gruyeresuisse

22/10/2017

Le présent gnomique de Livia Gnos

Gnos.jpgLivia Gnos, « concentration » Bains de Pâquis, Genève novembre 2017

 

 

 

Sur une feuille vierge Livia Gnos crée des vibrations de courbes en fond monochromatique. L’œil se perd puisque l’image devient une sorte de mandala : il piège le regard là où l’espace et le temps à la fois s’enroule et se déroule. Ce n’est plus le côté connaissable du monde ou sa reproduction qui est en jeu. Le plaisir esthétique est celui du temps qui fait les « frais » d’une telle présentation. L’artiste répond à ce qu’espérait Schopenhauer dans « Représentation et principe de raison » dans « Le monde comme volonté et comme représentation » : « cette volonté de représentation pure du monde devient le but de l’artiste de génie ».

Gnos 2.jpgLa voie de l’art s’affranchit du côté connaissable pour une autre création et donc une autre contemplation. Si bien que la puissance de l’art augmente. A la gnose philosophique répond le « gnosique » poétique et graphique de Livia. L’artiste prolonge le son fondamental du monde par le silence des images en leurs monochromes signifiants. Cela tient de la magie. Jaillissent un sentiment de plénitude, une sorte d’« adagio » visuel. L’air danse au sein d’une mélodie inépuisable avec ses longs  "motifs" et ses écarts aussi proches que lointains.

Jean-Paul Gavard-Perret

21/10/2017

Gérard Berréby : l'inconsolé(e)

Berreby bon.jpgGérard Berréby , « Comme une Neptune » avec 6 photographies extraites de la série Nomad Shrine, 1996-2015 » de Marisa Cornejo, art&fiction editions, Lausanne,, 2017, parution début décembre.

 

 

 


Berreby bon 2.jpgGérard Berréby par un  subtil jeu de renvoi entre Méduse du moins ce qu’il en reste « Dans un habit aux multiples /couches », et celle dont il dresse un hommage particulier,  perd le lecteur en un sortilège surréaliste. Les œuvre de Marisa Cornejo le ramènent (partiellement) à la raison à l'aide d’extension de cheveux, trophée, T-shirt, etc. Demeure l’éloge de la princesse Marisa via un double du l’auteur : une autre femme plus ou moins inconsolée plaquée « à une falaise collante » de la maison vide de l’être. Econduite, dans son chant d’amour elle ose un « Je rêve que nous étions égaux ». Mais sans dire vraiment avec qui, ni pourquoi.

BERREBY Bon 3.jpgDans le tempo d’habile déca-danse le poème brasse plus large qu’il n’y paraît. L’aimante « Les seins en patience : Dans la salle d’attente » prend la parole, fait le bilan sachant que son véritable amour était fait pour quelqu’un d’autre. Mais à l’âge qu’elle atteint, désormais la messe semble dite : « Je crois que je ne cuisinerai plus/ Je voulais être utile /Je suis/Tu vis depuis quatre cents ans / Des personnages inachevés ». Elle s’en dit surprise. Mais le doute est permis. Car la femme, lucide, reste Méduse plus que Mélusine. Fidèle à l’esprit situationniste de Berréby, elle usine à plein temps dans l’intarissable équarrissage pour tous - et même pour les artistes. Pour eux aussi à l’impossible nul n’est tenu. Reste un amour quasi "lesbien". Dans les épluchures de l’art et du monde, « Scorpion dans la lumière / Je rêve de gravure dans un /hôtel /Les rêves de Marisa ». Là le dernier et frêle esquif en hommage à l’aimée.

Jean-Paul Gavard-Perret

09/10/2017

D’entre les lieux : Laurent Cennamo

Cennamo 2.pngLaurent Cennamo, « Les angles étincelants », La Dogana, Genève, 2017, 80 p., CHF 25.

L’œuvre de Laurent Cennamo est d’une densité rare. Mais le poète a le mérite de ne jamais « appuyer ». Ni sur les mots, ni sur l’émotion. D’où le caractère singulier de ce travail de pudeur mais aussi de souffle. L’auteur parsème son livre de repères : un vieux téléphone, les rives de l’Arve, pistolet (« nous ne disions jamais revolver »), un couteau, voire même Dieu. S’il existe il est parfois « couvert de fientes de pigeon », parfois un puits ou encore- et entre autres - « petit triangle d’eau, d’air et de feu ». Bref il y a bien de quoi faire un monde, là où brament les étangs dans les buanderies de l’enfance.

Cennamo.jpgPlutôt que les artifices et les périphrases celui qui se veut plus consolé qu’inconsolé (et il faut bien dire que c’est reposant) trouve dans le passé de quoi satisfaire ses faims de « moi » qui ne sont pas forcément dernières. Dans les pavanes d’antan, Cennamo rajeunit le temps en des textes qui refoulent les tristesses de cols chics. Tout devient élans, grains de rousseur. Ils piquent le silence pour le colorer par d’autres teintes que celles de la mélancolie.

Baggio.pngEntre les pierres des caves, sur la terre glaise de sa petite statuette de Roberto Baggio sous le maillot de la Juve, il existe toujours de quoi s’extasier et proposer un contre-jour aux ombres du temps qui passe comme de celui qui est passé en nuances infixables. Le poète parvient à les remplacer en moments sans horloge.

Jean-Paul Gavard-Perret