gruyeresuisse

08/10/2016

Iris Gallarotti : profondeur du dessin


Gallarotti 2.jpgIl faut au dessin "juste" une ouverture, unique et momentanée, une ouverture qui signe l’apparition comme telle. Mais ce "juste" n'est pas facile même si a priori tout le monde peut se penser dessinateur. Iris Gallarotti donne à son art une forme de dissemblance programmée. Elle touche au plus profond car le réel échappe à ses tenants et ses aboutissements. Lignes de fuite et fragmentations nous laissent orphelins de lui au profit de nos desseins et notre énigme. De minuscules traces d’encre apparaissent, s’accumulent, se dispersent selon des mouvements complexes où un certain érotisme n’est jamais loin.

Gallarotti.jpgIl convient de déambuler sans but dans l'œuvre afin de comprendre comment la masse du monde prend forme et comment les œuvres transforment leur propre statut. Elles sont le fruit l'histoire d'un combat entre la forme et l'effacement dans le corps à corps que se livre l'artiste devant la feuille de papier en sa quête d'une image-mère.

Gallarotti 4.jpgIris Gallarotti ne se veut pas chercheuse de trophée imaginaire à ramener chez elle mais d'un regard du plus profond de l'être, là où se trament notre vie, notre pensée, notre affect et notre corps. Au rêveur endormi fait place l’insomniaque rêveur sidéré par ce que le dessin étale et condense en transposant l’image du rêve dans un autre champ de perception sensorielle. L’hallucination est provoquée par effet de surface. Le dessin n’est plus équivalence, il n’est pas un portant visuel du réel mais son point de repère, son point de capiton, son nœud parfait qui n’a pas besoin de corde et qui donc ne peut être défait.

Jean-Paul Gavard-Perret

Iris Gallarotti, "Je de m…", "Tu me m…", Galerie Alexandre Motier, Genève, 2016 et  février1917, Local-Int, Bienne.

26/09/2016

Angela Marzullo maîtresse idéale

 



AAAMarzullo.jpgAngela Marzullo, « Homeschool », Textes de Anna Cestelli Guidi et Francesco Ventrella, 232 pages, Editions Nero, 15.00 €

 

 

 

 

 

 

 

 


AAAMarzullo 2.jpgL'instruction à domicile constitue une thématique centrale des performances et vidéos d'Angela Marzullo. Partant de textes des années 1960 et 1970 sur le sujet, la Genevoise les met en scène et les fait jouer par ses deux filles en liant l'image et le texte.

AAAMarzullo 3.jpgLes monstrations reposent - sous forme ludique et sérieuse - des questions rémanentes et qui traversent toute société en son rapport à la pédagogie. Digne descendante de Rousseau, l’artiste prouve qu’une telle position reste révolutionnaire pour certains ou réactionnaire idéologiquement parlant pour d’autres. L’artiste dépasse ces (im)postures. Elle met en jeu le corps et l’esprit soumis à un enseignement « maison » qui semble plutôt probant. Chaque tentative venant ébranler un certain ordre reste possiblement positif.

AAAMarzullo 4.jpgDe fait pour Angela Marzullo - et loin de fantasmes ou de présupposés - la pédagogie ne doit pas se penser pour elle-même mais pour ce qu’elle apporte. En plus belle fille de monde elle ne peut donner que ce qu’elle a. Mais il est toujours possible d’en modifier le costume. Le prêt à porter et le sur-mesure restent des réponses possibles. Quel que soit le cadre, il suffit que celle ou celui qui la reçoit n’en soit pas la victime et en tire partie.. Le livre a donc le mérite de desserrer l’étau des idées reçues voire à les réviser. Les mines réjouies des deux « actrices » de la créatrice semblent l’accréditer.

Jean-Paul Gavard-Perret

17/09/2016

Veuve Alvilda : adorable menteuse

 

Alvida 3.jpgVeuve Alvilda dit faire de « petites photographies ». Tout juste si elle n’ajoute pas « sans importance ». De fait la jeune artiste crée des fictions enjôleuses, cajoleuses et démoniaques. Et il n’est pas jusqu’à la notion de genre d’y subir certains détours. Existe une « science » de l’esprit et du corps, de leurs fêtes et de leur ascèse à l’entrecroisement de la nécessité et de l’accident. Ils interagissent pour transformer le réel en chien fou qui dépasse l’illusion platement érotique. Ce qui pourrait se nommer « pornographique » devient une farce à paillettes pour repousser les limites de certains jeux que la littérature établit le plus souvent derrière ses parapets ou paravents japonais.

Alvida.pngLes déterminations changent de cap par le langage plastique d’une telle veuve joyeuse voire un rien clito… A ce titre le monde et sa sexualité peuvent paraître effrayantes mais il y a là une nécessité pour comprendre ceux qui vivent le stupre dans la crasse ou la prostitution. En cette figuration une unité a lieu : elle fait avancer jusqu’à l’histoire des images entre utopie, réalité et quintessence de la « viande » (Artaud). Alvida 2.pngVeuve Alvilda capte un élan scandaleux sans doute aux yeux de la morale des adorateurs du dieu unique : il n’existe plus de hiérarchie. L’homme n’est pas plus le roi de la création que le lion n’est celui des animaux et le chien est autant un frère que n’importe quel humain - et ce sans effet de réincarnation.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Oeuvres visibles chez Corridor Elephant, Paris.