gruyeresuisse

11/06/2017

Izet Sheshivari : un monde simplifié par l’évidence du multiple

Sheshi 2.jpgPar sa transformation du concept de livre, Izet Sheshivari poursuit sa mutation des images. Héritier de John Armleder il continue à renverser leur valeur en des mises en pages qu’il produit (et non reproduit) en donnant au support une nouvelle place.

Les morceaux d’images deviennent des pièces prélevées d’un plan séquence ou d’une sorte d’enquête filée. Izet Sheshivari en propose un éclaté ou une mise à plat. La visualité du monde est modifiée par le tramage et le processus d’impression au sein d’une traversée et d’une reconstruction.

Sheshi.jpgL’artiste ne cherche pas forcément l’attrayant et encore moins le décoratif. Ses arrêts sur image rendent l’anecdotique à la fois détachable du monde sans que la réalité soit remise en cause. Chaque page confirme un jeu de côtoiement et de séparation.

Sheshi 3.jpgLe réquisit de l’inhabituel est rendu décisif à travers l’anodin. Une sorte de fluidité aère l’encombrement et si rien ne bouge, rien ne suffoque, tout aère et circule. Un grain parfois plat ou un certain glacé fait de chaque tirage - et par amputation du cadrage des choses - une sélection d’espace où le tout essaime et s’échappe.

Jean-Paul Gavard-Perret

Izet Sheshivari, « Two Hands » « Two Coffee (Metropolitan Museum of Art) », Editions Boabooks, Genève, 2017.

 

09/06/2017

Thomas Huber : les équilibres parfaits

Huber.jpgLe travail de Thomas Huber attire vers quelque chose qui est devant nous, qui est donc là mais en même temps qui semble fuir. L’impression majeure est que l’épreuve de la stabilité ne tient qu’à un fil. Des pièces se dessinent, ouvrent à une communication dimensionnelle qui confronte aux habitudes et convention du regard soumis à la perception d’un monde orthonormé. La ressemblance crée une plongée : l’effet pictural créateur d’une attente, d’un suspens. A ce désert des lieux l’artiste donne à la fois une vacuité et une endurance.

Demeure néanmoins une sensation d'un labyrinthe optique dans des horizons intérieurs dont les couleurs chaudes laissent aux yeux le temps d’explorer le territoire. Le traitement de la sensation est sous l’exclusivité du regard là où l’artiste ne perturbe jamais l’espace par d’autres histoires que l’espace lui-même en ses équilibres parfaits. Une jubilation travaille silencieusement. Huber possède une façon particulière de cueillir l’apparence et d’aimer l’espace. Il l’offre à la contemplation.

Jean-Paul Gavard-Perret


Thomas Huber à « Art unlimited 17 », Amsterdam. Skopia, Genève.

 

31/05/2017

Dorothée E. Baumann et les systèmes de réparation


Baumann Bon.jpgDorothée E. Baumann, « Pleasure Arousal Dominance », Editions CPG, Centre Photographie de Genève, Genève, 2017.


« Pleasure Arousal Dominance" réunit l’ensemble des interventions réalisées entre 2009 et 2016 par Dorothée E. Baumann dans son enquête photographique consacrée aux pratiques et outils d’un centre de recherche fondamentale en neurosciences cognitives unique en Europe. L’artiste mixte dans ce qu’elle montre divers types de pratiques des plus aléatoires et peu scientifiques aux recherches les plus savantes de la neuro-physique qui tentent d’analyser les comportements humains et sociaux.

L’artiste saisit les moyens de comprendre divers types d’interactions à travers lieux, stimuli et états des patients. Elle présente des scénarios non seulement sous forme de photoreportages mais dans une recherche esthétique dont le livre témoigne non sans précision mais aussi humour

Baumann.jpgLa « vocation » plastique est toujours présente dans des pans de couleurs qui parfois peuvent rappeler jusqu’à un certain pop’art. Mais c’est toutefois une manière d’arracher la photographie au pittoresque comme à l’exotique. Surgit une narration particulière.

L’artiste parvient à inventer une sorte d'aporie de la notion de surface. Il y a le lisse et ce qui s'y cache. La surface se dérobe et pourtant surgit une sorte de prurit : elle gratte, irrite le regard mais tout en le caressant. D'une certaine manière il faut donc parler d'effraction, d'accident de surface comme si derrière le miroitant émergeait un granuleux particulier.

Jean-Paul Gavard-Perret