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03/09/2013

Design Days 2013 de Genève : Claudio Colucci et le retour en Suisse

Design days.png"Design days", Manifestation romande de design et de création contemporaine, 5ème édition, 26-29 sepetembre 2013.

 

 

Plateforme internationale du design et de la création contemporaine, les Design Days présentent leur 5e édition au pavillon Sicli de Genève du 26 au 29 septembre 2013. Ils permettent de faire découvrir aux professionnels mais aussi au grand public les nouvelles formes du design suisse. Pour la première fois la manifestation est présentée sous la coque de béton de l’architecte Heinz Isler au cœur du quartier industriel des Acacias. Mobilier,  accessoires, prototypes, éditions limitées, pièces uniques et design industriel, jeunes labels, designers et marques internationales seront présents.  Parmi eux Piet Hein Eek, pionnier du recyclage propose «To Sit» qui retrace son parcours.  Le « Design Studio Renens » offre une série de nouveaux projets de jeunes diplômés d’écoles de design de la HEAD – Genève. Le label genevois « Teo Jakob » propose le travail  des frères Bouroullec. Le studio « El Ultime Grito » présentera son design allégorique. Quant au créateur suisse Claudio Colucci il reviendra du Japon où il est installé pour présenter son monde d’épures.

 

 

 

Sachant se déplacer continuellement afin de découvrir  un regard différent sur les choses qui nous entourent et que nous ne regardons plus, Claudio Colucci considère le design comme un art de la découverte, la recherche de territoires inconnus. C’est donc pour lui et comme il l’écrit « une forme de liberté, un style de vie ». Il a découvert cet esprit lors de ses  études de graphisme à l'école des Arts Déco de Genève. Quittant le Suisse pour ouvrir son champ culturel il est passé par l'ENSI-les Ateliers à Paris. Jeune diplômé il a créé  les « RADI Designers » avec des anciens élèves de son école.

 

 

 

Colucci.pngLibre, Claudio Colucci n’est pas sans attaches ou maîtres. Deux sont essentiels. Ron Arad avec lequel il a travaillé à Londres lui appris le respect pour le côté « artisanal » du design tout en le poussant dans l'innovation la plus extrême. Philippe Starck lui  montra comment travailler vite et comment insérer de l’humour dans toute création. Parti à la découverte des diverses culture du design, de l'architecture, de la mode  il a traversé le monde. Ayant rejoint l'équipe japonaise de Starck il décida de se mettre à mon compte et de monter deux agences, l'une à Paris et l'autre à Tokyo. Partageant son temps entre les deux villes l’artiste y trouve un moyen de solliciter sa créativité et celle de ses collaborateurs. Son style est toujours à cheval entre les deux cultures. Colucci se définit lui-même et non sans raison comme « méditerranéen par l'humour et les couleurs, japonais par mon côté rigoureux et minimaliste ». Toujours capable de suivre la simplicité de ses intuitions et ses désirs, la complexité de ses réalisations la traduise parfaitement. Ses œuvres  se situent de manière poétique et pratique sur la tranche entre la mesure du possible et de l’impossible.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

28/08/2013

Flower Power de Claire Guanella : entretien avec l'artiste

 

Guanella B 1.jpgQu'est-ce qui vous fait lever le matin?  Je me réveille, je me lève, c'est physiologique.

 

Que sont devenus vos rêves d'enfant? J'ai fait tant de cauchemars, qui heureusement ne se sont pas réalisés.

 

A quoi avez-vous renoncé? A rien.

 

D'où venez-vous? De la rencontre d'un(e) ovule et d'un spermatozoïde.

 

Qu'avez-vous reçu en dot? L'esprit de contradiction, l'énergie, l'agressivité, une irrépressible envie de gravir des montagnes (au sens figuré bien sûr), la joie de vivre.

 

Qu'avez-vous dû "plaquer" pour votre travail? J'aurais voulu "plaquer" mon éducation, c'était impossible - les cicatrices se rouvrent de temps en temps. J'ai fait des choix.

 

Un petit plaisir -quotidien ou non? Contempler, regarder, voir, remarquer, photographier dans ma tête.

 

Qu'est-ce qui vous distingue des autres artistes? Mon ADN.

 

Quelle fut l'image première qui esthétiquement vous interpela? "Jésus marche sur les eaux", gravure de Gustave Doré.  A l'âge de 4 ans chez mon grand-père pasteur anglican.

 

Où travaillez-vous et comment? Dans trois ateliers: 2 en ville, 1 en France voisine. Dans mon lit pendant mes insomnies, entre rêve et éveil: je cherche des thèmes, j'échafaude des projets, je cherche des couleurs, des formes, différents angles, je décompose des images de mes travaux, de nouvelles possibilités apparaissent. De jour, comme tous les autres peintres j'imagine.

 

Quelles musiques écoutez-vous en travaillant? Debussy, Brahms, Rachmaninoff, R.et C.Schumann, Max Richter, du rebetiko, Eleni Karaïndrou, Miles Davis, du klezmer, Erika Stucky, Nina Simone...................

 

Quel est le livre que vous aimez relire? L'usage du monde de Nicolas Bouvier.

 

Quel film vous fait pleurer? Aucun.

 

 

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous? Moi qui me transforme lentement.

 

A qui n'avez-vous jamais osé écrire? Je ne sais pas.

 

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe? Istanbul.

 

Guabella B 2.jpgQuels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche? Michal Rovner, Joshua Mosley, Julie Mehretu, Shirin Neshat, Tacita Dean, Marlene Dumas, Virginia Chihota, K. Podnieks, K. Salmanis, S. Tsivopoulos, Piero della Francesca, Michael von Graffenried, Thomas Struth, Bernd et Hilla Becher, Silvia Bächli, Edouard Glissant, Ari Folman, Julie Brand et peut-être le plus exceptionnel: un artisan inconnu de Bombay qui cherche des morceaux de métal sur la décharge publique pour en faire de remarquables sculptures d'éléphants.

 

Que désirez-vous recevoir pour votre anniversaire? Plein d'argent pour m'acheter des habits et des chaussures que je ne mettrai peut-être jamais.

 

Que défendez-vous? La liberté (Jeanne Hersch), la tolérance, l'authenticité.

 

Que vous inspire le phrase de Lacan: "L'amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"? Plutôt Jung que Lacan !

 

Enfin que pensez-vous de celle de W.Allen:"La réponse est oui mais quelle était la question?" Génial Woody Allen.

 

Entretien avec Jean-Paul Gavard-Perret, Aout 2013.

 

24/08/2013

Frédéric Wandelère entre la Castafiore et Schubert

Wandelère.jpgFrédéric Wandelère, « La Compagnie Capricieuse », Editions La Dogana, Genève, 112 pages, CHF 29 / 20 €

 

Frédéric Wandelère vit et travaille à Fribourg. Essayiste, poète, traducteur et  éditeur il a publié des travaux sur la musique (Hugo Wolf entre autres). Il a traduit en français des textes de lieder de Schumann, Wolf, Mahler et Schubert.  «Leçons de simplicité» est significatif de son esthétique et de son existence. Le goût pour la voix et le lied l’a poussé à la création d’une poésie rare - et sur un plan plus léger à réhabiliter la plus célèbre cantatrice du XXe siècle : la Bianca Castafiore des aventures de Tintin...

Les textes de son recueil sont brefs et aériens. Néanmoins rien d’évanescent dans leur  écriture : la précision des mots crée un rythme lyrique. Mais d’un lyrisme particulier : pas d’épanchements. Tout est en retenu là où insectes (sauterelles et libellules) et  poissons sont surpris dans des ballets kitsch. La mort y rode si bien que sous l’apparente légèreté la gravité reste de mise. Néanmoins l’auteur cherche  à retenir un sentiment extatique et éphèmère de l’existence. Chaque jour y devient un petit voyage au plus grand que constitue toute vie.

De chaque sujet le poète écarte la détresse et le chagrin comme le sublime et le prophétique. « Travailleurs de la mer » depuis qu’il a découvert le plongée sous-marin Wandelère y croise une pieuvre :  «Huit bras c’est peut-être un peu trop / Pour deux yeux de chèvre accouplés à un encrier... » écrit-il à son sujet. Comme on le voit le poète est  à mille lieues de toute mièvrerie, bucolisme et régionalisme. A propos de ce dernier l’auteur s’insurge : « Pourquoi les poètes de Suisse romande se sont-ils tous engouffrés dans cette voie? Ils s’enferrent dans de superbes métaphores qui n’ont plus aucun contact avec le réel.»  L’auteur préfère l’attrait d’un imaginaire qui ouvre le monde à d’autres émotions que celles du seul paysagiste alpin.

Il ne cesse de faire un enfant dans le dos de la poésie pour monter en une sorte de création hybride un pont entre le passé et le futur, fiction et poésie. Jamais cynique mais toujours insolent l’auteur revivifie le suranné.  Il règle les comptes à nos mémoires et aux livres qui leur tiennent de garde fou comme à nos souvenirs qui sont des cabinets d'amateurs bourrés de chausse-trappes.

Pour Wandelère la poésie inscrit le monde. Elle est sans pourquoi mais elle avance sans souffrir d’arthrose. Elle n’infuse jamais dans la vieillerie mais propose une nouvelle forme de narration dans un temps où la rapidité de lecture impose la forme la plus ramassée qui soit. Il n’y a de place ici ni pour colis fichés ni pour verroterie sauf à y voir débarouler un éléphant. Chaque devient objet de perçage contre la peur que l’on se donne ou qui nous est donné Tel un aviateur fou Wandelère fait planer le doute à coup de loopings. Chaque nuage traversé est un manteau de vision. Le poème ne sert donc  plus de croc de boucher pour s’accrocher à une langue  morte, il est là pour faire évaporer les idées noires et nous amarrer à celle plus claires du lendemain matin.

 

Jean-Paul Gavard-Perret