gruyeresuisse

24/02/2020

Dorothy Iannone et le corps féminin extatique

Iannone.jpgDorothy Iannone, "Eros Paintings", Centre d'Edition Contemporaine Genève et Innen, Zurich, 2020, 16 p., 15 E..

Depuis le début des années 1960, l'artiste Dorothy Iannone vit et travaille à Berlin où elle se consacre de diverses manières (peintures, dessins, collages, vidéo, dispositifs sonores, objets et livres d'artistes) à la représentation d'expériences amoureuses extatiques et l'idée d'un amour fou car absolu.

Iannone 3.jpgIannone se soustrait à toutes frontières sociales, normatives ou artistiques, ainsi qu'à toute tentative de classification. Son langage pictural, mixe pop art et art brut dans une poésie très particulière et totalement orginale. Le corps est schématisé et stylisé mais sans la moindre equivoque sur ce qu'il "fait". Ce qui frôlera (voire plus) pour certains l’obscénité est mis en exergue dans un corpus qui lutte contre la censure mais a été longtemps interdit par elle.

Iannone 2.jpgCe travail permet de voir jusqu’où une incarnation intempestive peut conduire. Au sein de la notion philosophique de l'Éros, l'oeuvre est celle du désir envisagé comme une force naturelle animée par l'Amour, l'extase et la déliquescence du Moi en union du physique et du psychique. S'inscrivent la libéralisation de la sexualité et à l'affirmation de l'autonomie féminine.

Jean-Paul Gavard-Perret

Disparitions, apparitions : Marion Tampon-Lajarriette

Tampon.jpgMarion Tampon-Lajarriette, "Echos", Erich Linderberg Art Fondation, Museo Villa Pia, Porza, Suisse, du 27 octobre 2019 au 4 avril 2020

Tampon 3.jpgMarion Tampon-Lajarriette explore les frontières de la mémoire et de l'imaginaire en référence à l'histoire du cinéma, de l'art et de la science. Le musée Villa Pia présente une sélection de travaux de ses 10 dernières années de recherche. Ils  correspondent avec son arrivée en Suisse et à Genève où elle étudia à l'HEAD. En 2016/17 elle a bénéficié d'un an à l'ISR Swiss Institute di Roma après avoir gagné le Swiss Art Award dix ans plus tôt.

Tampon 2.jpgSe retrouvent ses vidéos réalisées à partir d'image en 2D, installations ou shooting de ses performances. La créatrice souligne la rupture entre l'amour du patrimoine culturel d'hier et d'aujourd'hui et sa transformation dans un réseau d'images et de visions qui vont vers l'abstraction ou plutôt le virtuel.

Tampon 4.jpgEntre flux et déplacements l'artiste propose des apparitions et présences troubles et mouvementées. Emergent  des attentes, des montées, des descentes dans divers circuits  de circulations, reprises et articulations. L'art porte atteinte au vide par espoir de fusion de divers temps. Mais l'artiste souligne tout autant le risque de l’abîme au sein d’un mouvement en des assemblages qui jouxtent un impossible à faire reculer.

Jean-Paul Gavard-Perret

17/02/2020

Fabuleuses fabulations : Olivier Mosset au MAMCO

OMosset.jpglivier Mosset, MAMCO, Genève, Du 26 février au 21 juin 2020,

Le MAMCO expose le travail de l'artiste suisse  le plus connu (avec John Armleder) Olivier Mosset. Figure centrale de la peinture abstraite d’après-guerre il demeure une référence incontournable pour des générations de peintres européens et américains. Cette rétrospective revient sur les décennies de pratique de l'artiste, depuis les premières expérimentations des années 1960 jusqu’aux monumentaux travaux récents, en passant par les réflexions du peintre sur l’appropriation, le monochrome ou les "shaped canvases".

Mosset 2.jpgDe plus, des salles du musée sont consacrées à des mouvements et artistes dont Mosset fut ou demeure proche. Elles permettent d’envisager son travail à l’aune de différents contextes. C'est une manière supplémentaire de rappeler que toutes les oeuvres du créateurs restent des glaïeuls incendiaires exorbités de différentes manières - de l'abstraction au destructionnisme. Il pratique aussi bien l’aporie que le fractal avec un humour parfois "essentialiste". Et il serait peut-être encore prêt à donner ses cheveux et sa barbe pour que Trump se prenne pour les Beatles (période karma).

Mosset 3.pngC’est dire si Mosset se moquent des pouvoirs. Sans doute parce qu’il reste voué aux alternances incompréhensibles (pour les autres). Elles caractérisent son travail, sa fragilité, sa force, son anxiété et sa farce. Le volupté des images est chez lui jamais une perte mais une dépense - dans le sens où l'entendait Bataille. Et ce qui en résulte est tout sauf une tristesse ou un tarissement.

 

Jean-Paul Gavard-Perret