gruyeresuisse

02/12/2016

Isabelle Jarousse ou les espaces obsédants

Jarousse.pngIsabelle Jarousse a appris à fabriquer elle-même le support de ses œuvres – à savoir le papier. Plutôt que de le réduire à une surface plane, elle le torche, le plisse quand le besoin s’en fait sentir. Si bien que le support lui même devient langage puisqu’il est en quelque sorte le creuset du travail. Le dessin épouse les reliefs du papier pour imposer une vision grouillante où surnagent êtres, faune et flore dans un étrange Eden – à moins que ce soit un enfer de Dante.

Jarousse 2.pngL’accident de parcours joue nécessairement un rôle dans la création : l’artiste ne le subit pas pour autant, elle en fait son allié. Il permet l’érection d’une forme d’érotisme jonché de fentes et de rides. Surgit moins une narration qu’un langage spécifique où la représentation tient autant de la figuration que de l’abstraction en divers flux et calligraphies à l'encre de Chine. Liberté et tumulte créent un univers étrange aussi mythique que neuf. La hantise des espaces joue à plein.

Jean-Paul Gavard-Perret

Isabelle Jarousse, « Papier blanc, encre noire – Double regard », galerie Mottet, Chambéry, 3 décembe 2016 -14 janvier 2017.

17/11/2016

X sous X


Porno 2.pngDes centaines de maris qui seraient bien rentrés chez eux mais qui risquaient d’y retrouver leur épouse décidaient parfois de faire une halte dans un cinéma X. C’est là parler d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître : ils ont tout désormais sur internet et de manière plus bouchère...

Mais savoir que la vie fait de nous des figurants passifs alors qu’au cinéma porno les acteurs  sont en mouvement (pas question de regarder l’heure à la pendule du studio) ne suffisait pas à appâter le gogo. Toutefois les autorités « sanitaires » de la morale avaient le bras séculier lourd. En 1975, la loi française interdit l’usage d’images explicites sur les affiches de films pornographiques. Dès lors les distributeurs doivent multiplier les chartes graphiques et linguistiques pour répondre à la pénurie organisée.

Porno.pngDe cet important corpus « Pornographisme » propose une sélection et un historique de graphismes kitschissimes à la mode psychédélique et de titres extravagants : « Orgies au camping », « La Comtesse est une pute », « La grosse cramouille de la garagiste », « Les vieux sur la vieille » ou « Merlin l’emmancheur ». Pour un homme seul et désirant le rester ces appels étaient une bénédiction. Les stars du genre étant connues cela évitait les présentations en une époque où la pornographie devint ce qu’elle n’est pas : non une monstration mais une évocation. Grotesque ou poétique, c’est selon.

Jean-Paul Gavard-Perret

Mickaël Drai & Christophe Chelmis, « Pornographisme », éditions Marque Belge, 2016.

02/11/2016

Peter Knapp entre humour et érotisme

Knapp 4.jpgPeter Knapp, « Bleus, entre l’écume et les cieux », du 20 octobre au 27 novembre 2016, exposition de plein air, sur la plage de Deauville.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Knapp.jpgLe festival de créations photographiques Planche(s) Contact présente cette année et entre autres une rétrospective des photographies de mode de Peter Knapp, réalisées à Deauville dans les années 1970. Pour les campagnes de Courrèges comme pour les commandes des magazines Elle ou Stern, les fameuse « planches » de Deauville, sa digue immortalisée par Lelouch, les Bains pompéiens et la plage ont fourni à Knapp des décors en corrélation avec son univers graphique, géométrique et coloré. Une installation monumentale sur la plage met en correspondance ces photographies et la série des monochromes bleus.

Knapp 2.jpgCelui qui est devenu le maître d’une créativité chic et inventive s’offre ici une ère de repos ludique. On ne sait si celui qui affirmait lors d’un ouvrage beaucoup plus tragique (l’illustration du livre de Jorge Semprun sur les camps de la mort « L’écriture ou la vie » : « Dans le fond, je suis artiste, mais au cours des dernières années je suis devenu, emballeur, déballeur, livreur, transporteur, voyageur et touriste. Je n’ai quasiment rien fait de nouveau, si ce n’est une ou deux petites choses qui m’ont satisfait », sera satisfait par cet hommage de Deauville. Toujours est-il que la photographie - même si elle est de commande - ne bâcle pas les données de la création au sens plein du terme.

Knapp 3.jpgDans le bain normand de révélation une confrontation agissante a lieu. Comme Jupiter le voyeur est avec Callisto mais ce n'est pas forcément Cupidon créateur du transfert, qui en est responsable. L'érotisme n'y est pas purement "ornemental". Et même si la fièvre acheteuse reste le propos implicite de telles photographies, Knapp crée néanmoins une distance entre son sujet et le voyeur. Les modèles brouillent les cartes admises des lois marketing pour pénétrer l'inconscient sans pour autant le guider uniquement vers la marchandise.

Jean-Paul Gavard-Perret