gruyeresuisse

25/01/2014

Cyril Torrent et les femmes arcs-en-ciel

 

Torrent 1.jpgStudio Cyril Torrent, Genève.

 

 

 

Les mises en scène du corps féminin dans les photographies de Cyril Torrent sont l’aboutissement autant d’une pensée que d’un sentiment. Le créateur se confronte au nu en tant que langage de sublimation. Les effets de lumière sculptent le corps pour en saisir l’arc-en-ciel dont le sommet est toujours plus haut que l’orage. Jamais le créateur ne se laisse cerner par le pur effet de réel pas plus qu’il ne tombe dans des spéculations spécieuses ou de prétentieuses élucubrations où s’enchevêtreraient de laiteuses mystiques. Animé d’une extraordinaire liberté vis-à-vis du réel le corps nu est, certes, un moyen d’expression fécond mais il est là pour transcender le réel. Plutôt de provoquer la destruction de la femme en tant qu’idole évanescente il l’élève encore. A coup d’astuces plastiques il privilégie le corps sans d’autres buts que de le magnifier. Certains lui reproche un côté esthétisant, maniériste. Le photographe l’assume puisque le nu exposé n’empêche en rien un certain goût pour le mystère. A ce titre Cyril Torrent tient la femme pour le sujet poétique premier. Il crée des opérations visant  au merveilleux dans une fluidité et une légèreté qui révèle néanmoins une certaine solitude dans lequel le voyeur est remisé.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

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19/01/2014

Izet Sheshivari l’exorciste ou le livre avenir

 

 

sheshivari BON.jpgIzet Sheshivari, "Les livres dont vous n'êtes pas les héros", Boabooks, Genève.

 

 

Izet Sheshivari propose dans son coffret un  déplacement du concept "livre". L'objectif est de proposer une nouvelle confrontation communicante avec l'objet dont l'artiste propose quatre exemple. Le corps des livres devient proche et lointain dans une mise en scène drôle et intelligente. Avec  "The Getaway" le texte est présenté uniquement dans l'en-tête et le pied de page. Le reste de la page demeure vierge. Dans "Macadam Cow-Boy" l'image est mise à mal au moyen d'un jeu de feuilletage qui la tire de ses fers. Textes et icônes échappent au regard pour mieux le forcer par des stratégies obsédantes et fascinantes.  Advient une apparente chute de la perception au moment où on ne peut plus lui échapper. Rien ne sert de résister, la lecture devient une conduite forcée afin de savourer  dans l'écart la substance même de l'intimité textuelle et iconographique.   L'histoire n'existe presque plus, l'image idem là où le vide impose un nouveau pacte de lecture. Le support  pousse au précipité. De douceur en abyme,  de fragments en lacunes, le lecteur glisse en divers écarts.  D'antre,  hymen, membrane le livre devient un puzzle. Il annihile le chemin de la crédulité et du respect qu'on lui accorde. Sheshiravi détruit l'absurdité qui entoure un objet devenu religieux par l'accoutumance pluri centenaires qu'on lui a accordé. Il le nettoie de son auréole magique non pour le perdre mais l'encourager à de nouvelles hardiesses. Bref par ses exorcismes il le sort de son lent calvaire qui se termine devant une sépulture vide comme l'imaginaient les iconoclastes qui espéraient pour un tel support une fin plus juste. De Georges de Cappadoce aux Dadaïstes.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

16/01/2014

Sandrine Pelletier et les structures paniques

 

 PELLETIER BON BON.pngSandrine Pelletier, Galerie Rosa Turetsky, Genève, du 16 janvier au 1er mard 2014,  FORMA, Lausanne,  Kunstverein Oberwallis, Avril 2014.

 

 

 

 

 

La Genevoise Sandrine Pelletier - graphiste et scénographe du formation -  s’oriente au fil du temps vers des installations  monumentales aux trames très spécifiques. Entre une approche décorative et une approche conceptuelle la scénographie demeure importante. L’artiste propose des narrations et des contes optiques. L’imagerie fantastique est essentielle. Ses premières lectures n’y sont pas pour rien.  Ce fut Frank Frazetta, Lovercraft et la revue « Metal Hurlant ». Elle y a découvert paradoxalement un côté rassurant et - précise l’artiste - « cosy ». Ses travaux en trompe l’œil et ses mises en scènes déploient un univers parallèle tout aussi onirique que chez ses « modèles ». Parfois très géométrique comme son  « pentagramme anamorphosique » inspiré de Lovercraft. Parfois aux structures plus ébouriffées afin de créer un autre type de fantastique. Mais ces univers baroques sont une manière de réinterpréter des idées de base :  l'abandon, la mort, la religion ou le regret des verts paradis des amours enfantines.

 

 

Pelletier Bon.jpg


 

Miroirs, cendre, tapisserie, broderie, sculptures, photographies font partie de ses mapproches fétiches. Surannées ou tirées de l’artisanat et des arts populaires elles portent par leur nature un potentiel d’histoire, de superstitions, de magie. Quant au déchet Sandrine Pelletier se l’approprie pour lui accorder une seconde vie plus honorable que la première dans ce qu’elle nomme « une logique des failles ». Elle passe par une série d’expérimentation où l’échec lui-même est géré. Entre finition et démolition les œuvres cultivent le fragile et l’inachèvement selon une perspective théorique proche de Blanchot et Virilio comme d’un certain postmodernisme japonais.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret.