gruyeresuisse

24/07/2014

Catherine Liechti : vertiges des images

 

 

 

Liechti.jpgDans l’œuvre du Catherine Liechti s’émettent la volonté d'un achèvement impossible et la puissance de contrecarrer la disparition d’une existence profonde.  Générée par une peinture au lyrisme discret qui à la fois détruit les apparences (par l’aquarelle) et offre un certain effet miroir expressionniste par le sous verre une germination prolifère par l’accumulation d’images sourdes. Peu importe que l'artiste donne ou non à ces objets le sens d'une liaison, d'une assise. Il s’agit  surtout de créer par l’anodin un paradoxal changement de décor entre le cristal et la fumée, l'ordre et le désordre.

 

 

 

Liechti portrait.jpgLe mot “ risque ” se glisse discrètement en de telles images. Elles deviennent le lieu naturel d’exploration du silence, de l’émotion, du recueillement. Chaque élément ou chaque ensemble propose une muraille d’énigmes volontairement soustraits au monde tel qu’il est. L’intime s’infuse sans le moindre voyeurisme ou exhibition. Contre la confusion des apparences l'artiste offre des structures  selon des approches qui  illustrent  la sensation d'étrangeté et d'approximation d’un certain vide bouddhiste. L’œuvre devient l'injonction esthétique la plus éloignée des arpèges de crooners plastiques qui  bradent et soldent la peinture. L'artiste en balaie la poussière par ses ellipses et laps. Son univers devient un partout et un nulle part. Peu à peu la vie exulte  au milieu des impossibles et au sein d'une sorte de vertige.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

15/07/2014

Livia Johann et l’imaginaire de reconstruction

 

 

LIVIA jOHAN.jpgLivia Johann construit des objets-images sous forme de schémas, de structures afin d'éviter l’entrée en jeu d’un signifiant-maître quelconque. « Nulles » au regard du système signifiant l’œuvre propose une forme « d’image à côté de l’image ». Le travail de celle qui est désormais genevoise est de l’ordre d’un maniement calculé. Il n’est  pas celui de tout le monde ni celui ce dont tout le monde jouit. L'image devient métaphorique. Elle remanie les rapports au monde à travers trois termes vitaux : le réel, le désir et la jouissance. Ce que l’artiste assemble se soustrait à la signifiance habituelle, à sa littéralité en créant une approximation d'un chaînon manquant.

 

 

 

LIVIE JOHAN 2.jpgA sa manière Livia Johann élargit le spectre de l’assemblage en une succession de blocs ou de traits pour cadrer une béance. De la volontaire "défaillance" de l'objet-art  surgit une autre présence : celle d’une production de la perte et du « manque qui meut » (Patrice Chéreau). Les deux amènent à découvrir par renversement ou assemblages la paradoxale stabilité d'un inachèvement.  L’objet ou plutôt son matériau est à chaque nouvelle étape le seul réel à partir duquel peut s’entamer le processus artistique. Il permet selon la formule de Lacan de « se mettre dans les conséquences de la perte ». Il  produit des espaces interstitiels alimentés d’un sang qui ne chauffe plus. L’artiste fait donc partie de ces créateurs qui - après Walker - refuse la totalisation de l’image et décolle l’imaginaire d’une simple reproduction. Au regardeur de  reconstruire le monde avec ou sans risque de tomber dans la névrose de sa propre division. Il peut néanmoins retrouver là  une unité perdue ou volée par les images habituelles qui jouent à notre insu au nom de ce qui dans leur cas n'est qu'une impasse de la jouissance face à laquelle la jeune genevoise s’insurge.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

14/07/2014

Stephane Blumer : visions de près, visions de loin

 

 

Blumer.jpgStephane Blumer vit toujours entre deux temps, deux mediums, deux langages ou deux frontières. Hier en Suisse (il est né à Genève) aujourd’hui à Londres ou peut-être déjà à Beijing. L’artiste cultive les ambivalences, les ambiguïtés et la liberté. D’où son goût pour les langues et les objets à défricher par divers types d’hybridations ou de changements d’échelles. Toujours sensible aux connexions le créateur peut néanmoins créer - plus que des mixages - des isolements particuliers où l’être reste -stricto sensu en « ombre chinoise », en arrière plan. Pour l’artiste une rigoureuse mise en espace  vient toujours  non de la majesté qui paralyse mais d’une vulnérabilité  drapée de subtiles « cicatrices » par souci de la perfection.

 

 

Blumer 3.jpgA l’analyse Stephane Blumer préfère l’objet : parfois simple blason ou « emoticones » rendus obèses. Mais il peut travailler à partir d'architectures compliquées qui le font passer de Rauschenberg à  Cobra, de Tinguely au concept art. Le poids de l'histoire ne constitue pas un problème pour le Genevois. Le passé existe mais il n’empêche pas les expérimentations pour une création qui ne cesse de proposer divers types d’aventures plastiques et la confrontation de diverses cultures. L’artiste cultive les intervalles troubles entre volume et couleur, entre la main et l’œil, entre le corps et sa théâtralisation. Le spectateur est à la fois complice et exclu. Complice de l’illusion. Exclu  par des spectacles qui l’incline à l’admiration.


 Stephane Blumer est représenté par La Scatola Gallery de Valentina Fois (Londres).

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret