gruyeresuisse

17/11/2016

X sous X


Porno 2.pngDes centaines de maris qui seraient bien rentrés chez eux mais qui risquaient d’y retrouver leur épouse décidaient parfois de faire une halte dans un cinéma X. C’est là parler d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître : ils ont tout désormais sur internet et de manière plus bouchère...

Mais savoir que la vie fait de nous des figurants passifs alors qu’au cinéma porno les acteurs  sont en mouvement (pas question de regarder l’heure à la pendule du studio) ne suffisait pas à appâter le gogo. Toutefois les autorités « sanitaires » de la morale avaient le bras séculier lourd. En 1975, la loi française interdit l’usage d’images explicites sur les affiches de films pornographiques. Dès lors les distributeurs doivent multiplier les chartes graphiques et linguistiques pour répondre à la pénurie organisée.

Porno.pngDe cet important corpus « Pornographisme » propose une sélection et un historique de graphismes kitschissimes à la mode psychédélique et de titres extravagants : « Orgies au camping », « La Comtesse est une pute », « La grosse cramouille de la garagiste », « Les vieux sur la vieille » ou « Merlin l’emmancheur ». Pour un homme seul et désirant le rester ces appels étaient une bénédiction. Les stars du genre étant connues cela évitait les présentations en une époque où la pornographie devint ce qu’elle n’est pas : non une monstration mais une évocation. Grotesque ou poétique, c’est selon.

Jean-Paul Gavard-Perret

Mickaël Drai & Christophe Chelmis, « Pornographisme », éditions Marque Belge, 2016.

02/11/2016

Peter Knapp entre humour et érotisme

Knapp 4.jpgPeter Knapp, « Bleus, entre l’écume et les cieux », du 20 octobre au 27 novembre 2016, exposition de plein air, sur la plage de Deauville.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Knapp.jpgLe festival de créations photographiques Planche(s) Contact présente cette année et entre autres une rétrospective des photographies de mode de Peter Knapp, réalisées à Deauville dans les années 1970. Pour les campagnes de Courrèges comme pour les commandes des magazines Elle ou Stern, les fameuse « planches » de Deauville, sa digue immortalisée par Lelouch, les Bains pompéiens et la plage ont fourni à Knapp des décors en corrélation avec son univers graphique, géométrique et coloré. Une installation monumentale sur la plage met en correspondance ces photographies et la série des monochromes bleus.

Knapp 2.jpgCelui qui est devenu le maître d’une créativité chic et inventive s’offre ici une ère de repos ludique. On ne sait si celui qui affirmait lors d’un ouvrage beaucoup plus tragique (l’illustration du livre de Jorge Semprun sur les camps de la mort « L’écriture ou la vie » : « Dans le fond, je suis artiste, mais au cours des dernières années je suis devenu, emballeur, déballeur, livreur, transporteur, voyageur et touriste. Je n’ai quasiment rien fait de nouveau, si ce n’est une ou deux petites choses qui m’ont satisfait », sera satisfait par cet hommage de Deauville. Toujours est-il que la photographie - même si elle est de commande - ne bâcle pas les données de la création au sens plein du terme.

Knapp 3.jpgDans le bain normand de révélation une confrontation agissante a lieu. Comme Jupiter le voyeur est avec Callisto mais ce n'est pas forcément Cupidon créateur du transfert, qui en est responsable. L'érotisme n'y est pas purement "ornemental". Et même si la fièvre acheteuse reste le propos implicite de telles photographies, Knapp crée néanmoins une distance entre son sujet et le voyeur. Les modèles brouillent les cartes admises des lois marketing pour pénétrer l'inconscient sans pour autant le guider uniquement vers la marchandise.

Jean-Paul Gavard-Perret

30/10/2016

Amazing Amazonie : Yann Gross

Yann Gross.jpgYann Gross, « The Jungle Show II », Centre Culturel Suisse de Paris, du 4 Novembre au 4 Décembre 2016.

 

 

 

 

 

 

 

 

Yann Gross 2.jpgL’exposition propose les images d’un périple de cinq ans de Yann Gross à travers l’Amazonie. Plus précisément le long du fleuve Amazone et de ses divers affluents sur les traces d’un conquistador espagnol, Francisco de Orellana de la Colombie au Pérou, du Brésil à l’Équateur. Photos et films illustrent (et bien plus) loin de la seule production d’un reportage, la cohabitation entre tradition et modernité. Ils proposent une réflexion sur la notion de progrès sans tomber dans la mythologie de l’altérité, la quête de l’exotisme ou la croyance « engagée » qu’il existerait dans cette zone une société primitive à sauver.

Yann Gross 3.jpgLe tableau dressé est sans faux-fuyants, dénué de romantisme. Autour de zones de bateaux accrochés au bord du fleuve et de ses affluents jaillit une vie bien différente de ce qui est souvent donné à voir en dilution. Espaces aménagés, prairies artificielles, lotissements préfabriqués grèvent un lieu qui désormais est intégré à la mondialisation galopante. Une fois entrée dans la brèche de l’immense forêt, elle repousse la nature et l’identité locale qui peu à peu se réduisent à une peau de chagrin.

Yann Gross 4.jpgLes portraits prouvent comment deux mondes se rejoignent : une femme nue devenue sex-symbol s’expose en portant un masque de jaguar (entité mythique du Pérou). Un ancien chaman est portier de l’église évangélique de son village, une gagnante d’un concours de beauté illustre la chute de l’Amazonie dans un baroque qui n’a plus rien de typique. Mais Yann Gross se contente astucieusement d’ouvrir les archives du temps et de l’esprit des lieux en perpétuel mouvement.

Jean-Paul Gavard-Perret