gruyeresuisse

10/03/2014

Paul Limoujoux : tout ce qui reste

 

 

 

 

limoujoux.jpgPaul Limoujoux, Quark, Genève du 20 mars au 8 mai 2014.

 

Paul Limoujoux crée par sa peinture une transparence : il fait sortir des éléments les plus simples (de consommation courante par exemple)  un paysage d’essences pures dévorées dans un cercle de l'absence que des objets épars tentent de combler. Le monde devient une suite d'empreintes perdues au fond de l'air comme de ta toile en sa blancheur de temps. Un temps non pulsé pour qu'il s'étire. Un temps à la Duras ou à la Godard - mais selon d’autres voies. Demeure la folie de voir. De voir peu. Ou plutôt de croire voir. De croire voir. D’entrevoir. Loin. Là bas. Ici même. A peine. A peine.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

16:24 Publié dans Genève, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

06/03/2014

Fabienne Raphoz : havre d’Arve

 Raphoz 2.pngFabienne Raphoz, « Terre sentinelle », 182  pages, 18 Euros,  Editions Hors-Limite, Genève.

 

 

 

Avec Fabienne Raphoz la langue classique risque la peine capitale. La  poétique la met à mal dans la folie d’une sagesse née près du lit de l’Arve. Les syllabes en émoi finissent  par y ramener une épouse toute neuve  pour  le réel. Celui-ci n’a plus seulement le coq en cuivre du clocher de Filinges pour  volatile. S’éprouve un vrai plaisir de sybarite à se laisser troubler des mystérieux paysages poétiques de Fabienne Raphoz. Le bleu de son horizon ne s’éloigne pas lorsqu’on le touche et demeure même lorsque fond la lumière du soir. La poétesse le retient encore pour voir dans l’échancrure de la nuit un oiseau inconnu que Jim Jarmusch pourrait  filmer comme il filma Kurt Cobain au milieu d’une forêt nocturne. Le Bleu, plus qu’une couleur, est la matière des formes dans ses déclinaisons de nuances. Le plus souvent ce sont les animaux qui les portent en jouant un rôle particulier : le verbe prend les tonalités  de l’espoir des  papillons du soir et de l’acier électrique des libellules que la poétesse épiait le long de l’Arve avant que la rivière passe la frontière sans visa.

 

 

 

raphoz.pngQuelquefois les mots sont en avance et d’autres en retard. Ils sont parfois à l’heure. Mais jamais à la même heure. Ils multiplient  la  syntaxe en coupures, comptines et racines pas forcément carrées pour des extases qu’on ne saurait feindre. On ne sait s’ils finissent par arranger le monde mais les choses  y font leurs affaires entre gourmandise et lumière. De tout leur bleu les branches se mettent à bouger et cela est contagieux. Rien de comparable dans la poésie du temps. On peut bien sûr relier l’œuvre à  Pesquès, Jaffeux ou de Vaulchier. Mais il existe chez Fabienne Raphoz un humour et un détachement particulier. Une alacrité et une justesse aussi. Ils font de « terre sentinelle » un espace particulier dans la poésie contemporaine.

 

05/03/2014

Albertine et les fantômes

 

 

 

albertine bon 2.jpg

 

 

 

Albertine, « Mise enscène » du 15 mars au 5 avril, Atelier Galerie Maya Guidi, Carouge, « Lupanar », Editions Humus, Lausanne.

 

 

 

Dessiner sert à consoler de l’inutilité de l’image. Il suffit de s’accouder à une table puis de couler dans des exercices d’imbécilité afin de coudre l’endroit à l’envers comme  le fait Albertine dont l’œuvre est un délice - parfois tendre mais parfois sulfureux. Tout reste néanmoins sur le registre de l’humour et de le retenue : la nudité y est une chemise qu’on repasse (jusqu’à à ses poches secrètes) pour qu’on n’ait pas à regarder (pour les coincés) avec des pincettes ou en voyeur comme les ruminants regardent passer les trains d’enfer.

 

 

 

albertine 1.jpgChez Albertine le dessin fait et défait nos marionnettes et que le soleil hésite ou que le café se renverse importe peu. Nous sommes avec l’artiste de Dardagny des Jésus tombés de leur croix ou des Marie-Madeleine près aux derniers outrages. L’éternité se transforme en instant. C’est un spectacle qui ne cesse de se détruire en tant que spectacle. Il appelle le rideau. Mais il arrive qu’on y grimpe.  D’autant que l’artiste ne cesse d’habiller l’espoir  par ses strip-teases où des étoiles inattendues se voient là où s’ouvrent une grande verrière et une porte-jarretelle. On éprouve un vrai plaisir de sybarite à se laisser troubler par ce qui se passe plus à l’intérieur de l’image que par ce qu’offre hors champ le paysage.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret