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01/04/2017

Torsten Solin : la femme aux miroirs

Solin bon.jpgTorsten Solin «Broken Mirrors», Krisal Galerie, Galerie Christine Ventouras, Carouge, du 4 mars au 1er avril 2017

 

 

 

Solin.pngPour traquer l’identité, Torsten Solin sait que le portrait univoque ne suffit pas. Il faut le déconstruire afin de percer sa vérité sous le réel et au-delà de l’objectivité de l’image reflet ou miroir. La manière passive et indifférente avec laquelle le miroir « renvoie » l’image n’est donc qu’un croire-entrevoir, d'un fantôme, d'une vue de l'esprit. « Cassant » le support l’artiste déchiffre par diffractions la figure muette qui se multiplie en divers pans de fuite. Le photographe porte l'attention sur le regard et l'échange qu’il entretient avec l’image.


Solin 2.pngDans ce processus et ce face à face décalé l’artiste s'éloigne de l’effet de rapprochement et d'identification. La femme n’est plus le miroir des fantasmes et devient porteuse du poids de l'invisible et de l'origine. Elle échappe au temps comme la photographie échappe à une histoire connue. Mais elle crée aussi une brèche ouverte sur un possible : la femme devient l'étrange visiteuse, l'image d'un simple retour qui n'est plus acceptable.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

22/03/2017

Les murs d’interrogation de Greg Palma au MAMCO

 

Greg Parma 2.jpgGreg Parma Smith, "Zeitgeist", Mamco, 22 février - 7 mai 2017.

Moulés en apparence dans les lutrins paisibles du langage plastique admis, celui de Greg Parma Smith avance afin de créer un traité où l’image cesse de s’accélérer en ses spasmes. La solitude est tout se qui demeure, son savoir jaillit de déchets entre étude et altitude. L’image n’a plus qu’à dévisager le cratère du silence et de signaler le dépérissement des apparences. Elle n’est plus que « la face avide de caresse sans parole ». Et c’est pourquoi elle parle encore sur les creux de la vie que tels des « mains runiques » l’oeuvre tente de remplir.

Greg Parma 3.jpgLa peinture devient un moyen ralentir le temps et la dématérialisation grandissante à travers divers corps - au sens propre comme au sens figuré. L'artiste reprend l'histoire de l'art en réunissant deux de ses temps forts : celui de Pollock et Bram Van Velde et leur revendication du tableau comme quelque chose de plat et celui de Rauschenberg pour qui image et objet se métamorphosaient selon de nouvelles déclinaisons.

Greg Parma.jpgGreg Parma Smith trouve là ses sources à ses moissons d’incertitude. Ses œuvres deviennent des murs d’interrogation et représentent bien plus qu’un leurre. La lucidité prend de biais même ceux qui croient voir droit ou juste. L’artiste les réduit à l’état de Janus somnolents. La peinture ressemble soudain à une suite de nécessaires amas de brindilles dans les bois du savoir artistique. Le logos plastique du créateur balaye les images à la gomme non sans humour dégingandé lorsqu’il exhume des « cartons » de l’art et de leurs ténèbres ses propres mises à plat et traces.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

21/03/2017

Peste soit de l’humain : Yvan Larsen

Larsen.pngYvan Larsen, « Sculpter la vie », Musée de Carouge, du 26 janvier au 2 avril 2017

 

 

 

 

 


Larsen 3.pngL’artiste genevois Yvan Larsen prend un biais paradoxal pour imager la vie : la sculpture animalière. Celui qui fut taxidermiste présente au Musée de Carouge son bestiaire et parfois des saisies du corps humain selon des formes qui tendent vers l’abstrait. Néanmoins toutes ces figures créent d’étranges germes de vie austère et suggèrent un appel. Il est autant intense que muet. De telles métaphores deviennent nos doubles et peut-être des paradigmes de l'impuissance qui se poursuit dans le manque.

 

 

Larsen 2.jpgChaque animal met en effet l'accent sur notre faiblesse mais suggère autant la quête d’un secret. Tête baissée ou boule bien haute l’animal devient notre fantôme. Il offre un regard éperdu. Est-il l’objet d'un souvenir malheureux ou attend-il une chance de repartir ? Nul ne peut le dire mais chaque sculpture vient brouiller les certitudes acquises et activer des émotions loin de l’empreinte anthropomorphique. Elle est livrée au jour et à la nuit, autiste, solitaire, figure mimétique de ce qui se passe à l'intérieur de l’être. Chaque animal erre en une sorte de nuit mentale ou un temps d'éternité. L’animal n’est pas un subterfuge mais la seule attitude "viable" pour essayer de recouvrer le temps ou de s'en extraire définitivement selon un contrat par lequel la poursuite de la forme ne serait qu'une recherche plastique de la nature humaine.

Jean-Paul Gavard-Perret