gruyeresuisse

25/12/2017

Natacha Donzé : incarnations

Donzé.jpgLes textiles et les peintures de Natacha Donzé n’excluent jamais la peur mais recèlent une profonde beauté. Elles provoquent parfois même, en leurs fragments, une fascination. L’humain s’y « découvre » d’une autre façon. Son corps n’est plus un blason. Mais s’en dégage une puissance étonnante par un clin d’œil à une forme de dérivation de l’art textile le plus récent. Une puissance poétique est créée par les formes humaines et animales au sein de danses qui donnent aux situations des présences étranges. Le désir prend au sein de « ruines » d’étranges proportions, séquence par séquence, morceau par morceau.

Donzé 3.jpgAu cœur de l’hybridation se mettent en place de nouvelles données corporelles et une paradoxale injonction vitale qui sont suggérés en ces éléments du corps. Celui-ci demeure l’ « objet » (ou le sujet) obsessionnel par excellence que traite l’artiste. Confrontés à de telles œuvres - et c’est une de leurs valeurs majeures - les regardeurs sont plongés au sein d’une communauté étrange. Ne subsiste aucune sollicitude sécurisante pas plus qu’une tranquillité apaisante. Néanmoins restent des invitations au voyage emplis de sensualité par la force des couleurs et le feston des surfaces.

Donzé 2.pngEn ce sens - tout en pesant de son poids de « chair » par les effets de matière - l’œuvre demeure toujours céleste C’est d’ailleurs là toute l’ambiguïté et la force d’une telle résurrection. L’artiste sait déplacer nos points de vue en inventant de nouvelles incarnations. Cela s’appelle vanité humanité réduite à ses fragments et aussi échappées d’âme. Le corps en ses parcelles devient le lieu qui inquiète la pensée. Le premier situe, enveloppe, touche, déploie la seconde.

Jean-Paul Gavard-Perret

Natacha Donzé, Exposition personnelle, Quark, Genève, 18 janvier - 3 mars 2018.

23/12/2017

Anelies Strba : reprendre, recomposer

Strba2.jpgAnelies Strba, Galerie Anton Meier, Genève, jusqu’au 3 février 2018.


A partir de la photographie, plutôt que la saisie d’une « seule » image, Anelies Strba crée une forme de décalage et de floutage : elle donne une nouvelle identité de l’image. Celle-ci ne parle que par son propre langage selon une déconstruction formelle où la forme prend son impact par la couleur. Partant de substrats littéraires la créatrice offre une réflexion sur l’art lui-même. Tout est donc conçu selon des architectures improbables, des géométries colorées.

Strba3.jpgLe travail permet une sublimation ou plutôt un dépassement du réel, des modèles, de leur scénarisation. Le travail cherche moins une transposition du monde qu’une exploration du poétique visuel. Surgit en conséquence une théâtralité des formes et une chorégraphie abstraite. L’objectif cherché n’est plus l’identification d’un sujet. Et si certains éléments peuvent être identifiables cela reste secondaire.

Strba.jpgAnelies Strba cherche moins une « réalité » seconde qu’un processus de recomposition. Points de fuite et pans se démultiplient en de nouvelles présences afin d’atteindre une sorte d’effacement ou de déperdition de la photographie originale. L’œuvre devient une sorte d’architecture utopique et improbable par laquelle l’artiste métamorphose les illusions de réalité et met à jour cette frontière où naît l’œuvre d’art dans un renouvellement de son langage.

Jean-Paul Gavard-Perret

17/12/2017

Aurélie Pétrel : playground

Pétrel.jpgAurélie Pétrel, « Littéralement et dans tous les sens », CPG, Genève, du 16 décembre 2017 au 11février 2017.

Pour Aurélie Pétrel la photographie n’est « que » le point de départ d’une démarche plus ample. Chaque épreuve devient l’occasion de diverses stratégies, propositions et structures animées au sein de « performances ». Existe une suite de partitions faites pour créer une interrogation entre l’image, son contexte et les conditions de sa création. Le spectateur n’est plus face à l’image mais dedans au sein de White Cubes qui transforment les chambres noires.

Pétrel 2.jpgLe sens de l’image déborde par la confrontation les points de vue afin de développer des pistes au sein de l’interstice entre les medias en des liens qui prennent forme et sens au fil du travail. A la croisée de la photographie et d’autres approches, Aurélie Pétrel architecture l’espace-temps et développe en un certain nombre de facettes qui peuvent évoluer en permanence en différents types d’immersion.

Pétrel 3.jpgLa tentation du récit est évincée au profit d'une réflexion sur la notion d'image même si elle garde la capacité d’introduire du récit dans les installations, de l’évènement dans un évènement. L'artiste nous donne à voir le travail de sape salutaire pour la vraie liberté. Celle qui fonde et qui brise. Celle aussi qui – révélée - tend à occuper tout l’espace loin des stances qui habillent généralement le regard. D’où la présence d’une impudeur très particulière, résolument critique et parfois ironique.

Jean-Paul Gavard-Perret