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10/12/2016

Delicatessen : Claire et Philippe Ordioni

Ordioni 2.pngClaire et Philippe Ordioni cherchent les métamorphoses du portrait par l’éclosion d’une forme de fantasmagorie parfois monstrueuse mais le plus souvent baroque. La figuration est tamisée en bonne distance entre le rêve et le réel. Tout devient drôle ou inquiétant. En primitifs du futur les deux créateurs imaginent qui ne doivent leur salut qu’en sombrant dans une schizophrénique visuelle pour faire face à un monde lui-même mentalement et psychiquement affectés. Au leurre répond le simulacre.

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Ordioni 3.pngChoisissant leurs modèles au fil des rencontres ou de leurs amitié, Claire  et Philippe les scénarisent : chaque modèle incarne au mieux « son » monstre grâce à l’alchimie des deux artistes. Pour l’heure Philippe Ordioni n’a pas réussi (si on le croit) le modèle parfait citant pour le confirmer une phrase de Diane Arbus : « Je n’ai jamais réussi à réaliser la photo que je voulais prendre, elle est toujours soit pire, soit meilleure ». Il pousse pourtant la folie plus loin puisque le corps y est engagé de manière frontale. Tout est captivant, fantastique. L’univers de « Delicatessen » n’est jamais loin mais en plus onirique.

Jean-Paul Gavard-Perret

Claire et Philippe Ordioni, « Portraits baroques », « Divas baroques », « Icônes baroques », Arnaud Bizalion Editeur, 2016, chacun 18 E.

08/12/2016

Immanences lumineuses : Jean-Claude Bélégou


Belogou.jpg"Les Chambres" de Jean-Claude Bélégou retiennent sous diverses lumières mais sans la recherche d’ « effets » le mystère des corps. Le photographe est précis sur ce point : "La série est née de cette fascination pour la lumière, changeante et tournante, dans sa qualité comme dans ses quantités, au fil des saisons dans les pièces de la maison et sur les étoffes, la chair, les corps. On y trouvera de nombreuses références picturales, mais une esthétique purement photographique, c'est là-dessus que je jongle depuis quinze ans ». Voilà pourquoi ce travail est aussi prégnant avec une profondeur de mémoire et de variations à l’intérieur d’un thème ou d’une stratégie de « prise ».

Beligou 3.jpgQu'il s'agisse d'effacements ou de surgissements, d'apparition ou de disparition, le corps s’inscrit entre deux rives et dans l’abandon. Jean-Claude Bélégou sait éviter tout effet lyrique et toute affectation esthétisante. Bref chaque cliché est "juste". Tout se passe dans le statisme de ce qui pourtant s’écoule. A tout désir d’évasion le photographe oppose la contemplation de ses « sources ». Inutile de les quitter, ce serait pure distraction. Il faut se battre avec le corps sans narcissisme, ostentation, facticité mais en vue d'une caresse optique en des gorges de lumière.

Jean-Paul Gavard-Perret

04/12/2016

Cendres Lavy ou les flammes de l'existence

 

Lavy bonbonbon.jpgCendres Lavy par divers facteurs et pour plusieurs raisons, dont il serait vain de faire l’inventaire, accorde attention à une série d’indices, corporels (voire plus). Femmes et hommes sont animés de faisceaux énergétiques quasi magiques et tout autant farcesques. Philosophe, l’artiste l’est. Mais aux pesants traités sur la corporéité elle préfère « dire » le corps. Ou plutôt le montrer. Elle a pris sur elle de considérer tous principes, repères, acquis, habitudes, comme des hérésies. Leur valeur doit être remise en cause afin de trouver de nouvelles logiques nées à la fois de l’instinct mais tout autant du background d’une culture que la créatrice ne fait jamais état. Elle a mieux à faire. Il s'agit d'avancer, de repartir comme d'un degré zéro selon une conception mentale qui demeure capitale. Le but est d’accomplir un désir qui saute d'une image ou d’une série à une autre avec fantaisie acide.

Lavy bonbonbon 2.jpgNéanmoins la plasticienne s’arrête au point où devenir sarcastique, cynique serait maladroit, malséant. D’autant qu’elle doute d’elle-même comme des idées reçues- mais juste ce qu'il faut. Elle n’est pas de ces poissons qui croient en dieu sous prétexte que c’est lui qui changerait l’eau de leur bocal. Elle n’est pas plus de celles qui prétendent changer les choses mais ne font que les tourner. Si, elle, les tourne c’est en ridicule afin de faire jaillir une vérité. C’est pourquoi de telles images intriguent, déroutent, amusent, éveillent. Elles peuvent déclencher une réaction presque instinctive de plaisir mais tout autant de recul : entendons réflexion. Lavy bonbonbon3.jpgL’artiste remixe nos images acquises pour leur donner un nouveau sens - à savoir du corps. Reprenant les clichés (body-buildeuses par exemple ou autres « monstres » qui nous ressemblent) elle les détourne de manière comique et conséquente. C’est un miroir plus ressemblant qu’on ne le pense. Si bien que l’œuvre devient une arme - apparemment inoffensive : elle entretient toutefois, des connivences avec l’arme à feu. Certes elle ne tue pas : elle fait bien mieux : elle cicatrise par divers types d’opérations - entendons ouvertures.

Jean-Paul Gavard-Perret

Voir absolument :www.cendreslavy.net