gruyeresuisse

17/09/2017

Fifo Stricker le baroque

FifoStricker.jpgFifo Stricker, « Dessins – aquarelles », Galerie Patrick Cramer, Genève, du 14 septembre –au 31 octobre 2017

Tout chez Fifo Stricker est traité physiquement, de manière charnelle plus que psychologique. Chacun est atteint par la « monstration » de notre propre monstre et de celui du monde mais selon une explosion baroque des formes et des couleurs. L’ensemble reste résolument d’ici-bas, d’ici même donc humain ou animal dans les dernières preuves « d’amour ».

Fifo .jpgLa chair est présente non dans ses affres mais à travers ses parures sans forcément un retour à la pudeur mais sans pour autant en provoquer l’outrage basique. La puissance du dessin est là : tout est jaillissement primitif et poétique. Le Douanier Rousseau n’est pas loin, tout comme les arts primitif et surréaliste. Les carnations deviennent intenses et de nombreuses sensations sont provoquées par une création qui mêle le réel et l’onirique sans le moindre recherche de l’esquive.

Fifo 2.pngL’obsession du corps animal, l’inscription de la corporéité par la technique plastique renversent nos présupposés idéologiques au sujet du corps consommé / consommable, du corps du désir, du corps de jouissance, etc.. Il redevient poétique. Et par la magie fomentée par Stricker il ne pourrit pas. Il n’existe plus d’analogie entre l’art et la mort. La matière singulière du premier dégage de l’angoisse, en construisant un memento mori drôle et fantastique, qui en appelle moins à l’intellect qu’à la sensation vive.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

10/09/2017

Charlotte Mary Pack : quand l’animal rit

Pack.jpgCharlotte Mary Pack, Exposition, Galerie Marianne Brand, Genève Carouge, dans le cadre du 15e Parcours Céramique Carougeois du 16 au 24 septembre 2017

Pour les fans de la représentation animalière, pour ceux au certain goût pour le biscuit anglais et une tradition baroque toute britannique, la céramiste Charlotte Mary Pack fait figure de fée du logis. Mais ceux qui aiment l’humour dans l’art seront tout aussi séduits par l’emphase d’un tel théâtre parfois parfaitement scénarisé et parfois réduit à l’ornement de vaisselle du plus haut kitsch.

Pack 2.pngL’artiste est par ailleurs engagée par la défense et le respect des animaux mais son œuvre dépasse largement ce côté lutte. Certes l’animal n’est jamais caricaturé - bien au contraire. Mais l’œuvre peut être tout autant comprise dans la tradition nonsensique britannique même si l’artiste refuserait d’y être incluse.

Pack 3.pngDes chats maigres comme des clous, des crocodiles louches et toute une ménagerie de céramique s’envolent au vent et font que l’humour cultive la perspective d’un respect envers l’animalité qui sort de la nuit des circonstances pour redevenir des icones blancs ou colorés en des stratégies plastiques. Elles proposent un bouillon de culture familier et sauvage qui appelle à la réjouissance. A son corps défendant - ou non - la jeune artiste apparaît déjà comme un talent sûr. Rares sont en effet les céramistes capables à la fois d’une réflexion sur la vie et un sens aigu de l’humour le plus insidieux là où la célébration plastique donne le jour à un rituel poétique totalement décalé.

Jean-Paul Gavard-Perret

03/09/2017

Le trouble des milieux : Stéphane Thidet

Thidet.jpgStéphane Thidet, diplômé de l’Ecole nationale supérieure des Beaux-arts de Paris, est représenté par la galerie Laurence Bernard à Genève. Ses œuvres infléchissent le réel sous différents types d’assemblages, de distorsions, de suites et passages. Il est toujours question de grimper une paroi là où pourtant tout semblait jusque là aller de soi en un visiblement inébranlable.

Thidet 3.jpgLe réel subit les assauts d’installations, photographies, machineries diverses au sein  d’écarts discrètement ironiques faits pour vaincre l’anxiété et la peur au moyen de visions poétiques décalées. L’artiste n’explique rien : il fabrique pour créer des rencontres intempestives tant par les prises de vue que les installations hybrides et croisées.

Thidet 2.jpgTout devient plus trouble et clair au sein d’irruptions, torsions, déclinaisons parfois quasiment minimalistes, parfois plus (mais faussement) lyrique. De telles intrusions délogent de nos lieux sûrs où l’angoisse fétichisée du passé comme du futur est détournée : choses ou lieux se métamorphosent selon un merveilleux, un ailleurs dans ce qui s’emplit, se vide ou se déserte. De la cymbale au module d’exploration spatiale fait de bois et jusqu’aux vieilles salles d’hospices, la fantaisie détourne les peurs, s’en amuse en une irruption dont le champ narcissique est vidangé évacué au profit d’une vision qui agite les formes généralement attendues.

Jean-Paul Gavard-Perret

Stéphane Thidet, Exposition collective, Galerie Laurence Bernard, Genève, du 14septembre au 21 octobre.