gruyeresuisse

15/05/2014

Accrocs de Lorenzo Bernet

 

 

 

Bernet Bon.jpgLorenzo Bernet aime  les déconstructions. Il se plaît à brouiller les pistes et les repères.  Chaque élément du réel est profané entre chaos et sérénité en une  harmonie  recomposée. Les apparences se dissolvent. Reste le vertige d’ultimes réverbérations en un équilibre précaire jusqu’au triomphe d’un enfantement où la raison et la vision ne serpentent plus comme dans une maison bien close et rassurante. Chaque œuvre  préfère à la narration une scène éclatée :  le regard passe à travers un écran transparent et se transforme en « écran total » comme on dit en cosmétologie. L’artiste met donc à distance le regardeur entre détours et détails déconstruits. Le réel se démultiplie, ricoche en visions kaléidoscopiques froidement drôles et dégingandées.

 

 

 

Bernet 3.jpgLe regardeur sort de sa passivité et de son statut au moyen de hors-scènes,  d’apartés. L’image devient champ de fouille contre une célébration superficielle de l'apparence. La mémoire elle-même se retrouve en éclat par les dénuements où l’artiste insinue un délectable cyanure. Les objets dégringolent, coulent, s’éloignent. Le voyeur est exposé aux morsures de remodelages et de casses. La représentation n’est plus un miroir. La prise déchire tous les nœuds des fantasmes d'objectivité. L’attendu est décalé loin des folies de la triste opulence matérielle.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Œuvres visibles à la Galerie Hard-Hat, Genève. Expos "Squeeze" à la galerie avril-mai 2014.

 

11/05/2014

De lady be good à lady bigoudis : Christopher Williams

 

 

Williams Mamco.jpgChristopher Williams au Mamco.

 

 

 

 

 

Sous prétexte de nouveau réalisme photographique Christopher Williams se joue de tout et ose même une critique de l’art critique.

 

Tout reste à réinventer où

 

Les éclats d’Eros perdurent

 

Même là où un coiffeur a planté ses bigoudis.

 

À la nuit blanche de grande lune

 

Le photographe préfère le souffre orphique des soleils noirs

 

La femme est seule

 

Mais celui qui lui a coupé le cœur en deux 

 

N’est pas loin (au besoin l’artiste le remplace).

 

Chacun des  deux morceaux se gorge d’harmonie

 

Les seins se font chaudron

 

Et célèbrent le réel :

 

Qu’il guérisse ainsi de la maladie du temps.

Williams 3.jpg

 

Williams prouve que le corps ne peut périr

 

C’est peu diront certains

 

Mais on se contenterait de moins.

 

Il y a même là de l’infinie compassion.

 

Autour de la mort qui rode

 

Que les illusions remontent en cristaux

 

Telle une neige dans les chambres d’été

 

Et face la brillance du vide

 

Reste plus que compensatoire.

 

Qu’un lit ne soit plus que celui d’un torrent desséché

 

Mais celui d’une femme  qui passe aux aveux

 

Serpentin autour de l’échine

 

Ou galaxie sous la nuque bardée de bigoudis

 

Rassure

 

Fervent doit être le désir qui recrée la psyché de l’amour

 

A l’aube d’un rire.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09/05/2014

Elvis Studio : espace des signes et formes de l'espace

Elvis studio.jpg”Elvis Studio -10–12 Hz Yaldabaoth”,  Hard Hat, Multiples & Edition, 1205 Genève, 23 mai-6 juillet 2014

 

 

 

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L’Elvis Studio de Genève est la réunion de trois dessinateurs de talent : Helge Reumann, Xavier Robel et Marco Salmaso. Dans « l’esprit » de l’entreprise se conjugue deux types de regard. Celui de silex : tout en concentration qui communique à l'espace une rigueur. Celui de ce que les chinois nomment le  " regard du poignet vide " : la tension de corps s'y annule pour conduire le regard en résonance avec le monde. Cette approche induit sur une même planche une multitude de données plastiques (proche parfois d’un capharnaüm)  qui produisent un ensemble esthétique construit extrêmement précis et acidulé.

 

Elvis Studio 2.jpgLe réel est saisi dans une suite de moments ou d'actes que les créateurs offrent en un état à la fois critique et ludique en un langage particulier fait  d'émergences, de décalages et d'excès habilement et plaisamment contrôlés. Surgit l'écart dans le réel - un écart pas forcément perçu comme tel mais qui fait signe au signe lui-même pour le transgresser ou le déplacer. Le rapport au monde est donc  construit de graphisme dont les signes deviennent les phénomènes  - sans lesquelles l"'art’ du dessin n'est rien. Le trait  crée par le noir l'éclair de la réalité reprise, re-décodée, reconsidérée. Les lignes ne sont pas des  signes mais des formes qui informent l'espace en le formant. Les créateurs rappellent qu’un signe est indifférent au lieu dans lequel il se configure mais qu’une forme est intransposable dans un autre espace. Celui de l'Elvis Studio  où elles sont créées fait  partie d'elles autant qu'elles de lui. Surgit une géodésique de l'espace plus que la limite d'une figure ou indication d'un contour.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Rappel : « Elvis Road » de Helge Reuman et Xavier Robel, Buenaventura Press, Oakland, Etats-Unis.