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15/07/2019

L'image mouvement selon Nino Migliori

migliori bon.jpgNino Migliori, "Mov-Ment-Azione - 8 histoires de mouvement", Fondation Fluxum, Genève à partir du 12 septembre 2019.

Nino Migliori est intéressé par l'émancipation de la forme des images (plus particulièrement photographiques) afin de trouver la possibilité d'une île, d'une trace et d'une danse à son imagination bien plus qu'une reproduction de la réalité.

Migliori 2.pngAprès diverses recherches sur les murs parce que selon lui l'homme face à eux se désinhibe en créant des graffitis qui eux-mêmes libèrent l'inconscient, le geste et l'image il cherche de nouvelles voies et de nouvelles chambres obscures. Il ne s'agit pas d'atteindre le vrai mais de rendre visibles fantasmes et idées dans un rapport plus proche de la peinture à la photographie là où les deux interagissent selon divers procédés.

Migliori.pngEn effet Nino Migliori manipule le matériel et les instruments photographiques en vue d'images qui échappent à un tel médium. Surgissent des sténotypes, des idéogrammes, des expériences visuelles constituées de réactions chimiques avec le sel d'argent ou autres substances. Sur la gélatine avant séchage s'imprime des indices transposés ensuite vers des supports comme le cellophane ou le plexiglas en un jeu entre le positif et le négatif des images. Le tout pour des envols et trilles au dessus du sens concassé des apparences de réalité.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

13/07/2019

Etti Abergel : révisions des images

Etel 4.jpgEtti Abergel, "Decodage", Galerie Mezzanin, Genève, du 13 septembre au 11 novembre 2019

Toute l'oeuvre de Etti Abergel navigue entre solitude et appartenance, déracinement et ré-enracinement. L'artiste crée des images mythiques mais tout autant "réalistes" (dans une révision de l'art abstractif et conceptuel). Le tout à la jonction de deux mondes - d'un côté, celui de sa propre solitude et, de l'autre, de la communauté d'appartenance nouvelle. Afin d'y parvenir, elle trouve un nouveau langage indépendant nourri de ses expériences, de ses études, de sa mémoire intime et collective et de ses mythes - judaïques en l'occurrence.

Etel 3.jpg

Par ce qu'elle a vécu et appris l'artiste invente un langage visuel subjectif et transgressif. Il s'agit de reprendre diverses approches afin de rectifier le réel tel qu'il est par une vision expérimentale. Celle-ci  ne manque jamais de grâce, de majesté, de force même lorsque le réel tel qu'il est semble pris à la gorge.

 

 

Etel 2.jpgA travers des sédiments de différents niveaux (textes, images, objets, etc.) Etti Abergel ouvre une narration personnelle mais à caractère général. Tout est construit afin de créer une monstration plurivoque qui se veut une lutte contre divers traumatismes là où les différentes déconstructions deviennent la voie d'une création où le mythe est renouvelé en érections intempestives.

Jean-Paul Gavard-Perret

12/07/2019

Hreinn Friðfinnsson : l'image rôdeuse et fille perdue

Frofinsson.jpgHreinn Friðfinnsson, "To Catch a Fish with a Song: 1964–Today", Centre d'Art Contemporain, Genève, du 24 mai au 25 aout 2019.

Hreinn Friðfinnsson est à sa manière un paysagiste créateur d’un régime figural particulier. De plongée en plongée, d'émergence en émergence et par la profusion des médiums - photographie, dessin, tracé, vidéo, installation, texte ready-made - et des sujets, il crée de multiples manières des "objets" mais aussi une conceptualisation qui, par une économie de moyens associée à un langage poétique, fait surgir un monde insaisissable et parfois humoristique.

Frofinsson 3.jpgLe paysage lui-même est un visage et le visage un paysage. Quittant tout souci de narration, à travers des thèmes ou objets récurrents (divers types de récipients par exemple) le plasticien invente le lien du matériel et du spirituel, de l’intime et de l’universel par la mise en jeu d'une idiosyncrasie en une sorte de conceptualisme romantique décalé là où la dématérialisation de l'art est liée aux phénomènes matériels, au paysage lui-même et à la beauté. Celle-ci acquiert une nouvelle dimension.

Frofinsson 2.jpgNé en 1943 à Baer Dölum, en Islande, l'artiste vit à Amsterdam depuis 1971. Les 70 œuvres réunies dans "To Catch a Fish with a Song: 1964 - Today" mettent en évidence l'importance de cet artiste trop méconnu. Avec lui, l'image - rôdeuse et fille perdue - recouvre de son fluide guérisseur et de son apparition la trace des passages. Il n'y a plus qu'à se laisser entrainer là où une langue visuelle aussi poétique que sèche crée un spectaculaire très particulier. La couleur et la matière jouent un rôle particulier là où le sensible est conceptualisé de manière à créer des scènes particulières et pas forcément narratives.

Jean-Paul Gavard-Perret