gruyeresuisse

08/12/2016

Immanences lumineuses : Jean-Claude Bélégou


Belogou.jpg"Les Chambres" de Jean-Claude Bélégou retiennent sous diverses lumières mais sans la recherche d’ « effets » le mystère des corps. Le photographe est précis sur ce point : "La série est née de cette fascination pour la lumière, changeante et tournante, dans sa qualité comme dans ses quantités, au fil des saisons dans les pièces de la maison et sur les étoffes, la chair, les corps. On y trouvera de nombreuses références picturales, mais une esthétique purement photographique, c'est là-dessus que je jongle depuis quinze ans ». Voilà pourquoi ce travail est aussi prégnant avec une profondeur de mémoire et de variations à l’intérieur d’un thème ou d’une stratégie de « prise ».

Beligou 3.jpgQu'il s'agisse d'effacements ou de surgissements, d'apparition ou de disparition, le corps s’inscrit entre deux rives et dans l’abandon. Jean-Claude Bélégou sait éviter tout effet lyrique et toute affectation esthétisante. Bref chaque cliché est "juste". Tout se passe dans le statisme de ce qui pourtant s’écoule. A tout désir d’évasion le photographe oppose la contemplation de ses « sources ». Inutile de les quitter, ce serait pure distraction. Il faut se battre avec le corps sans narcissisme, ostentation, facticité mais en vue d'une caresse optique en des gorges de lumière.

Jean-Paul Gavard-Perret

04/12/2016

Cendres Lavy ou les flammes de l'existence

 

Lavy bonbonbon.jpgCendres Lavy par divers facteurs et pour plusieurs raisons, dont il serait vain de faire l’inventaire, accorde attention à une série d’indices, corporels (voire plus). Femmes et hommes sont animés de faisceaux énergétiques quasi magiques et tout autant farcesques. Philosophe, l’artiste l’est. Mais aux pesants traités sur la corporéité elle préfère « dire » le corps. Ou plutôt le montrer. Elle a pris sur elle de considérer tous principes, repères, acquis, habitudes, comme des hérésies. Leur valeur doit être remise en cause afin de trouver de nouvelles logiques nées à la fois de l’instinct mais tout autant du background d’une culture que la créatrice ne fait jamais état. Elle a mieux à faire. Il s'agit d'avancer, de repartir comme d'un degré zéro selon une conception mentale qui demeure capitale. Le but est d’accomplir un désir qui saute d'une image ou d’une série à une autre avec fantaisie acide.

Lavy bonbonbon 2.jpgNéanmoins la plasticienne s’arrête au point où devenir sarcastique, cynique serait maladroit, malséant. D’autant qu’elle doute d’elle-même comme des idées reçues- mais juste ce qu'il faut. Elle n’est pas de ces poissons qui croient en dieu sous prétexte que c’est lui qui changerait l’eau de leur bocal. Elle n’est pas plus de celles qui prétendent changer les choses mais ne font que les tourner. Si, elle, les tourne c’est en ridicule afin de faire jaillir une vérité. C’est pourquoi de telles images intriguent, déroutent, amusent, éveillent. Elles peuvent déclencher une réaction presque instinctive de plaisir mais tout autant de recul : entendons réflexion. Lavy bonbonbon3.jpgL’artiste remixe nos images acquises pour leur donner un nouveau sens - à savoir du corps. Reprenant les clichés (body-buildeuses par exemple ou autres « monstres » qui nous ressemblent) elle les détourne de manière comique et conséquente. C’est un miroir plus ressemblant qu’on ne le pense. Si bien que l’œuvre devient une arme - apparemment inoffensive : elle entretient toutefois, des connivences avec l’arme à feu. Certes elle ne tue pas : elle fait bien mieux : elle cicatrise par divers types d’opérations - entendons ouvertures.

Jean-Paul Gavard-Perret

Voir absolument :www.cendreslavy.net

 

02/12/2016

Isabelle Jarousse ou les espaces obsédants

Jarousse.pngIsabelle Jarousse a appris à fabriquer elle-même le support de ses œuvres – à savoir le papier. Plutôt que de le réduire à une surface plane, elle le torche, le plisse quand le besoin s’en fait sentir. Si bien que le support lui même devient langage puisqu’il est en quelque sorte le creuset du travail. Le dessin épouse les reliefs du papier pour imposer une vision grouillante où surnagent êtres, faune et flore dans un étrange Eden – à moins que ce soit un enfer de Dante.

Jarousse 2.pngL’accident de parcours joue nécessairement un rôle dans la création : l’artiste ne le subit pas pour autant, elle en fait son allié. Il permet l’érection d’une forme d’érotisme jonché de fentes et de rides. Surgit moins une narration qu’un langage spécifique où la représentation tient autant de la figuration que de l’abstraction en divers flux et calligraphies à l'encre de Chine. Liberté et tumulte créent un univers étrange aussi mythique que neuf. La hantise des espaces joue à plein.

Jean-Paul Gavard-Perret

Isabelle Jarousse, « Papier blanc, encre noire – Double regard », galerie Mottet, Chambéry, 3 décembe 2016 -14 janvier 2017.