gruyeresuisse

14/01/2019

Florent Viel : archéologie du fugace

Viel 3.jpgFlorian Viel, "The Tropicool Company", solo show, Galerie Laurence Bernard, Genève, du 17 janvier au 2 mars 2019.

 

viel.jpgLe pop-art de Florian Viel est sophistiqué, impertinent et indirect : il s’alimente d’une réflexion perpétuelle sur le sens des images mais tout autant sur celui des êtres et de leurs amours.

 

S’élevant contre la notion de chef d’œuvre l’artiste ne brade néanmoins en rien  ce qu'il crée et ne néglige pas ce qui - hélas - désormais passe en second : le beau. Sous prétexte qu’il est affaire de goût, cette notion au fondement de l’esthétique serait désormais vide de sens. Voire… L’artiste le prouve. La beauté possède chez l’iconoclaste comme parfait synonyme le terme d’énergie lumineuse. Celle-ci devient à la fois l’élan et la résultante de couleurs qui décalent le réel de ses miasmes.

 

vieil 2.jpgL'attraction sexuelle n’est pas absente mais nous sommes loin de l’éloge basique de la libido. Les effets de plans et de trompe l'oeil sont autant de signes ironiques et jubilatoires. Le désir et le manque travaillent à porte fermée mais à corps ouvert. Faisant preuve de maîtrise technique l’artiste casse la « vulgarité » des images médiatiques. Le jeu en vaut la chandelle et ouvre bien des méditations. Le pouvoir de l’analyse, la fonction de partage de l’art donnent libre court  à un nouveau type d'émotion. Chez Viel elle n’est pas narcissique et permet l’accroissement de la conscience de l’existence.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

09:26 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0)

12/01/2019

Min Kim, Attentes

Min Kim.jpgMin Kim, "Waiting", Andata e Ritorno, Genève, du 17 janvier au 8 février 2019.

L'artiste sud coréeene Min Kim ne cesse d'étonner. Dans ces oeuvres en cours elle trouve une puissance qu'on ne lui soupçonnait pas forcément. Il faut absolument se rendre chez "Andata e Ritorno" pour comprendre tout ce que l'œuvre engage autour de diverses formules d'ombres et de lumières. Ce travail crée un univers sidérant que même les imperfections soulignent à travers des cérémoniaux ambigus. Mais c'est peut-être dans ses images les plus simples et elliptiques que la créatrice donne toute sa force.

Min Kim 2.jpgPeu de bémols donc à accorder à une oeuvre dont les déambulations s'enrichissent au fil du temps entre fragments et errances. Existe un refus astucieux de pathos  : cela accorde à l'oeuvre son atmosphère étrange et inédite. Chaque image excède l'aspect, la surface apaisée qu'elle propose en tirant de l'absence la forme de se représenter.

Jean-Paul Gavard-Perret

04/01/2019

Christian Floquet : synthèses des données du réel

Floquet.jpgChristian Floquet, "Travaux récents", Galerie Joy de Rouvre, Genève, exposition du 18 janvier au 2 mars

 

 

Existe dans l'oeuvre de Christian Floquet ce qui tient d'une ivresse et d'une contrainte. D'un radicalisme mais d'un certain laisser aller. Dans la droite ligne des abstracteurs suisses, il offre sa propre voie aux couleurs et mouvement ironiques, acidulés et délicats.

 

Floquet 3.jpgPlus que jamais libre il ose tout et propose ses tableux « glissés » propres à casser les topos sous l’égide de divers types de fléchages. Au-delà du réel entre jeu et mystère la réalité est prise à revers et la peinture au sérieux. Elle fait ce que les autres arts ne peuvent donner : la distinction des surfaces nomades agencées afin que détours et détournements fonctionnent à plein régime.

Floquet 2.jpgIci les coléoptères abstraits ne ratent jamais leur envol. Ils suivent des directions qui évitent à l'art d'être « suicidaire », il est papillonnant plus que stèle - non sans confusion habilement ordonnée. Mais tout est parfait, bien brossé, l'élégance est de mise là où les traits parfaitement tirés donnent bonne mine à la peinture en sa quintessence abrasive.

Jean-Paul Gavard-Perret