gruyeresuisse

12/03/2019

Morgane Tschiember : art et matière

Tschiember.jpgMorgane Tschiember "Cocktail", du 15 mars au 4 mai 2019, Galerie Laurence Bernard, Genève.

 

Morgane Tschiember ne cesse de se confronter à la matière, la couleur, l'espace et les mouvements qui déplacent leurs surfaces ou leurs lignes. Héritière de Carl André et de Tapiès, l'artiste comme eux propose un art expérimental et premier.

 

S'intéressant aux qualités précisess des matériaux auxquelles elle s’attache et qu'elle teste de manière empirique,  loin de toute théorie Morgane Tschiember offre au regard une expérience sensorielle et formelle qui induit inconsciemment peut-être des rapports de surfaces et d'épaisseur, de couleurs, d’ombres, de lumières.

 

Tschiember 2.jpgMais l'aspect concret de tels travaux n'est pas le seul. Des motifs surgissent. Ils provoquent des impressions étranges entre abstraction, figuration et mouvement. Ils semblent surgir de manière instintive et spontanée mais de fait ils sont le fruit d'un travail de fond sur le matériau là où l'art échappe à toute ses classifications (minimalisme, spontanéisme, concrétisme, etc..)

 

Jean-Paul Gavard-Perret

09/03/2019

Espaces d'espèce en danger- Vivianne Van Singer

VSinger.jpgivianne Van Singer, "Ephémères", Espace L, Genève à partir du 14 mars 2019.

Les fleurs de Vivianne Van Singer sont d'un genre particulier. Nées non du sol mais de ses profondeurs (le pétrole), elle sont le "fruit" de l'insouciance humaine atteinte de myopie et d'égoïsme. Elle en a fait l'espèce la plus répandue et la plus mortifère. Et celle-ci conserve une durée de vie quasi éternelle face à la finitude humaine.

Plutôt que de produire "du" discours critique l'artiste s'empare de ces "objets" dérisoires. Elle les reprend dans leur caractère presque indicibles. Elle joue sur formes et couleurs de ce qui est soumis à une dégradation et liquéfaction des plus aléatoires. provisoire. L'artiste "revivifie" le "déchet" le plus commun. Elle en fait sa capacité d'émerveillement qui ne va pas sans une immédiate contrepartie d'inquiétude devant cette invasion programmée. Chaque jour un peu plus la fragilité de l'objet fait masse. L'impressionisme des images rappelle moins Monet qu'un nouveau Vietnam.

Jean-Paul Gavard-Perret

08/03/2019

Stéphane Kropf : l'art et l'oignon

Kropf bon.jpgStéphane Kropf, "All Over / A lover", Galerie Joy de Rouvre, Genève, du 15 mars au 27 avril 2019.

L'art est pour Stephane Kropf un système d'illusion et d'impression. Au caractère "cimenté" d'un aspect « classique » de représentation le Lausannois préfère d'autres trames  de contact et de lecture. S'impose l'idée de l'oignon (que Léonard de Vinci lui-même n'avait pas hésité à convoquer) afin d'illustrer l'investigation et la métamorphose que propose l'art sur la " trivialité " positive.

 

Kropf.jpgStéphane Kropf la transforme non sans poésie. Il fend le réel comme un oignon pour en distinguer le maximum des tuniques ou pelures qui forment ses cercles concentriques face à d'autres - moins visibles - que la société en sa grammaire a superposées. Le plasticien montre de la sorte que le monde - comme l'oignon - n'est pas une boîte. Ce qu'il contient est multiple en son paradoxe pelliculaire. Chacune de ses " écorces " devient un centre et une périphérie. L'art  n'est pas ce qui enveloppe mais ce qui décale en une narration moins absurde que drôle et surprenante.

Jean-Paul Gavard-Perret