gruyeresuisse

15/04/2018

Annabel Aoun Blanco ou l’image qui revient

Blanco Bon.jpgA travers ses récentes photographies la Genevoise Annabel Aoun Blanco adresse une lettre d’amour qui ne s’écrit pas. L’image qui revient en sortant des linceuls des effacements demeure néanmoins une énigme. Si bien que cette supposée lettre nul ne peut-dire à qui elle est- adressée. Dans les jeux d’apparitions qui viennent se coller sur le néant, les contraires se plaisent et se conjuguent. Ils sont nourris des paysages intérieurs de la créatrice en jonction avec les visages photographiés et dé-visagés. Demeure toujours une approche du passage du silence. La créatrice y semble délibérément seule. D’une ressemblance obscure naît une autre ; c’est une chute qui ne tombe pas.

Blanco bon 2.pngPar effet de variations, les photographies proposent néanmoins l’amour inoubliable du monde et des êtres. Existe une nudité de l’image et de sa "chair du double" dont parle Bernard Noël. Jonctions, déplacements, glissements créent une figurative tournée autant vers l’aube que le crépuscule. Demeure une légèreté adolescente qui ne peut se conquérir qu’au fil des années et une fois que se retire le joug de la “ science ” apprise. Des bruissements sont de l’ordre de l’écharpe, du secret. Reste l’instant répété de l’envol immobile. Ni le lointain, ni l’intime. Mais les deux à la fois.

Jean-Paul Gavard-Perret

Annabel Aoun Blanco, « Reviens », Galerie Elizabeth Couturier, Lyon du 5 avril au 5 mai 2018.

13/04/2018

Michelle Dethurens : les efflorescences de la lumière

Dethurens 2.jpgMichelle Dethurens, « Peinture », Galerie Marianne Brand, Genève, du 19 avril au 12 mai 2018.

Connue surtout comme céramiste, Michelle Dethurens est aussi peintre de la délicatesse et d’une certaine déliquescence d’où néanmoins jaillit un monde coloré, mystérieux et riche. Chaque toile devient la fenêtre ouverte au passage de la lumière. L’artiste crée un monde enchanteur par des « paysages » où s’élargissent les possibilités de l’imaginaire. Elle réussit à évoquer la force poétique du passage bien au delà d’une simple évocation paysagère.

Dethurens 3.jpgLe monde n’est plus enfermé mais s’ouvre là où il flotte et vibre à la manière d’une hallucination. L’artiste refuse de traiter le monde sur un mode dépressif. Sur les abîmes un secret jaillit. Taches et traces créent l’affleurement de la lumière. Les contours et lignes chancellent dans un mouvement sinon de bourrasque du moins de remuements. Le trouble en est le centre : l’univers devient badiane ou anis étoilé, la nuit se change en jour, loin des carêmes. Par fluctuations et floculations le monde se transforme en fiction et la fiction en réalité. L’artiste prouve que l’art peut éclairer mais selon une manière diffuse qui .empêche la grande nuit de tomber sur notre perception et les représentations de la prétendue psyché.

Jean-Paul Gavard-Perret

11/04/2018

Les passants de Michel Haas

 haas2.jpgMichel Haas, « Entre deux ères, Œuvres choisies, 1990 - 2018 », Galerie Ligne Treize, Carouge, du 14 avril au 18 mai 2018.

Michel Haas invente d’étranges méduses dans des « habits » aux multiples couches. L’œil fait retour chez lui mais selon d’étranges portes. Existent aussi des princes du quotidien (fleurs à la main) qui semblent grimper des falaises collantes des murs en des techniques mixtes et divers monotypes.

Haas.jpgLes bustes semblent rêver de performance et d’allaitement le tout en tension et en équilibre. L’espace se nourrit d’épaisseurs. Elles sont parfaites pour ce type d’avatars qui n’ont rien de porcelaines sur le bord de la cheminée. Personne ne se demande s’ils ont été victimes de torture ou  furent des idoles indigènes aux hanches de déesse, car - et de fait - ils sont bien plus proches de nous que de la chimère.

Mais le tout crée un ensemble plus qu’intéressant afin de suggérer la précarité humaine. Il y a là des exilés faisant la queue sur la comète pour enjamber des barrières du réel dans leur gymnastique. De tels Neptune sont moins des bourreaux du bitume que des êtres qui nous ressemblent : inachevés ils tentent de dessiner un nouvel espace au gré du temps.

Jean-Paul Gavard-Perret