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15/01/2014

Dans les espaces secrets de Sonia Kacem – entretien avec l’artiste

 

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Nourrie d’une culture hybride Sonia Kacem crée des espaces fascinants dont l’aspect conceptuel renvoie néanmoins à un effet narratif souligné au moyen de certains titres des installations (« Le Sultan » par exemple). Ses travaux peuvent faire penser à des sculptures cassées et à une vie héroïque et perdue. Néanmoins l’art reste conceptuel : y domine le langage mais il existe néanmoins un équilibre entre lui et un référent. Les œuvres dans leurs plis ou leur cabossages restent néanmoins des énigmes. L’artiste utilise donc le langage pour décrire - un peu à la Sol Lewitt - une situation selon une forme de poésie qui lui est propre. (jpgp)

 

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ? Mon réveil... Me tirer des songes reste un moment pénible.

 

 Que sont devenus vos rêves d’enfant ? -

 

 A quoi avez-vous renoncé ? J'aurai vraiment aimé poursuivre des études supérieures à l'étranger. Mais ma situation financière et la peur de l'éloignement ont décidé pour moi.

 

D’où venez-vous ? Ma mère est Bernoise - mon père Tunisien - j'ai vécu jusqu'à mes 10 ans à Rolle au canton de Vaud - et depuis là, Genève.

 

 Qu'avez-vous reçu en dot ? Si je comprends bien le mot dot - au sens héritage/patrimoine - J'imagine de par la mixité culturelle du couple que formait mes parents - une ouverture et une curiosité qui relègue le jugement de valeur en second plan.

 

 Qu'avez vous dû "plaquer" pour votre travail ? Après avoir obtenu mon master en juin 2011, j'ai directement enchaîné avec un poste d'aide administrative à 60% qui me permettait d'assurer un train de vie modeste tout en me laissant un certain espace pour une production artistique. Suite à l'obtention d'une résidence de 6 mois à New York pour le premier semestre 2014,  j'ai démissionné de ce poste. Il m'apportait une sécurité et un confort économique dans lequel le mouvement de mes pensées a fini par s'anesthésier. Si j'ai du plaquer quelque chose, avec la jeune expérience de vie que j'ai, je dirais que c'est ce confort.

 

Un petit plaisir - quotidien ou non : Tremper un morceau de pain frais dans une bonne huile d'olive.

 

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ? A vrai dire je ne comprends plus très bien qu'est-ce qui fait la différence entre un tel ou untel. Et en fait ça ne m'intéresse pas vraiment. Je trouve plus constructif d'observer les liens qui se tissent et créent des regroupements d'artistes/acteurs culturels.

 

 Quelle fut l'image première qui esthétiquement vous  interpela ? Ce qui me vient tout de suite, maintenant - une visite au musée d'Orsay - Un enterrement à Ornans de Gustave Courbet. Je devais avoir 16 ans.

 

Un souvenir plus jeune - à Sidi Alouane (Tunisie) - en plein été - en plein après-midi - le soleil tapait fort -nous jouions sur le toit de la maison - recouvert de chaux - c'était une épreuve plus qu'un jeu - il fallait ouvrir la porte qui nous séparait de l'intérieur à l'extérieur - J'ouvre et la lumière réfléchie est tellement intense et violente qu'on ne peut la soutenir bien longtemps. Je ferme mes yeux et ferme la porte - les yeux conservent cette emprunte blanche pendant plusieurs minutes - je n'y vois rien - au bout d'un certain temps la vue revient. Je n'ai qu'une envie - renouveler l'expérience - 2 ou 3 fois - Soudain un accès de conscience, et si je n'y voyais plus pour de bon?

 

Quelle première lecture vous marqua ? Un livre d'enfant « Perlette goutte d'eau »,  je commençais l'apprentissage de la lecture - je suis rentrée de l'école avec ce premier livre que je me réjouissais de comprendre tant les illustrations me plaisaient. L'exercice fut pratiqué avec mon père - La patience limitée de celui-ci rendit l'expérience laborieuse, dramatique et traumatisante.

 

Un livre documentaire sur les ancêtres du cinéma - une édition jeunesse chez Gallimard - j'y ai découvert l'envers du décor  et pendant un certain temps cultivé l'idée de devenir cinéaste.

 

Où travaillez-vous et comment ? Un peu partout : à l'atelier, en marchant, derrière un ordinateur, à la bibliothèque, en discutant. Je n'ai pas de méthode précise et claire - c'est très fluctuant et je laisse beaucoup de place au hasard.

 

Quelles musiques écoutez-vous  ? En ce moment Blues Songbook (1934-78) - des archives sonores de l'ethnomusicologue Alan Lomax, la bande original du film Barry Lyndon de Stanley Kubrick, Valerie June

 

 Quel est le livre que vous aimez relire ? Des fragments de «  Le deuxième sexe, L'expérience vécue ». La première fois je m'y suis engouffrée : les pages ont défilé avec la sensation de trouver une énergie et des idées qui m'étaient proches. J'y pense souvent et donnerais cher pour ressentir ce que j'ai vécu à la lecture de ce livre.

 

Quel film vous fait pleurer ? Tout récemment « Worm » d'Andrew Bowser - Il a remporté le prix du meilleur long métrage au LUFF 2013. Une course poursuite dans un bled américain - Un plan séquence d'environ 90 min tourné à la caméra Go Pro en steadicam. La caméra est fixée sur l'acteur-réalisateur qui se film lui même. L'intrigue et le paysage se déroulent donc avec cet unique cadrage pendant 90minutes.

 

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?  -

 

A qui n'avez-vous jamais osé écrire ?  -

 

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe? Kingston en Jamaïque - Je ne suis pas sûre d'y mettre un jour les pieds - mais le rayonnement qu'a eu la culture Jamaïquaine dans les années soixante m'impressionne. La spiritualité mêlée à l'engagement politique ont permis à cette culture un rayonnement international. Dans mon collège (lycée) tout le monde écoutait du rocksteady -reaggae - ragga - dub - j'ai commencé à m'y intéresser pour tout simplement comprendre sur quoi je dansais. Les hymnes à l'amour ont perdu tout crédibilité lorsque j'ai trouvé des idées conservatrices et peu ouvertes. Depuis là je fantasme cet endroit comme un concentré paradisiaque et violent.

 

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ? En ce moment: Michael Beutler - pour son travail avec l'espace, la pauvreté des matériaux, les volumes. Laurie Parsons - pour la dématérialisation de son œuvre. Kay Sage - pour ses espaces inhabités - vide - désertique

 

 Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?  -

 

Que défendez-vous ? Gentillesse et empathie.

 

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"?  J'y penserais la prochaine fois!

 

 Enfin que pensez-vous de celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?" Merci et Au revoir!

 

Enttetien réalisé par Jean-Paul Gavard-Perret, 12 février 2014.

 

Sonia Kacem en 2014 :   Autocenter, “FRIDAY” (w/ Katharina Fengler & Charlotte Herzig), cur. by S. Leuenberger and E. Lammer,Berlin. Miart, “THENnow”, cur. by Giovanni Carmine & Alexis Vaillant, Milan.

 

11/01/2014

L’érotisme ludique du studio Ed-66

 

Ed 66.jpg

 

 

 

Le regard sur le dessous implique un regard sur le jeu. L’oublier serait l’erreur suprême que le Studio genevois  Ed-66 refuse. L’humain dans la plénitude de sa chair n’est plus relégué à l’état d’animal. Le corps érotique n’est en rien paré comme une viande de boucherie et il échappe autant à tout opprobre moraliste. Demeurent des éblouis d’ivresses que généralement la pesanteur interdit. Contrairement à ce que pensait Baudelaire la volupté unique et suprême ne réside plus « dans la certitude de faire le mal ». Pour autant le studio  refuse de sacrifier à une vision romantique et spirituelle. Surgit à l’inverse une légèreté et une drôlerie.  Le sexe s’impose dégagé de sa honte. La photographie libère de la violence de la servitude, de l’assujettissement aux calculs. L’être peut enfin accepter des accords considérés comme inavouables. Il embrasse avec plaisir une forme de défaillance face à la raison. Ce jeu est donc nécessaire. Certains croient monter alors les marches d’un échafaud. Mais ils ne font que détruire ce qu’une forme de piété mal placée stigmatise de toute sa hauteur. Avec le Studio Ed-66  l’érotisme sauve le supplicié. Il joue et se rit de la raison là où se caresse et de dilue toute une mystique du « péché de chair ».

 

 

 

Jrean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

08/01/2014

Halinka Mondselewski : retenir ce qui tue

Mondselewski 2.jpgHalinka Mondselewski, Œuvres récentes,  11 janvier-14 février 2014, Galerie LigneTreize, Genève (Carouge)

 

 

D’origine chilienne Halinka Mondslewski  reste riche de tout ce qui la grève. Son lourd passé douloureux  se métamorphose dans son travail  en un minimalisme pictural particulier. Des pans colorés d’une égale tension  s’élancent d’un fond obscur qui les contenaient. Ce qui surgit devient la quête de sommets impossibles à atteindre tant le poids de l’Histoire demeure. Par strates éloignement et proximité vont de paire. La peinture devient la figure du Temps plus ou moins revenant.

 


L’œuvre lui accorde une intensité picturale par sa lumière étale, ses couleurs composites : celle  de base est soulignée ou contredite par une autre qui lui fait front. Elle apprend à tenir droit dans l’hiver et la terreur inventée par les hommes. Le froid serre autour, durcit,  rétracte, contient.  Et parce que la mémoire oublie ses propres traces Halinka Mondselewski propose des horizons bougés. L’air s’y contracte. Près de s’éteindre la lumière profonde montre qu’un rien d’espoir en retrait demeure possible en une pellicule de couleurs parfois tendres sous une lumière sombre. En couche et sous-couche l’horizon solide demeure connu, inconnu, reconnu. Le noyau de l'être a disparu. Il ne demande peut-être qu’à renaître
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Jean-Paul Gavard-Perret