gruyeresuisse

17/06/2022

Jean-Luc Favre : retour à la poésie

Favre.jpgJean-Luc Favre prouve  que la réalité comme l'imaginaire existe "dans une autre demeure" : celle de la poésie. Un tel  livre en approfondit le sens  et contribue à sa "publicité". Dans cette anthologie qui réunit les plus grands noms de la fin du XXème siècle et du début du XXI ème en des textes inédits prouve que le "vrai" poème peut être dans le réel ou l'imaginaire mais dans un renouvellement ou de possibles involutions, encoches ou ricochets conséquent.
 
Favre 2.jpgDe Chappaz à Jaccotet, de Philippe Denis à Jean Daive, d'Annie Salager à Andrée Chédid, tous les auteurs prouvent combien le poème non seulement est possible mais devient un chant incontournable. Et ne manque ici aucun nom (à l'exception de Beckett). L'extension du dire explose jusque dans le presque silence ou la contention
 
Favre 3.pngFavre retient celles et ceux qui mouvementent le langage, créent recherche et agitation. Et si les avancées s’ouvrent en taillant un chemin à partir de ce qui a été dit, le grand poème est parfois sans précédence. En tout état de cause, il reste le lieu d’une grande agitation, parce qu’il est celui de la différence comme telle, de la différence qui arrive.  Et sa demeure est moins une maison qu’un hall d’entrée, une suite de halls d’entrée d’où à chaque instant l’on peut ressortir pour ne pas s'installer dans la différence mais pour l’articuler autrement.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Jean-Luc Favre, "Dans une autre demeure", Editions 5 sens, Genève, 488 p., 27 CHF, 23 E..

06/06/2022

Rose-Anne Vermersch : hop, hop, hop

Ver 3.jpgRose-Anne Vermersch, "Fulgurances Molles", Galerie Marianne Brand, Carouge- Genève, du 9 au 18 juin.
 
La genevoise d'adoption après une "enfance bricoleuse" dans l'atelier d'un grand père inventeur, et la rencontre d'un amoureux devenu son mari, fonctionne ainsi à l'envi, dans une parfaite liberté et dotée d'un imaginaire surréaliste dans ses broderies qui fonctionnent à plein régime.
 
Ver.jpgRose-Anne Vermersch ne fait pas forcément dans la dentelle. Néanmoins son travail est impeccable. Se laissant faire par l'inspiration et sans tirer de plan préalable sur la comète, elle entre en matière (sans souci de sa texture) et brode jusqu'à ce que quelques mots marquent le point final et souvent drôle de chaque oeuvre.
 
ver 2.jpgSous couvert d'une apparence de réalité l'artiste fait muter le réel avec un instinct de survie utopique et de fable ironique. La broderie devient l'acte de commenter librement le monde, de réduire les grandes choses en petites. L'inverse est vrai aussi.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

05/06/2022

Lumière (et ombres) : Robert Wilson

Wilson.jpgRobert Wilson, "The Night Before the Day", Espace Muraille, Genève, du 24 mai au 3 septembre 2022.
 
 
 
Wilson 5.pngLe Texan Robert Wilson est une figure majeure du théâtre expérimental et l'explorateur de l'utilisation du temps et de l'espace sur scène. Artiste de théâtre et visuel ses œuvres scéniques intègrent de manière non conventionnelle une grande variété de médias artistiques (danse, mouvement, éclairage, sculpture, musique, texte). Ses images devenues iconiques (dont celles pour "Le regard du sourd") sont esthétiquement frappantes et chargées d'émotion.
 
Wilson 3.jpgAvec Philip Glass, il a écrit l'opéra phare "Einstein on the Beach" et il a collaboré  avec de nombreux écrivains et musiciens  dont Heiner Müller, Tom Waits, Laurie Anderson, William Burroughs, Lou Reed, Jessye Norman.   Il a également créé une version géniale de  "La Dernière Bande" de Beckett, de L'Odyssée, des Fables de la Fontaine, et Madame Butterfly de Puccini - entre autres.
 
Wilson 4.jpgLes dessins, peintures et sculptures de Wilson ont été présentés dans le monde entier lors de centaines d'expositions individuelles et collectives, et ses œuvres font partie de collections privées et de musées du monde entier.  Et "The Night before the Day" reprend certaines de ses créations  des 30 dernières années. Les plus récentes sont plus sombres et abstraites pour coller à l'époque actuelle. Dans toutes ces travaux néanmoins tout commence par la lumière : "je pense d’abord à la lumière quand je fais mon travail." écrit Bob Wilson et c'est bien là l’architecture de son oeuvre.
 
 
Jean-Paul Gavard-Perret