gruyeresuisse

28/10/2016

La poésie, spore aphrodisiaque - Daniel Dezeuze

 

 

Dezeuze.pngAu moment où arrive le temps de tirer la toile - et pas seulement celle que la peinture réclame - les clés qui permettent de la tendre deviennent rares. Ceux qui jadis furent "mâcheurs de coca / ou chercheurs du Yage" se transforment en habituées de "fumettes douces", de "vodkas allongées", ce qui n'empêche pas le peintre poète de remettre les gants ou sa tournée. Délaissant l'image pour les mots Dezeuze la construit autrement. En "lamellés-collés" il rameute des instants d'années.

Dezeuze 2.jpgEncore agile, le poète se veut farceur, marche sur des toits de cloîtres habités "par des nonnes aux vœux légers" (du moins c'est ce qu'il, intrinsèquement, souhaite). Avant de revenir au trou qui de la nuit sexuelle conduit à l'abstinence il convient de se désenfouir pour éliminer de la vie les longues absences. Il utilise autant l'arrogance que la chute, s'émerveille des beautés de la nature compilées dans la dernière partie du livre : "Nervures".

Les euphorbes y ouvrent leurs ombrelles blanches, les uniséminées du Mexique deviennent de "vivaces cucurbitacées / bonnes à cuisiner". Preuve que le nerf dans le végétal est autant fanon que barbe de plumes. Quant à la douceur des femmes elle n'est pas oubliée. Elles demeurent feu sous la neige, légende dorée, appâts à plein temps. Elles rendent la vie si belle qu'il n'existe plus de raison de la prolonger dans l'au-delà. Belle leçon d'inconduite en nos temps où la tombola des religions retrouve un paquet de clients.

Jean-Paul Gavard-Perret.

Daniel Dezeuze, "Clefs à tendre la toile écrue", Editions Fata Morgana, Fontfroide le Haut, non paginé, 2016.

25/10/2016

La Clandestine : Suspension Regina

Suspensio.pngPour Suspensio Regina création et destruction ne se conçoivent pas l’une sans l’autre. L’artiste découd à sa main le passé pour le recoudre contre l’état d’une société abattue et dont les acteurs de la pensée, de la culture et de l’art restent moins en interaction avec le monde tel qu’il est qu’en contemplation.

Suspensio 2.pngL’acte créateur devient fondamentalement « politique » dans la mesure où il est l’initiation par la femme de conduites qui n’ont rien de rétrécies ou de brouillardeuses. L’artiste revendique un « do it yourself », émet des propositions imprévues qui éloignent des idées confuses, des peurs hagardes.

 

Suspension 3 bon.pngBref elle tient tête à la vie, aux hommes en créant des courants parfaitement tendres et féminins. Ils renouent avec un fascinant original. Face à l’histoire de l’humanité qui a fait subir aux femmes le joug de forces inconscientes ou trop conscientes, elle apprend à vivre par-devers la ruine, dans l’espoir d’une sérénité. Elle refuse les existences recroquevillées et uniquement pour soi. Si bien que quelque chose avance dans son œuvre d’horizon pour les passagères et les passagers de la Terre.

Jean-Paul Gavard-Perret

17/10/2016

En présence des clowns : Jacques Flèchemuller



Flechemuller 2.jpgDe la pratique très éphémère du métier de clown dans un cirque itinérant, Jacques Flèchemuller a hérité de l’art du masque et du comique. Mais ce masque ne cache pas : il cabosse, rend dérisoire les images codées de l’érotisme en vigueur. Flechemuller.pngLe glamour des pulpeuses femmes tirées des images de papier glacé joue des « choses » de la mode comme des attributs paysagers. Et il n’est pas jusqu’à un prince d’un rocher monégasque à ressembler à un bouliste rehaussé de primates.

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Dans une imagerie tirée des dessins des années 50 où les couples semblent particulièrement niais l’artiste crée un contre-pied hérité de l’admiration du peintre pour « Les Pieds Nickelés », première B.D. mal pensante et anarchiste. Partant de leurs quatre héros anti-mousquetaires Flèchemuller a repris à sa main les grands maîtres comme les images populaires. Manière de rendre Vélasquez et Goya encore plus noirs qu’ils le furent. La cocasserie est omniprésente mais elle se nourrit d’une certaine angoisse. Flechemuller 3.jpgLes peintures plutôt que d’épouser le courant le remontent en cultivant des ratages programmés fertilisés par des savoirs dont l’origine se perd sans doute dans les premiers moments de l’art et la pratique des masques que les hommes inventèrent au moyen de terres de diverses couleurs pour créer des ruptures sémantiques avec ce qu’ils furent.

Jean-Paul Gavard-Perret.