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25/04/2017

Balthus à Genève

Balthus.jpgBalthus, Rétrospective, Gagosian, Genève, 25 mai - 29 juillet 2017.

Entre 1936 et 1939, Balthus réalisa les célèbres séries de portraits de Thérèse Blanchard, sa jeune voisine à Paris. Elle y posait souvent seule ou avec son chat. En Suisse il substitua l'austère décor parisien par des intérieurs colorés dans lesquels des nymphettes s'adonnaient à leur rêverie. Il devint un maitre par l'art de saisir toute l'ambivalence contenue dans l’être et plus particulièrement chez la femme encore adolescente ou enfant.

Balthus 2.pngJusqu’à sa mort Balthus poursuivit cette « chronique » picturale à cheval sur deux mondes. Son art aiguise les esprits les plus sagaces mais semble à la portée du premier imbécile venu. Il a trouvé les images pour suggérer un sentiment exogène en « imageant » des vies qui sans se confondre avec l'existence intime de l'artiste crée un songe - une mythologie. Elle pose la question de la peinture et son enracinement et semble mettre en communion avec le modèle, non pas banalement et au hasard, mais dans une feinte d’indifférente. La ressemblance semble familière et intime mais ce travail plastiquement riche reste ténébreux

Balthus 3.jpgBalthus s’est même amusé à transformer le fier étalon mâle en chat pour casser la psychologie picturale. Cette métamorphose accentue la fiction narrative des toiles. Le chat démultiplie le masculin dans un fantastique jeu de miroir. Il introduit un rire alimenté par la transgression et une imagerie de contes enfantins. La nudité féminine offerte à ceux qui ne pense qu’à « chat » ne s'oppose pas à leur volonté affichée mais la double d'un "malin" plaisir. Celles qui se laissent regarder provoquent à la fois le trouble et le rire selon des rackets figuratifs loin de l’érotisme de façade.

Jean-Paul Gavard-Perret

19/04/2017

Samuel Rousseau l’abstracteur


Rousseau.pngSamuel Rousseau, Art Bärtschi & Cie, Genève Exposition du 23 mars au 12 mai 2017

Samuel Rousseau est un artiste "transformeur" et constructiviste à sa manière. Le banal dans l’œuvre est hanté de nouvelles possibilités. Tout semble animé d’un profond mouvement intérieur jusqu'à rappeler parfois le cinéma abstrait. Rousseau déglingue les codes qui régissent les habitudes perceptives et les réflexes cognitifs. Il n’hésite pas à porter au niveau d’œuvres d’art des objets sans importance. C’est aussi une manière d’ironiser la technologie afin de ne pas la fétichiser. Partagé entre un dedans et un dehors, le regard est soumis à un vertige au moment où l’image gagne de nouvelles dimensions. Elle échafaude une esthétique et une dynamique nouvelles tant le créateur déborde d’invention et d’énergie. Son approche est souvent minimaliste au sein de mises en scène épurées à partir d'éléments simples et morphogénétiques.

Rousseau 3.pngS’y mêlent librement les signes d'une mémoire imaginaire et poétique là où nature et technologie sont reliés. Les éléments premiers font émerger un nouveau territoire par perte de repères et une forme d’ivresse. L’image vidéo - souvent dépourvue de son - devient une matière à modeler que l’artiste se plait à inscrire loin des solutions déjà explorées. Samuel Rousseau utilise une des grandes différences entre la vidéo et le cinéma. Sans subjectivité apparente la première crée une œuvre qui n’a rien à voir avec la vie du créateur comme si on avait affaire à une autre personnalité. Rousseau imagine un monde où les seules formes deviennent de la poésie. Toutefois ses travaux sont l'expression de lui-même. A l’image par exemple des puces lumineuses qui tournent sur un écran.

Rousseau 2.pngElles donnent l'impression qu'on est à l'intérieur, plutôt qu'à l'extérieur d’une étrange narration. Le narratif prend quasiment une origine biologique. L’artiste cherche à s’en approcher. Cependant cette visée n’est pas systématique. Au travers ses constellations jaillit un ressenti poétique en des montages d'incertitude. Elles ramènent étrangement au cycle immuable de la nature, du yin et du yang qui renaît ici grâce au virtuel.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

01/04/2017

Torsten Solin : la femme aux miroirs

Solin bon.jpgTorsten Solin «Broken Mirrors», Krisal Galerie, Galerie Christine Ventouras, Carouge, du 4 mars au 1er avril 2017

 

 

 

Solin.pngPour traquer l’identité, Torsten Solin sait que le portrait univoque ne suffit pas. Il faut le déconstruire afin de percer sa vérité sous le réel et au-delà de l’objectivité de l’image reflet ou miroir. La manière passive et indifférente avec laquelle le miroir « renvoie » l’image n’est donc qu’un croire-entrevoir, d'un fantôme, d'une vue de l'esprit. « Cassant » le support l’artiste déchiffre par diffractions la figure muette qui se multiplie en divers pans de fuite. Le photographe porte l'attention sur le regard et l'échange qu’il entretient avec l’image.


Solin 2.pngDans ce processus et ce face à face décalé l’artiste s'éloigne de l’effet de rapprochement et d'identification. La femme n’est plus le miroir des fantasmes et devient porteuse du poids de l'invisible et de l'origine. Elle échappe au temps comme la photographie échappe à une histoire connue. Mais elle crée aussi une brèche ouverte sur un possible : la femme devient l'étrange visiteuse, l'image d'un simple retour qui n'est plus acceptable.

Jean-Paul Gavard-Perret