gruyeresuisse

08/01/2014

Halinka Mondselewski : retenir ce qui tue

Mondselewski 2.jpgHalinka Mondselewski, Œuvres récentes,  11 janvier-14 février 2014, Galerie LigneTreize, Genève (Carouge)

 

 

D’origine chilienne Halinka Mondslewski  reste riche de tout ce qui la grève. Son lourd passé douloureux  se métamorphose dans son travail  en un minimalisme pictural particulier. Des pans colorés d’une égale tension  s’élancent d’un fond obscur qui les contenaient. Ce qui surgit devient la quête de sommets impossibles à atteindre tant le poids de l’Histoire demeure. Par strates éloignement et proximité vont de paire. La peinture devient la figure du Temps plus ou moins revenant.

 


L’œuvre lui accorde une intensité picturale par sa lumière étale, ses couleurs composites : celle  de base est soulignée ou contredite par une autre qui lui fait front. Elle apprend à tenir droit dans l’hiver et la terreur inventée par les hommes. Le froid serre autour, durcit,  rétracte, contient.  Et parce que la mémoire oublie ses propres traces Halinka Mondselewski propose des horizons bougés. L’air s’y contracte. Près de s’éteindre la lumière profonde montre qu’un rien d’espoir en retrait demeure possible en une pellicule de couleurs parfois tendres sous une lumière sombre. En couche et sous-couche l’horizon solide demeure connu, inconnu, reconnu. Le noyau de l'être a disparu. Il ne demande peut-être qu’à renaître
.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

22/12/2013

Les mises en scène du vide d’Alexia Walther

 

Walther 1.jpg

 

 

Par ses scénographies la photographe Alexia Walther ne cherche pas à rassembler un monde mais à le défaire.  Surgit une discontinuité douloureuse et pleine d’ennui loin de toute consolation possible.  L’image n’engendre plus d’ivresse : elle ne fait que souligner de manière rituelle une souffrance qui ne se reconnaît plus pour telle mais emplit l'espace de sa sourde mélopée par une poétique particulière. Y demeure une force sourde. Celle-ci impose un tempo uniforme, décompose l'être par l'assaut réitéré de lambeaux physiques (corps avachis ou plus simplement décadrés)  dont toute âme semble avoir disparu. Les scènes (sauf dans des cas limites) ne sont pas vides mais les personnages en deviennent des acteurs absents. Le vain déploiement des actes ne peut que suggérer le vide sur lequel vaque une sorte de silence absolu même si on imagine là un son de flute, là un slow sorti d’un matériel audio.

 

 

 


L’artiste devient la naufrageuse de nos actes rituels ou quotidiens. L’art ne cherche plus la vie et devient indifférent à toutes les variations qui peuvent s'y présenter.  On peut soudain regarder la réalité du monde et ses phénomènes d'une part et l’art de l’autre.  De ce dernier émerge la capacité d'exclusion de toute phénoménalité en un travail de dépouillement. La Genevoise refuse le piège "descriptif" comme elle refuse de faire vibrer l'écume d'un simple désordre émotif des mouvements du quotidien. Loin des effets de nostalgie de prétendues d’heures exquises qui grisent, l’oeuvre en ses structures est comme projetée contre le silence dans une sous-tension essentielle.  Elle amplifie un acte de résistance qui  possède la  force de décréer le réel de tous les jours  pour en faire - d'abord -  une musique du rien.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

08:09 Publié dans Genève, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

21/12/2013

Les métamorphoses de Carmen Perrin

 

carmen perrin 3.jpg

 

D’origine bolivienne Carmen Perrin est devenue genevoise après des séjours à Marseille et Londres. La plasticienne s’est fait connaître pour ses sculptures mais elle a vite évolué dans des contextes paysagers qui relient  la lumière, les matériaux et les qualités architecturales et sociales de l’espace public. Elle crée des images pénétrantes, perturbantes. Par exemple dans un  quartier de logements à Affoltern appelé le Wolfswinkel (le coin du loup) elle a incrusté dans le parc une empreinte de patte de loup de 14 mètres sur 10. Les gens peuvent s'y installer, s'y coucher.  Elle a placé dans un local attenant une machine pour dessiner des empreintes sur un sol mou. Le public peut les utiliser dès la première neige tandis que des haut-parleurs presque invisibles en haut des colonnes s’enclenchent chaque nuit de pleine lune à 24 h comme si le cri du loup s’élevait soudain.

 

Le potentiel mimétique des objets, leur éloquence visuelle, le velouté des surfaces, les directions des formes, le jeu des vides participent à un effet miroir particulier. Contre les feintes de proximité l’artiste déclare « il faut toujours garder la distance juste qui n’est pas une marque fixe car elle ne cesse de se déplacer. Voilà comment je conçois le rapport à l’autre: ne jamais imposer ce que je suis, me mettre en danger, tenter des distances différentes liées à ce que je vis, à ce que je comprends. C’est ce que j’essaie de faire en tant qu’artiste.»  Elle y parvient en construisant des dispositifs qui produisent des traces et un  travail de la matière.  Elle a par exemple modifié il y a quelques années des collections de Paris Match  de son enfance en perçant des trous à l’emporte-pièce à travers l’épaisseur du papier afin de proposer une narration particulière et personnelle où chacun peut se reconnaître. L'« objet d’art » devient un vestige et un état naissant. Y joue ce que Giuseppe Penonne nomme « un point de vie et un point de mort ».  

 

Carmen Perrin impose une dimension à la fois heuristique et technique à sa recherche. Adhérence, pression, lecture visuelle, auditive et tactile en dehors d’un effet de  métaphore proposent divers « objets » presque déjà vus mais tout autant pas encore advenus. Comme par exemple son vinyle énigmatique où émerge un développement géométrique des formes afin de solliciter l’imaginaire du spectateur.

 

 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret