gruyeresuisse

04/11/2017

Jérôme Hentsch : jalousies

Hentesch 2.jpgJérôme Hentsch, « Blind Store (La Jalousie) », Galerie de Rouvre jusqu’au 13 novembre 2017

 

Jérôme Hentsch est un habile rhétoriqueur plastique. Il joue autant du concept que de la sensation. Et ce non sans humour. Fermées, ses jalousies en appellent d’autres plus psychologiques voire psychanalytiques au sein d’architectures impeccables et dénudées. Il existe aussi un clin d’œil vers une théâtralité subtile.

 

 

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La référence au roman de Robbe-Grillet « La jalousie » est évidente et assumée. Comme l’auteur en littérature, le Genevois (qui aime souvent à s’appuyer sur de telles références textuelles) explore les notions de regard, de passage et de prise entre abstraction, figuration et narration selon des lueurs plus ou moins apaisantes d’un dédale implicite.

 

 

 

 

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Différents possibles restent de l’ordre de l’allusif par le jeu des bandes horizontales et leurs divers monochromes qui - peut-être - « psychologisent » un regard. Le spectateur imagine celle ou celui qui se cache derrière l'image et ses vibrations quasi cinétiques et creusées d’ombres. Entre complexité et suspens, la question du « Voyeur » (pour revenir à Robbe-Grillet) est donc implicitement posée. Semble s’y percevoir - entre stries et courants lumineux - son souffle et ce potentiel quidam peut s’imaginer tantôt sombre, tantôt plus léger.

Jean-Paul Gavard-Perret

30/10/2017

Jan Kopp : (re)présentations

Kopp.jpgJan Kopp, « Capitals », Galerie Laurence Bernard, Genève, du 11 novembre 2017 au 11janvier 2018.

La partie représente-t-elle le tout ? La métaphore rend-elle justice à la matière qu’elle représente ? Tels sont les questions que pose Jan Kopp. Aimant citer l’aphorisme de Wittgenstein "le monde est tout ce qui est le cas ", l’artiste observe " ce qui est la cas ", à savoir les modes sur lesquels les échanges se créent à travers codes et leur sémantique. Dans une approche polymorphe il présente divers types de manifestations et de présentations du monde.

Kopp 2.jpgSon processus de transformation par les divers médiums crée des ruptures et des liens potentiels. L’artiste multiplie des voies conflictuelles. C’est une manière d’explorer la relation trouble de la partie et de l’ensemble. « Capitals » lui permet de mettre en évidence divers aspects de son travail en confrontant des techniques différentes. Il en fait découvrir l'alchimie en donnant l'occasion de poser les problèmes fondamentaux de la représentation. Ils peuvent déboucher sur des questions politiques sur le sens de la démocratie.

 

 

Kopp 3.jpgL’art devient un instrument de travail essentiel avec lequel fixer l'éphémère et développer des idées en s'appuyant sur les étapes antérieures. L’artiste apporte également une contribution significative à l’exploration du fixe et de l’animé, plaçant le spectateur dans la position de l’observateur, du voyeur, du découvreur. Formant, déformant, transformant, Jan Kopp modifie le monde au sein d’une réflexion sur le « devant-être » des choses mais aussi sur le moment si important de l’entre-deux pendant lequel une forme n’a pas encore les qualités qu’on attend d’elle.

Jean-Paul Gavard-Perret

29/10/2017

Marcel Miracle : éclats et pépites du pays natal

Miracle.jpgMarcel Miracle, « Cinéma Ritz Tamatave », Galerie Ligne Treize, Carouge, du 4 novembre au 2 décembre 2017.

Marcel Miracle fait retour ici à son passé, à sa jeunesse. Pas question pour autant de caresser la nostalgie. L’artiste lorgne sur l’hier pour repartir de plus belle vers demain. De notules cinématographiques du pays natal (Madagascar), de son "Cinema Paradiso" personnel,  il tire une sève. Elle innerve ses dessins. En son âge, le voici, sinon apaisé (il ne le sera jamais), mais fomenteur d’un oui à la vie et aux images en (parfois) des seins animés.

Du passé - qui forcément s’assombrit et s’assèche - l’artiste et écrivain en transforme, polit les épluchures. L’enfant vit encore en lui avec ses émerveillements premiers. L’énergie iconoclaste suit son cours. Ce qui fut gravé dans la mémoire est tiré de la tombe pour jaillir sur l’écran de la conscience et du support papier. Tout se prolonge selon une vision extatique et tendrement drôle. A travers ses « vieilles » images en métamorphoses Miracle fait briller nos yeux.

Jean-Paul Gavard-Perret