gruyeresuisse

07/02/2020

Maïa Mazaurette et Guillaume Varone : corps des alter-ego

Varone Mazaurette.pngMaïa Mazaurette et Guillaume Varone, "Elle & Lui",10 rue du Gothard à Chêne-Bourg, du 11 février au 6 mars 2020.

Maïa Mazaurette peint sur papier, coud, colle, invite chez elle, à New York des modèles à poser nus. Guillaume Varone photographie en noir, en blanc et en bleu une modèle unique, au plus près de la peau et de l’âme. Tous deux sont fascinés par le corps et le visage de l’Autre et leurs oeuvres traduisent la puissance du désir : "désir de voir et de donner à voir, de rêver et de donner à rêver, de représenter, d’aimer, de comprendre" écrit Barbara Polla à l'origine de ce face-à-face.

Varone Mazauette 2.pngMaïa Mazaurette place ses modèles (la plupart sont des acteurs) à leur guise sur sa"table à dissection" pour des séquences de deux minutes qui se répètent pendant plusieurs heures " Certains modèles s'endorment, certains rougissent ou bandent. Certains ont peur, d'autres rient. Je les regarde, ils suivent mon regard." dit-elle. A partir de ces séances elle entame des esquisses qui deviennent ensuite par la peinture et la couture des "icônes, de la (ré)incarnation tant attendue des masculinités contemporaines" mais où la féminité garde son entière présence et légitimité. Dès lors "Peints, couturés, icônifiés, mes modèles retournent à la lumière - des hommes sur le piédestal. Il était temps."  ajoute-t-elle. Et ce pour rappeler aux hommes leur beauté, de les rassurer sur leur pouvoir érotique mais aussi de leur rappeler leur devoir et leur coopération envers celles qui les chérissent.

Maia.pngGuillaume Varone quant à lui explore le corps de celle qu'il aime : "Je connais ce corps depuis des années. Il est là, devant moi. C’est comme si je le voyais pour la première fois. Il bouge librement, enchaine les mouvements, multiplie les positions. Il se tord, se plisse et se reforme au gré de ses envies.". Le photographe en épouse les mouvements au seins de prises "métaphoriques" mais qui restent une manière de lui faire l'amour.

Jean-Paul Gavard-Perret

03/02/2020

La poésie articulaire de Franz Mon

Mon 2.jpgFranz Mon, "Traces d'articulations", MAMCO Genève à partir du 28 janvier 2020.

Né à Francfort-sur-le-Main en 1926, Franz Mon est l’un des pionniers des mixages visuels entre la littérature et l’art. Dès 1950 parallèlement à ce qui se passait dans l'art sonore, spatialiste, et concret. Le titre de l'exposition est un rappel de premier livre de Mon : "artikulationen"  (articulations ), 1959). Elle rassemble des exemples de chacune de ses expérimentations qui lient le langage à l'image par des collages. Il deviennent la transition entre poésie et art visuel comme le prouve son poème-alphabet « ainmal nur das alphabet gebrauchen » (1967).

Mon.jpgLa création interdisciplinaire et une nouvelle esthétique hybride (poétique, typographique, picturale et acoustique) prennent donc essor. Et  dans le livre "Wie was begann" («Comment cela a commencé»), l'artiste précise l'embrayeur de ses premiers travaux : «L’art et la littérature vont de pair avec la redécouverte et l’évaluation de l’apport de nos prédécesseurs des années 1920.» C'est donc dans la suite du dadaïsme, de Kurt Schwitters et plus avant du pré-surréalisme de Guillaume Apollinaire que l'auteur et artiste recrée un sens et un vision de type poésie concrète qui reste éloignée de toute poésie mécanique, statistique, permutationnelle, etc.. Elle demeure centrée sur la vie là où les corpuscules linguistiques deviennent des sortes de paysages abstraits.

Mon 3.pngFace à ceux qui affirment qu'il n’y a pas de pensée dans la poésie nouvelle, Franz Mon prouve que les mots, les syllabes, les cellules de la langue parviennent à prouver qu'elle existe à partir de signes insérés au cœur de l'art. Le créateur utilise tout ce qui ressemble aux premiers en se servant comme matériau de base ceux la presse quotidienne. Il développe son approche selon trois axes : la poésie expérimentale, les collages et les pièces radiophoniques. L'artiste provoque divers remodelages de la lisibilité, de la compréhension et de la perception des signes selon une abstraction aussi physique qu'abstraite. Se scellent de nouvelles alliances en une aventure d'ascèse et de débordement

Jean-Paul Gavard-Perret

01/02/2020

Les bains "amniotiques" de Chloé Delarue

Tafaa bon.jpgChloé Delarue, "TAFAA The Century of the Snitch",Villa du Parc, Annemasse, du 8 février au 9 mars 2020

Chloé Delarue vit et travaille en Suisse. Elle est diplômée de la Villa Arson (Nice) et de la HEAD (Genève) . Elle a réalisé de nombreuses expositions personnelles ces dernières années, à Zürich, Berlin, Bruxelles et Nevers. A la Villa du Parc elle propose nouvelle occurrence de TAFAA (Toward A Fully Automated Appearance). Sous cet acronyme elle développe une recherche plastique en un .ensemble dense et immersif, "où s’hybrident des résidus techniques contaminés par une muqueuse organique, TAFAA agit comme un biotope évoluant de manière générative au fil des expositions" précise l'artiste. L'oeuvre échappe à toutes les écoles et genres. L'art prend un statut singulier où l’adhésion devient assez ambigüe. Il casse quelque peu tout happy end par trop attendu de même que les limites de la création.

Tafaa bon 2.jpgUn tel environnement physique est fondé et mis en mouvements par des évolutions lentes et des énergies apparemment de basse intensité. En émergent les effets des changements en cours de notre sensibilité et de nos rapports au réel par des technologies dont les développements et migrations sont de plus en plus multiples, puissantes et autonomes. L'artiste crée un univers anxiogène dont la temporalité est floue : se réalise en temps réel un futur qui serait déjà passé mais qui se répète dans ce TAFAA qui "apparaît comme un territoire parallèle, clandestin, espace tangible mais paradoxalement incertain". Toute une transgression est là pour montrer "du" réel d'après mais déjà là de toujours mais indicible. Tout est montré sans aucun prosélytisme et rien n'est figé.

Jean-Paul Gavard-Perret