humain est confronté au domaine aquatique. Il y éprouve un rapport avec une spiritualité tacite.

Choisissant l’argentique le photographe capte ses images depuis le bord du lac ou sur un canot afin de proposer une proximité sobre, pacifiée et parfois (souvent même) mystérieuse sous forme de "narrations" en suspens. Chaque œuvre regorge d'une troublante curiosité dans sa précision de détails puisque rien n’est laissé au hasard.

Olivet bon 2.pngDe tels espaces-temps fascinent. Dégagé du piège d’un halo sentimental, une matérialité physique se découvre. Là où le paysage se fait étrange surgissent sourdement et comme en demi-teinte, corps ou objets. Existe un coulis lumineux subtile et prégnant propre à la méditation. N’est-ce pas là une manière de saisir de l'infiniment grand par un petit coin de nature ?

Jean-Paul Gavard-Perret