gruyeresuisse

06/04/2014

Delphine Sandoz : absorptions sans titres ni commentaires

 

 

Sandoz  2.jpgPour la Lausannoise Delphine Sandoz la peinture est une chair. Le support la mange de manière plus ou moins avide. L'artiste y induit parfois un corps. Il surnage puis replonge sans forcément se noyer.  Mais il ne faut pas se tromper : le seul corps qui compte est celui de la peinture. Dans l'absence (apparente) de toute maîtrise apparaît un abandon programmé et travaillé. La créatrice remonte vers les origines des formes et des couleurs. La matière provoque la naissance d'un lieu où la lumière avale l'ombre dans une forme d'abstraction  ni géométrique, ni inspirée par une spiritualité « intellectualisante ». Chaque œuvre est un voyage : Delphine Sandoz  permet d’y repérer les paysages les plus insondables, les plus retirés par jaillissements, épanchements ou apaisements.

 

 

Sandoz.jpgLa créatrice pose des taches sur l’obscur avec l’ambition de secouer les images plus que de résumer le visible. Silencieuse au milieu d son atelier elle tenter de le recomposer. Par effet de surface il s’agit d'entrer dans l'organique loin du roman des choses mais dans l’aventure de la peinture. Comme dans le miroitement perpétuel des reflets de l’eau surgissent des formes et des couleurs de l’indicible  qui espère pénétrer le mystère de la peinture tout en l’élargissant. Preuve que la peinture - dont on annonce périodiquement la fin - réveille par l'organique une inquiétude métaphysique en un saisissement qui s’éloigne de tout artifice. Avec Delphine Sandoz elle brise le mur de l’enfouissement, la paroi de l’antre. Des formes s’enfoncent, percent, se dédoublent et entrent en tension entre le partout et de nulle part, l'ici et le là-bas, pour atteindre cet endroit où les vrais artistes continuent de chercher.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret


La Lausannoise est présentée entre autres par la galerie LigneTreize, Carouges, Genève.

 

 

 

02/04/2014

Grand Pianoramax : survivance des étoiles

 

 

 

 

piano.jpgGrand Pianoramax,“Till there’s nothing left”, Label ObliqSound, 2014

 

Grand Pianoramax c’est le genevois Leo Tardin, ses visions mais aussi ses deux acolytes qui complètent son trio : le poète américain Black Krecker (Vocal) et le batteur électro zurichois Dum Burkhalter. Défiant les logiques des genres, capable de jouer aussi bien du piano classique et du synthé le leader crée une musique rare et toujours intéressante. L’intelligence du trio tient au casting effectué pour ses différents projets comme à l’évolution des sons d’albums en albums.  “Till There’s Nothing Left” est certainement le meilleur car le plus abouti.  Equilibré, moins « noisy » que subtilement poétique et innovant dans sa simplicité il est produit par Roli Mosimann (The Young Gods, Björk). Dégagé des grooves burinés et d’une musique urbaine dure l’album marque le retour à des compositions intimistes. Elles illustrent combien Leo Tardin maîtrise l’art du renouvellement : l’influence de Black Cracker est à ce titre importante. Il ramène le groupe en un retour aux fondamentaux piano-voix c’est une réussite. On entre dans des tonalités du soir au moment où les crépuscules sonores s’offrent à la pâmoison de la nuit. A celle-ci le crime d’amour. A la musique des cristaux d’étranges lames sonores d’éros.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

01/04/2014

Vincent Kohler vs. Fabienne Radi : culture et contre culture

 

 

 

 Kolher 3.jpg« Gare au mildiou », Fabienne Radi Mamco. Les trois œuvres de Vincent Kohler dont il est question font partie de l’exposition Le Syndrome de Bonnard (F. Baudevin, J-L Blanc, N. Childress, V. Kohler, R. Levi, D. Rittener, Cl. Rutault) au Bureau à la Villa du Parc à Annemasse à partir d’un choix d’œuvres dans les collections du Mamco, du 5 avril au 31 mai 2014.

 

 

 

C’est à travers les œuvres de Vincent Kohler pour le « syndrome Bonnard » que Fabienne Radi poursuit librement ses pérégrinations terrestres, jouissives et eva-naissantes. Elle place une perverse patate chaude au doux prénom de Charlotte  dans les mains d’un «  jardinier-en-chef exigeant qui fait la pluie et le beau temps » et de son assistant à la libido exacerbée toujours prêt à faire Mèche de tout bois. Mais plus particulièrement d’une allumeuse à la jambe de bois nommé Cancan.


Entre Fabienne et Kohler il y a soudain une communion cérébrale et une commotion végétale. Les mots de l’une font ce que les images de lune de l’autre ne font pas et vice versa. Si bien que le discours mycose toujours là où les images sont atteinte de mildiou - du moins si l’on en croit la critique en ces jours de Kohler.

 

Par substrats et rempotages la sémiologue pousse les images dans les buissons du sens pour les fourrer (culotte retirée – on peut être légère tout en étant soigneuse) d’une main courante propre à la vie souterraine et potagère d’un être qui quoique jardinier n’est en rien pote âgé.

 

Vincent Kohler et Fabienne Radi proposent à leurs corps défendant leur botte à niques. Aux meurtres dans un jardin anglais ils préfèrent les plaisirs peu solitaires d’un jardin à la française où le glamour suit son cours derrière les brocolis.  L’artiste en propose des visions aussi allusives qu’ironiquement fabuleuses. Elles répondent à la glose lascive de celle qui sait monter sur ses ergots et  ses sommes de cogito.

 

Les semis se plantent tout seuls : preuve que leurs fomenteurs faux menteurs  ne font pas les choses à moitié. Même le pur purin d’ortie devient purpurin ! Qu’importe donc si les œuvres de Jérôme Bosch se transforment en un « Coffret Bosch spécial vissage et perçage de 65 pièces ». Dans un pur esprit dada et dans une fièvre de cheval  les créateurs offrent les pro-thèses idéales aux artistes et littérateurs en herbes. Il leur reste qu’à cultiver leur jardin.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret