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09/01/2017

Francis-Olivier Brunet : la profondeur et l’ouverture


Brunet.jpgFrancis-Olivier Brunet, « Accordées aux Montagnes », Oeuvres récentes, Galerie Ligne Treize, Carouge-Genèven du 14 janvierau 10 fevrier 2017.

Francis-Olivier réapprend à ouvrir les yeux, à cesser de se taire. Par la présence des montagnes qui sont nôtres, le regard finit par les oublier. Ici à l’inverse il ne s’agit plus de se contenter de jouir dans l’aveuglement mais de retrouver celles qui reprennent une dimension prégnante loin d’une vision purement de décor.

Brunet 2.jpgL'œuvre n'est plus coupée du monde. Et il trouve soudain une autre profondeur ; car il ne s'agit plus de vivre comme le reste d’une peuplade perdue dans un temps « pur ». Le peintre rappelle que le regard est le « luxe » à s’offrir au moment où la présence du réel est habilement décalée : la loi du même est remplacée par un corps proche mais qui parle soudain une langue étrangère. Le regard devient la dupe consentante du non-dupe par reconstruction d’un imaginaire qui appelle celui du regardeur. Ça a un nom. C'est la peinture. Mais cela mérite une création convaincante comme celle de Brunet. Elle contrarie le vide et l’apparence en faisant bien plus que les combler. L’artiste refuse l’anecdotique, il le remplace par une succession d’images de l’indicible, source de la résistance à toute instrumentalisation de l’image. Une telle présence crée une légitimité particulière à la peinture par la profondeur et l’ouverture.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

06/01/2017

Dépôts et dépositions ; Vanessa Billy

Billy.jpgVanessa Billy, « Dear Life », Centre Culturel Suisse de Paris, du 21 janvier au 26 février 2017.

Pour Vanessa Billy revendiquer l’art le plus « sale » (où par exemple un moteur perd son huile) revient à dire oui à la vie dans un superbe renversement des codes. L’esthétique n’est plus là pour faire beau : sa laideur est un appel à la survivance de l’espèce. Vanessa Billy ne croyant pas à l’Ascension ne considère pas l’art comme un épiphénomène, une vue de l’esprit mais un moyen de cesser d’aller droit dans le mur. L’artiste instruit divers types de circulations, transferts, recyclages d’objets et de mots par référence aux activités humaines. Les choses les plus banales porteuses d’anciens usages sont déplacées vers une utilisation inédite. La transmission prend un sens nouveau et de nouveaux circuits.

Billy 3.jpgPreuve que si l’avenir est dans les choses il n’est pas forcément dans leur consommation. Il s’agit de pousser plus loin un possible de l’art à travers détours et reprises. Jaillissent des possibilités d’incandescences à partir de la désolation en une stratégie qui renonce au simple charme pour faire bouger les lignes sous couvert de collectes. Elles défroquent le réel de sa machinerie pour un retour à une vie plus sauvage. Telle une souris Vanessa Billy ronge la maille des images et des mots pour une autre légende et les espoirs de seuils. Elle réactive une énergie vitale et écologique.

Jean-Paul Gavard-Perret

05/01/2017

Todd Bienvenu : A bigger Splash


Bienvenu.jpgTodd Bienvenu, « Dive », galerie Sébastien Bertrand, Genève, jusqu’au 14 janvier 2017

 

 

 

 

 

Bienvenu 3.jpgTodd Bienvenu est un peintre expressionniste façon BD mais où la matière peinture prend la place du dessin. Les scénarisations sont traitées de manière comique, fortement colorée et faussement naïve. Rien d’apaisant dans sa méthode. L’artiste fait feu de tout bois et de tout sexe. De quoi provoquer le rire les petits enfants comme les grandes personnes en des tapages hors saison là où tout devient hors service ou presque. Mêmes les piscines et les maillots de bains de celles qui se veulent charmeurs du serpent. Les esclaves de l’amour plongent de manière ridicule et retombe rarement où ils l’avaient prévu. A la profondeur l’eau répond ironiquement la platitude de la peinture.

Bienvenu 2.jpgIl  existe autant de dangers sur les plages où elle vadrouille que dans le palais de Venceslas, roi de Pologne du Père Ubu. En la mer, façon, Bienvenu ce n’est pas seulement les vagues qui font des vagues mais ceux qui pissent dedans. Bref les boulets ne manquent pas et ils ne baissent jamais les bras. Ils sont désormais des hommes libres mais qui manquent d’équilibre autant mental que physique. Et l’auteur les anime en ce qui est formellement peu admis. Les couleurs sont trop vives et les dessins volontairement maladroits. L’art ne dégrafe pas seulement les soutient-gorges des naïades d’autant qu’elles le font elle-même sans demander de pourboires. Tout est organisé pour du tapage avant même  les « bigger splash » qu’un autre peintre plus sage (enfin presque) immortalisa (David Hockney).

Jean-Paul Gavard-Perret