gruyeresuisse

07/02/2019

Les flèches et l'étoile : Eva Magyarosi

Tundra.jpgPaul Ardenne est le commissaire de l’exposition et l'auteur de son titre « Eva Magyarosi, Récits privés » . Il a compris combien dans un tel travail et sous son aspect fantastique tout est né dans la réalité de l'artiste, " la réalité de sa vie, ancrée dans un lieu, une maison, une famille avec trois enfants petits, mais une réalité qu’elle fait vibrer sous nos yeux, et que nous pouvons dès lors partager".

Tundra 2.jpgDans cette exposition  une pièce majeure : "Tundra" - vidéo dont le titre ramène au sens originel de ce mot : une montagne nue, "une montagne vue de dos" comme l'écrit Barbara Polla. Les images en sont soulignées par le son de la nature (musique de Mihaly Vig). Le tout ramène à des expériences premières, vécues à l'époque primale de manière naturelle et sans "voyance". C'est en les reprenant qu'Eva Magyarosi reconstruit son monde originel avec ses peurs et ses défenses. Tout est transformé comme  "Tundra" elle même qui devient le personnage central et d'abord non genré de la vidéo. Il y a là des animaux énigmatiques, un univers étranger au moment où l'enfant se dilue dans l'être adulte. Celui-ci  a filé ou fuité entre les doigts du passé pour ramener - à contre courant de l'innocence - vers le péché

Tundra 3.jpgL'introspection implicite - en puisant dans les émotions du passé et par delà la censure morale - tente de se libérer du présent même si le sentiment du vivre communique avec la mort. Tundra peu à peu devient femme. Ses mains ambigues ramènent à la sensualité comme à la crauté. Les deux sont liées dans cette épopée de flèches et d'étoile noire "symbole de nos rêves, de notre monde intérieur" écrit Barbara Polla. La Genevoise a compris ce qui se joue dans une telle oeuvre en ses "récits privés" : une lutte pour ce qui nous fait - entre animalité et spritualité, anges et démons. Il y a là l'entrée dans un monde qui oblige - de gré ou de force -  à préférer l'état adulte à celui de l'enfance. Les images deviennent dures au moment où le lamento se serait imposé chez beaucoup. Elles se font lyriques plus dans les moments creux que dans les instants de bravoure.

Jean-Paul Gavard-Perret

Eva Magyarosi, "Récits privés", du 7 au 17 février 2019.

06/02/2019

les ailes et les mulets - Peter Wuetrich

Wuttrich.jpgPeter Wuetrich, "Les anges du monde", Fondation Paulo Coelho et Christina Oiticica, Genève, du 8 février au 10 mars 2019.

Peter Wuetrich transforme les passants rencontrés dans divers lieux en anges partculiers. Par ses photographies prises à Londres, Madrid, Mexico City, Mumbai, Nagoya, Paris, Sao Paulo, Venise, Thessalonique, Tokyo, Yerevan et Gyumri, l'artiste poursuit ses voyages à travers le monde en installant sur le dos d'anonymes des livres ouverts qui les transforment en "véhicules" de connaissance, imagination et créativité.

Wuttrich 2.jpgCe n'est pas sans doute la partie la plus convaincante de son travail. Pour autant elle n'a rien de négligeable. Wuetrich y collectionne des images qui rendent les idées "habillables" par l'art et la photographie. La littérature s'épanouit selon un parti-pris étranger. Et il se peut que qui n'a lu aucun livre jusque là en devient le mulet. C'est un nouveau moyen d'apppeler tout le monde à lire et discourir là où la photographie comporte à la fois une fantaisie, une philosophie ou au moins une goutelette de poésie.

Jean-Paul Gavard-Perret

30/01/2019

Michel François : brisures et convictions

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Michel François, Galerie Mezzanin, Genève, jusqu'au 23 février 2019.

 

Michel François vit et travaille à Bruxelles sa ville natale. Sa reconnaissance est internationale. Il est exposé dans le monde entier et fit sensation dès 1992 à la "Documenta 9" puis à la 48 ème Biennale de Venise où il représentait son pays. "Plan d'évasion" (2009) organisé par le S.M.A.K de Gand et l'Institut d'art contemporain de Villeurbanne fut l'occasion de sa première exposition monographique et rétrospective. La galerie Mezzanin rend compte de la richesse d'une telle œuvre.

François 3.jpgL'artiste emprunte un grand nombre de médiums (photos, installations, sculptures, vidéos, etc.) et de nombreuses matières même les plus improbables : pissenlits, cactus, éponge, eau, verre, briques, encre, etc.). Sous l'apparent éparpillement il invente divers types de réseaux, échos, correspondances. Michel François sait jouer de l'ellipse formelle (pour évoquer par exemple la prison) mais il sait tout autant et de manière explicite créer des visions précises (cube de verres aux parois brisées dans "Pièces à conviction, Pavillon brisé").

François 2.jpgLa sculpture et la mise en espace lui permettent de présenter divers types de figurations comme avec ses "Scribbles" dont les embrouillaminis représentent ce qu'il nomme de « gigantesques monuments à la rature ». Tout dans l'oeuvre est dynamique, cabossé ou à l'inverse longiligne et en constante transformation ou énergie là où l'aspect muséal est remplacé par la force du vivant.

Jean-Paul Gavard-Perret