gruyeresuisse

02/03/2018

Hans Schnorf : La ligne des virtualités

Schnorf.pngHans Schnorf, « Transition », Galerie Turetsky, Genève, 8 mars au 28 avril 2018.

Hans Schnorf est de retour à la Galerie Turetsky à travers ses répartitions ou partages Une expérience ascétique des lignes et plans – mais non des couleurs – accorde aux tableaux une profondeur cachée et une sorte de quiétude même si tout sentiment de l’absence n’est pas écarté.

 

 

Scnorf3.jpgLà où tout semblerait se dérober, une présence « moindre » demeure l’essentiel Cohabitent dans chaque toile le monde des phénomènes ; le cosmos des choses; le royaume des fictions et la ligne des virtualités. Existe le fantôme d’un univers qui hante en donnant au propos pictural son entière autonomie.

Schnorf 2.jpgLe peintre est celui de l’anaphore. Son formalisme fait passer le monde à l’état d’architectonie en des structures où la simplicité n’a rien de primaire. Elle crée des tropismes à travers un nouveau type de distribution des données qu’elle instaure par effet de vide et aussi de plein. De subtils vertiges chromatiques sont dégagés de tout propos de décor. D’où cette perfection singulière : elle donne au monde une réalité foncière au moment où il semble disparaître pour mieux renaître de ses cendres.

Jean-Paul Gavard-Perret

22/02/2018

Stesuko Nagasawa : émotion et brutalisme

Nagasawa bon.jpgStesuko Nagasawa, « céramique et papier », Galerie Marianne Brand, Carouge, du 3 au 24 mars 2018.

Les dessins et céramiques de Stesuko Nagasawaka tiennent le regardeur sous leur emprise par une force première à la fois tellurique et ailée. Le géométrisme minimalisme est trompeur. il crée une architecture de l’émotion la plus profonde. Chaque « objet » dépouillé de tout aspect décoratif ou ostentatoire devient un écrin à hantise. Il remplit sa fonction de lieu et présence poétiques par la « sur-vivance » qui émerge de la matière. Entre latence et puissance, une véritable présence physique tient par ce qui est moins un négatif des formes que leur condition première. Elle est façonnée par le ciel nocturne des mains de l’artiste : l’horizontalité se transforme en verticalité et des rondeurs deviennent le ventre de la terre.

Nagaqawa 3.jpgStesuko Nagasawaka ramène la céramique à un point d’origine pour y fabriquer une nouvelle histoire des formes. La sculpture se perçoit non seulement par ses contours mais par une qualité physique dont la tridimensionnalité se rapproche de la perfection de l’épure. Cette simplicité possède une portée infinie et d’infini. L’artiste qui enseigne la céramique à l’HEEA et qui se bat pour qu’un tel enseignement perdure trouve dans sa double éducation, japonaise et européenne, un moyen de relier l’art traditionnel aux expérimentations les plus contemporaines.

Nagasawa.jpgSurgit dès lors de la terre modelée une sculpture qui refuse de séduire par l’anecdote visuelle pour mieux signifier. Mais une fascination opère. Stesuko Nagasawa crée des pièces qui se gravent dans l’esprit. Il trouve en elles un secret et un mystère là où réside la seule condition indispensable pour que s’éprouve une vérité première. Elle illustre combien la céramique demeure un porte empreinte premier. Elle est aussi le médium essentiel qui recèle autant d’âme que de «corps ».

Jean-Paul Gavard-Perret

21/02/2018

Quand Nan Goldin dévore les yeux des voyeurs

Goldin 3.jpgL’œuvre de Nan Goldin est une sorte de journal intimiste et libre où les femmes sont montrées sans fard dans leur quotidien parfois très rude (euphémisme) parfois bien plus relâchée. L’ensemble est aussi critique, caustique que sourdement nostalgique. S’y retrouve le coup l’œil spontané et incisif de la photographe.

Détachées du discours féministe pur et dur les œuvres se rapprochent parfois d’une forme particulière de fantastique quotidien voire d’un certain grotesque volontaire et programmé. Les failles du monde occidental sont mises en évidences. La femme n’est plus montrée comme sujet à fantasmes ou sinon de manière ironisée.

goldin 2.jpgL’artiste se plaît à plagier les codes qui font de la femme l’objet des hommes et de leurs désirs prédateurs,
Ce qui tenait au départ chez Nan Goldin à une guerre des sexes prend au fil du temps plus de flexibilité et de subtilité. La sidération change d’objectif. Mais la stratégie des narrations demeure toujours la même : elle éloigne de tout artifice (ou à l’inverse les grossit démesurément) et fait émerger un ailleurs du quotidien qui n’est en rien une promesse de Paradis terrestre du même tel que les mâles le « cultivent » en leur jardinage secret.

La femme n’est plus seulement une image, la photographie non plus. Le corps présenté n’est plus celui qu’un voyeur peut pénétrer. Au mieux il rebondit dessus. Bref l'activité mimétique de la photographie capote pour un autre plaisir.

Jean-Paul Gavard-Perret

Art Bärtschi & Cie, Genève, à partir du 22 mars 2018.