gruyeresuisse

08/10/2016

Les raisins de l’adultère


AAAApingeot 3.jpgLa France aime ses monarques et s’entiche de leurs frasques. Pour preuve l’accueil laudatif de ses gazetiers (toutes tendances confondues) qui saluent les kilos de papier propres à envelopper les lettres d’amour du Président à sa donzelle. Au début de leur relation elle avait 20 ans, lui 46 : de quoi redonner de la verdeur au roucouleur charentais. Si l’on en croît ses missives il rêvait de glisser en elle comme dans ses pantoufles. Que l’amoureuse laisse descendre cul sec dans son cœur ces brouets sirupeux est pardonnable Que la critique chante la pompe du corpus compassé dans le plus pur style XIXème siècle victorien laisse interdit. Le prince y surjoue les Pierrot d’amour avant d’aller pousser plus loin son bouchon.

AAAPingeot2.jpgVirtuose de la viole de gambettes, il cultive du bis repetita placet. Compter fleurette est un moyen de tailler le bout de gras pour celui qui s’ennuie en conseil des ministres ou entre deux élections présidentielles. L’émoi du conformiste amant au surmoi pondéral reste d’un ennui crasse. Pas la moindre originalité; rien que du « Mignonne allons voir si la rose » sans la moindre épine. Manière pour le susdit de poursuivre d’assiduités surannées son Emmanuelle scolaire. Et il est étonnant qu’Anne Pingeot - aussi brillante  aujourd’hui - ait donné son aval à la publication d'un tel marivaudage conformiste où seules la morgue et la hauteur du commandeur n’ont rien d’artificielles. Quant à la littérature elle demeure lit (au ciel pudiquement évoqué) et ratures (sur la moindre malséance). C’est du prêchi-prêcha de bobonne compagnie, un cake étouffe-chrétien mâtiné aux raisins adultérins.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

François Mitterrand, « Lettres à Anne - 1962 – 1995 », Gallimard, Paris, 2016.

 

 

 

 

 

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05/10/2016

La peinture est le poème qui creuse les images - Etel Adnan

AAAADnan.jpgEtel Adnan est née en 1925 à Beyrouth. Après des études à la Sorbonne et à Harvard, elle a enseigné la philosophie en Californie. Des livres sur la guerre civile libanaise comme "Apocalypse arabe" ou "Sitt Marie Rose" (devenu un classique de la littérature de guerre) l’ont placée comme une des voix les plus importantes du féminisme et de la lutte pour la paix. Son œuvre plastique se construit à partir des éléments basiques composés en une architecture puissante et première. Elle est exposée dans le monde entier. AAAaDnan2.jpgPar son inscription néo « cubiste » elle se situe loin du naturalisme comme du symbolisme. Au sein de l'éclatement des procédures picturales, des circuits de diverses possibilités se croisent. Etel Adnan a horreur des effets : à un express qui déraille elle préférera toujours une suite de pas dans le désert. Toute l’œuvre n’a pour but que de faire jaillir « la chose qui fait le lien avec tout le reste. C’est ce que nous appelons notre personne. Il y a un lien qui se fait involontairement, qui est là, c’est notre sensibilité, c’est notre identité… C’est une même personne dans des lieux différents. Tout art est une fenêtre ouverte sur un monde auquel lui seul a accès » écrit l’artiste.

Aaaadnan3.jpgSon œuvre rappelle aussi la puissance de l’amour : « Amoureux, on devient un oiseau : l’on tend le cou et entend un chant que l’on n’attendait pas. On est sans voix ». Néanmoins la créatrice sait que la plupart des êtres refusent de céder à la puissance d’un tel sentiment. C’est pourquoi son travail se fait un appel afin que les êtres osent ce risque et ne se contentent pas de croupir dans la médiocrité. C’est le seul « salut » terrestre. Il permet de supporter les ruptures dans la réalité. « Celles-ci créent des abîmes métaphysiques où la nature du temps se dévoile à nous » mais ce temps est pour la créatrice moins un état qu’une énergie. Elle doit lier les événements et les êtres dans une aspiration et le respect de la vie et non des idéologies célestes porteuses de nuages donc de pluies diluviennes. Etel Adnan préfère donner présence à la lumière du jour en découpant l’espace par signes, formes et couleurs.

Jean-Paul Gavard-Perret

Etel Adnan, « A Tremendous Astronomer », 12 octobre – 19 novembre, Galerie Lelong, Paris.

30/09/2016

Space Odyssea de Nelly Haliti


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Haliti 2.pngHaliti 3.png

Haliti 4.pngNelly Haliti, « Jours : mois : années », installation vidéo., Centre Culturel Suisse de Paris jusqu’au 30 octobre 2016.

 

Pour son installation vidéo au C.C.S. Nelly Haliti fait chauffer ses machines : les images défilent, passent d’un écran à l’autre. Une histoire arrive, une autre s’efface, le tout en boucle. Surgit une suite de paysages bulgares silencieux, des mosaïques, du béton en miettes, une poétique de la ruine avec en surimpression sur le site de Buzludzha, un monument construit il y a 35 ans et abandonné. L’installation est créée à partir d’images tournées en 16 mm. Le format lui-même ramène à un temps révolu par le grain et sa lumière. Le format désormais compliqué et suranné nécessite un travail spécifique.

Se retrouve l'obsession de la jeune artiste pour la destruction, la transition et le montage sur fond de nappes sonores. Dans l'expression plastique des images émerge la formation picturale de l'artiste. La bulle du bâtiment bulgare rappelle d'autres figurations que l'artiste a déjà expérimentée à Genève. Le film lui-même devient un abri ouvert et fermé. Il sert de coque et d'écran, de sujet et d'objet à la vidéo. Manière de faire basculer le substrat « documentaire » en une poésie spatiale là où le bâtiment devient un vaisseau du même ordre.

Jean-Paul Gavard-Perret