gruyeresuisse

11/01/2014

L’érotisme ludique du studio Ed-66

 

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Le regard sur le dessous implique un regard sur le jeu. L’oublier serait l’erreur suprême que le Studio genevois  Ed-66 refuse. L’humain dans la plénitude de sa chair n’est plus relégué à l’état d’animal. Le corps érotique n’est en rien paré comme une viande de boucherie et il échappe autant à tout opprobre moraliste. Demeurent des éblouis d’ivresses que généralement la pesanteur interdit. Contrairement à ce que pensait Baudelaire la volupté unique et suprême ne réside plus « dans la certitude de faire le mal ». Pour autant le studio  refuse de sacrifier à une vision romantique et spirituelle. Surgit à l’inverse une légèreté et une drôlerie.  Le sexe s’impose dégagé de sa honte. La photographie libère de la violence de la servitude, de l’assujettissement aux calculs. L’être peut enfin accepter des accords considérés comme inavouables. Il embrasse avec plaisir une forme de défaillance face à la raison. Ce jeu est donc nécessaire. Certains croient monter alors les marches d’un échafaud. Mais ils ne font que détruire ce qu’une forme de piété mal placée stigmatise de toute sa hauteur. Avec le Studio Ed-66  l’érotisme sauve le supplicié. Il joue et se rit de la raison là où se caresse et de dilue toute une mystique du « péché de chair ».

 

 

 

Jrean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

08/01/2014

Halinka Mondselewski : retenir ce qui tue

Mondselewski 2.jpgHalinka Mondselewski, Œuvres récentes,  11 janvier-14 février 2014, Galerie LigneTreize, Genève (Carouge)

 

 

D’origine chilienne Halinka Mondslewski  reste riche de tout ce qui la grève. Son lourd passé douloureux  se métamorphose dans son travail  en un minimalisme pictural particulier. Des pans colorés d’une égale tension  s’élancent d’un fond obscur qui les contenaient. Ce qui surgit devient la quête de sommets impossibles à atteindre tant le poids de l’Histoire demeure. Par strates éloignement et proximité vont de paire. La peinture devient la figure du Temps plus ou moins revenant.

 


L’œuvre lui accorde une intensité picturale par sa lumière étale, ses couleurs composites : celle  de base est soulignée ou contredite par une autre qui lui fait front. Elle apprend à tenir droit dans l’hiver et la terreur inventée par les hommes. Le froid serre autour, durcit,  rétracte, contient.  Et parce que la mémoire oublie ses propres traces Halinka Mondselewski propose des horizons bougés. L’air s’y contracte. Près de s’éteindre la lumière profonde montre qu’un rien d’espoir en retrait demeure possible en une pellicule de couleurs parfois tendres sous une lumière sombre. En couche et sous-couche l’horizon solide demeure connu, inconnu, reconnu. Le noyau de l'être a disparu. Il ne demande peut-être qu’à renaître
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Jean-Paul Gavard-Perret

 

22/12/2013

Les mises en scène du vide d’Alexia Walther

 

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Par ses scénographies la photographe Alexia Walther ne cherche pas à rassembler un monde mais à le défaire.  Surgit une discontinuité douloureuse et pleine d’ennui loin de toute consolation possible.  L’image n’engendre plus d’ivresse : elle ne fait que souligner de manière rituelle une souffrance qui ne se reconnaît plus pour telle mais emplit l'espace de sa sourde mélopée par une poétique particulière. Y demeure une force sourde. Celle-ci impose un tempo uniforme, décompose l'être par l'assaut réitéré de lambeaux physiques (corps avachis ou plus simplement décadrés)  dont toute âme semble avoir disparu. Les scènes (sauf dans des cas limites) ne sont pas vides mais les personnages en deviennent des acteurs absents. Le vain déploiement des actes ne peut que suggérer le vide sur lequel vaque une sorte de silence absolu même si on imagine là un son de flute, là un slow sorti d’un matériel audio.

 

 

 


L’artiste devient la naufrageuse de nos actes rituels ou quotidiens. L’art ne cherche plus la vie et devient indifférent à toutes les variations qui peuvent s'y présenter.  On peut soudain regarder la réalité du monde et ses phénomènes d'une part et l’art de l’autre.  De ce dernier émerge la capacité d'exclusion de toute phénoménalité en un travail de dépouillement. La Genevoise refuse le piège "descriptif" comme elle refuse de faire vibrer l'écume d'un simple désordre émotif des mouvements du quotidien. Loin des effets de nostalgie de prétendues d’heures exquises qui grisent, l’oeuvre en ses structures est comme projetée contre le silence dans une sous-tension essentielle.  Elle amplifie un acte de résistance qui  possède la  force de décréer le réel de tous les jours  pour en faire - d'abord -  une musique du rien.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

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