gruyeresuisse

06/01/2018

Andrea Mastrovito et les efflorescences

Mastrovitoo bon.jpgAndrea Mastrovito, « Le jardin des Histoires du Monde », du 18 janvier au 16 mars2018, Art Bärtschi & Cie, Genève.

 

 

Mastrovitto2.jpgL’ex punk bergamasque Andrea Mastrovito crée un univers aussi enchanteur (mais pas toujours) que signifiant et poétique à travers le dessin, la peinture, les installations en papier impressionnante de féerie. Fasciné par l’histoire, il la revisite, s’imprègne des mythes, des religions, des hommes, puis en révèle des épisodes qu’il reprend et mixe pour les transformer en une sorte d’atemporalité là où l’imaginaire règne en maîtresse de cérémonie.

Mastrovitto3.pngSa série de dessins sur bois « jardin des Histoires du Monde » a été réalisée dans sa ville natale. Sera aussi projeté son long métrage « NYsferatu - Symphony of a Century » aux cinémas du Grütli. Il contient de plus de 35000 dessins. L’artiste y fait revivre le « Nosferatu » de Murnau selon des problématiques contemporaines.

Mastrovitto.pngDans cette exposition comme ce film se retrouve implicitement l’arte povvera par l’utilisation du papier. Mastrovito le métamorphose parfois en trois dimensions au sein par exemple de ses châteaux comme dans « N’importe où hors du monde ». Rien ne demeure figé en de telles fresques murales ou non. Les œuvres obsèdent la curiosité là où les points de vue sont multipliés. Le spectateur est transformé en rêveur : l’art s’arrache à la fixité au sein de bourrasques de couleurs ou par le noir et blanc. Le ciel et la terre semblent s’inverser dans un déploiement d’une fête nocturne ou lumineuse.

Jean-Paul Gavard-Perret

05/01/2018

Du sage au sacripant : fagots cités de Jérôme Meizoz

Meizoz.jpgJérôme Meizoz, « Haute trahison », La Baconnière, 10 CHF, 32 p., 2018.

Jérôme Meizoz prouve qu’un brillant professeur d’Université (celle de Lausanne en l’occurrence) peut être un excellent auteur dont l’humour est aussi corrosif que dévastateur. Il l’avait déjà prouvé en écrivant « Les Désemparés », « Père et passe », « Faire le garçon ». Ici en mêlant « dans un monologue fait pour être lu d’une traite » qui va être représenté à Lausanne en janvier, le héros tente de répondre aux injonctions de deux registres différents : une préface pour un livre sur les peintres de montagne et une conférence à propos d’un chant de la Divine Comédie de Dante (le Chant XXXIIII du Styx réservés aux « Traitres »). Plutôt que de résoudre la quadrature de ce cercle à géométrie variable - ce qui est parfaitement réalisable - le narrateur en profite, cortex dénoué, pour partir en sauts et gambades entre marmots, crétins des alpes et d’ailleurs et autre pauvres ou riches diables. Le tout en subissant des incidents de passage avant non le dénouement mais le suspens terminal - sorte de fin de non recevoir ponctué d’une clause de sauvegarde : « j’avais à fendre mon bois pour l’hiver »…

Meizoz 2.jpgUn tel bucheron affectionne les plaisanteries de derrière les fagots. Si bien que son livre est un cours de miracles. L’écoute de la discussion sur France Culture d’une écrivaine (qui ne l’est pas) ne le remet pas pour autant sur les rails. Meizoz poursuit sa farce déambulatoire. Et c’est un régal. Aux lecteurs chenus de la « Lectura Dantis », l’auteur préfère les plombiers zingueurs qui franchissent non les portes de l’Enfer mais d’un bistrot. Histoire de remettre à leur place les amateurs sages de paysages, ce qui ne l’empêche pas au passage - entre deux brèves de comptoir - de saluer le Florentin qui au milieu de son âge et sans traverser l’Achéron découvrit du Léthé et le Paradis et sa salle de transit.

Meizoz 3.jpgPreuve qu’être payé pour réfléchir n’empêche pas les billevesées et de pratiquer l’autodérision. Manière aussi de clouer le bec aux lecteurs francophones qui pensent encore que les vaudois manquent d’humour. Meizoz pour le prouver poursuit sa fanfare improbable. Par acupuncture cervicale le langage chatouille les lobes au moment où le narrateur a mieux à faire que de s’engager dans des présupposés plus ou moins humanistes de la peinture et de la littérature. Restent ici le plaisir d’avanies avec en plus une bonne bière dès le matin. Tout est bon afin que les équilibres instables créent de véritables danses du scalpel : le lecteur ne se fait pas pour autant un sang d’encre. La fantaisie verbale ouvre les plaies du monde : la béance devient jouvence de l’abbé sourire d’un clerc tout en « haute trahison ».

Jean-Paul Gavard-Perret

 

03/01/2018

John Armleder toujours

Armleder.jpgJohn Armlerder, « Hors sujet », Galerie Joy de Rouvre, du 18 janvier au 3 mars 2018.

John Armleder suit toujours son idée première (du moins telle qu’il aime la présenter) : ne pas fonctionner sur l’intelligence mais sur des commandes qui deviennent une impulsion créatrice. Mais ce n’est pas si simple. Ce que l’artiste choisit (objets par exemple) est la résultante de tout un travail de maturation. Certes Armleder prend soin de les décontextualiser comme il le fit naguère avec les « Furniture-Sculptures ». Libre au spectateur de « rebondir » dessus.

Armleder 2.pngL’artiste sait aussi que si en théorie « une œuvre d'art n'est pas forcément pensée pour un usage muséal », de fait elle est toujours considérée comme telle même pour usage et environnement personnel. Néanmoins l’artiste – le sachant – a toujours soif de créer des décalages. Fidèle un temps avec ses « dot paintings » à une sorte de « pointillisme », son « fluxisme » originel rejoint une forme de constructivisme qu’il poursuit en cultivant néanmoins et toujours divers types d’écarts dans et par la peinture.

Armleder 3.pngC’est pourquoi en dépit des étiquettes qui peuvent s’accoler à l’œuvre, Armleder s’en dégage sans forcément organiser un discours politique autour d'un style ou d'une méthode pas plus « de faire un carton d'invitation avec un tableau ». Ses "Wall paintings", les sculptures en plexiglas, peuvent donner l’impression qu’il passe vers le décoratif. Mais c’est là une vue de l’esprit. Il est vrai que celle-ci est déterminante Mais ce serait ne pas comprendre ce qu’une telle peinture prend en charge de la réalité. Ce qui paraît environnemental ne l’est jamais. Visiter l’exposition de Genève permet aisément de le comprendre.

Jean-Paul Gavard-Perret