gruyeresuisse

04/06/2014

Vidéos-ouvertures de Marion Tampon-Lajarriette

 

 

Tampon.jpgMarion Tampon-Lajarriette, « La passerelle », CRAC Alsace du 19 juin au 21 septembre, « The Clock Analogy », Fonderie Kugler du 6 au 22 juin

 

 

 

 

 

Marion Tampon-Lajarriette dans ses vidéos se fait  l'ordonnatrice d’un statisme qu’elle retient mais en insistant sur quelques indications, repères, points de naissances. Dans le noir et blanc ou la couleur surgit néanmoins une dynamique faite d’attentes. D’où l’interrogation que provoquent de telles vidéos : jusqu'où aller dans l’épure pour glisser du clos à l'ouvert?  A travers chacune d’elle l’artiste invente une forme serrée qui insère des films apparemment disparates dans une continuité moins de “ sujet ” que de plusieurs naissances qui contiennent des abandons.

 

 

 

Tampon 2.jpgIl existe toujours dans de telles vidéos une vocation à la synthèse mais avec la marque de la lucidité qui ne se satisfait pas d’elle-même. Elle sait inventer une poésie par la force plastique des images. Tout s’y passe comme à l’extrême d’un soupir visuel par effet de douceur qui fascine et de simplicité. Là où l’image semble sur le point de disparaître elle sort du chaos. Surgit en incidence  l’arrière pays des songes et voix lactée des mémoires : l’être s’y promet son espace puisque l’artiste offre au « temps à l’état pur »  (Proust). Le bleu ouvre  le ciel  blanc afin qu’il escalade lui-même les faiblesses du vent. L’image et son atmosphère ne forment qu’un seul souterrain invisible : Il annonce la soudure de l’ailleurs et de l’ici, du provisoire et  de l’absolu.

 

 

 

J-P Gavard-Perret

 

23/05/2014

Les paradis terrestres de Myriam Boccara

 

 

 

 Boccara oui.pngMyriam Boccara, « La tendresse des collines », Galerie LigneTreize, Carouge, 17 mai – 26 juin 2014.

 

 

 

A six ans Myriam Boccara rêvait de se marier au « nom » de la robe de dentelle qu’elle confectionnait pour une marionnette. Depuis ce temps fidèle à cette composition de figure l’artiste décompose le géométrisme fixe pour lui donner plus de légèreté. La surface plate du support devient  épaisseur diaphane et temps soulevé. Chaque œuvre ressemble à  un aquarium d’air, à un étirement dans l’espace là où se crée la débandade des horizons afin de montrer des confins. S’y s’amorce la fragilité d’une danse. Tout bascule, s’échappe, s’envole. Néanmoins chaque œuvre tient parfaitement en équilibre dans  les suspens et les glissements de niveaux.

 

 

 

Boccara 3.jpgMyriam Boccara parvient à ne rien figer par la forme « fixe » de la peinture et quel qu’en soit la technique. Le monde devient pénétrable, fertile, hospitalier. Mais surtout poétique. Le figuratif dans sa (relative) stylisation géométrique reste charnel en diable. Une volupté se déploie mais avec sobriété. Les couleurs avivent l’esprit dans une atmosphère qui ignore le déchet et la ruine. Le précipité du monde ne se fait plus par sédimentations poisseuses mais en divers types d’assomptions. Plutôt que de trancher, le dessin qui charpente les œuvres retire toute rugosité revêche. L’émotion délicate est là pour accorder nouvelle douceur du monde sans la moindre mièvrerie. La peinture permet donc de franchir le seuil où se brise l’obscur. L’Eden est à portée de mains en un moins du monde qui fait son intégralité.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

22/05/2014

Sabrina Biro : indices et stratagèmes

 

 

 

Biro oui.jpgLors de l’exposition « La belle contrainte » Sabrina Biro  proposaitune intervention éphémère où elle ouvrait à l’épreuve de la rue des images « anodines » et pourtant très intimes dans le choix retenu :  oiseau mort sur un mouchoir, platine d’enregistrement,  jeune fille au flash en soutien-gorge et blazer mais aussi une vache "gothique". Cette dernière fixe l’objectif imprimant chez le regardeur une sensation étrange de toucher à une image mentale. Depuis la créatrice met en scène des natures mortes fondées sur des motifs de « tatouages ». Cœurs, roses, dagues, crânes etc. sont assemblés selon les représentations qu’on trouve dans les armoiries comme dans les catalogues de studios de tatouage. Ces images amalgament les symboles et signes de l’histoire de l’art revue et corrigée par la culture urbaine underground.

 

 

 

Biro.jpgL’artiste en ses vanités garde l'odeur de sainteté en horreur. L'ostentation possède un aspect particulier : il s'agit de faire surgir les images plus profondes influencées par le religieux ou le vernaculaire des vanités ou du gothique. Néanmoins en de telles mises à jours, il existe forcément une sorte de "pornographie" si on entend par là que la Vaudoise donne à voir de la façon la plus crue ce qui échappe à la vue. Elle n’exhibe rien pourtant du cercle de l’intime : devant chaque œuvre le regardeur reste un Narcisse mélancolique interrogeant la généalogie de fantômes inconnus.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret