gruyeresuisse

12/10/2014

Assauts d’homme et go more : Nadine Agostini

 

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Nadine Agostini est la diablesse de la plus sainte des chapelles. Son corps - en ce lieu comme en ses livres - est disposé en chœur dans la région où la pensée n’est que panier percé. Sans doute par ces effets d’ouverture. Ils sont soignés au besoin suivant le lieu par le dentiste et le gynèco gantés de rose et songeant à leur épieu dans leurs vœux les moins pieux.  Ils regardent au fond de l’entreval où le vrai se livre. Bouche, jambes lues ouvertes en livre. Le feu se pourra-t-il scellé ? Les soignants supputent que la chair est très douce en la diablesse. Pendant ce temps elle cultive des architectures des X et des Y, des géométries d’abscisses désordonnées par effets de miroir algébiques. Des noyaux d’ombre centraux sont conjugués par l’agir des cuisses qui ouvrent le danger. Doux en l’âtre est son chevêtre en l’envers et la verse.  Le change donne la bête aux enfers. L’auteure tue-t-elle néanmoins celui qu’il est devant ses textes ? Le risque est grand. D’autant qu’au besoin elle devient plurielle et lève la noire la plus nuit. Des secousses sont jointes à l’écriture lorsque l’oiseau de poing est bien dressé.

 

Agostini.jpgEn divine "traitresse" Nadine Agostini tire le corps branche à branche de son tissu de ronces. Perdurent des pliures d’ombre, un chemin frayé  par degrés jusqu’au pubis. La coupe va montant ou tombe horizontale.  Mais elle est toujours pleine afin que se comble la baie et que le texte avance. L’offre s’étoffe en de beaux draps lexicaux dégingandés. Le corps s’écrit en ailes. Les jambes sont des routes. Le désir n’est pas loin. La jupe abandonnée est sur une chaise. Une bretelle s'était vite décrochée. L’amant vit le corps - mais il ne se voit plus corps. Dans chaque texte l'attente ne  peut  plus attendre (gourmande de sa gourmandise). L’écriture prend un tendre parfum et une vision tactile. Il y a des trous dans la haie des mots,  des seuils à franchir.  Assauts d'homme et go more : aux grands mots d’amour les grands remèdes. En cet enfer nouveau Dante erre au paradis. Et l’auteure s’en délecte.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

De l’auteur : Berceuse, (Comp’Act) ; Territoires (collectif, Fourbis) ; L’art dégénéré (collectif, Al Dante), Dans ma tête (Derrière la Salle de Bains). Lire aussi sur son blog les aventures d’Adrénaline.

 

 

 

08/10/2014

“Helvet Underground” : coucou roux coucou

 

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Yves Clédat et Coco Petitpierre - entre sculpture et performance -pratiquent un burlesque dégingandé à travers une déclinaison d’histoires de couples. Néanmoins aucune approche psychologique ne préside à de dérisoires ballets. Une de leurs œuvres les plus connues est celle de deux santons suisses hétérosexuels qui semblent sortis d’un coucou.  Privé de visage mais habillé de costumes typiques ils entament une valse à quatre temps avant de s’affaler sur le sol. Il n’existe là aucun ostracisme envers la Suisse mais plutôt via deux figures de son folklore le moyen de scénariser sous la forme de la parodie le mécanisme amoureux de corps devenus automates.

 

CLEDAT 2.jpgLa mise en branle des deux marionnettes est fonction des costumes des personnages qui s’animent au son de la valse. Son rythme s’accélérant la force centripète  fait culbuter des personnages. La chute renforce le caractère aussi drôle qu’insignifiant des personnages et souligne l’idée que les êtres sont dénués de vie intérieure, de « mer interne ». Qu’on se rassure toutefois : les deux figurines suisses ne sont que les épigones de bien d’autres pantins : bêtes humaines poilues, bonshommes de neige, etc.. Dans une narration réduite à minima l’interaction des corps se résume ici à une allégorie de l’amour. Réduite à sa plus simple expression elle déplace le sentiment à une simple mécanique géométrique. Les deux fantômes demeurent étrangers à qui ils sont sinon à leurs tibias. Ils leur permettent un temps d’effectuer leur chorégraphie (existentielle ?) avant le renversement final.

 

Jean- Paul Gavard-Perret.  

 

 

 

07/10/2014

Laure Forêt : Fragments du discours amoureux

 

 

 

 

 

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Morceaux de corps disposés dans la région où la pensée n’est que panier percé.

 

Suite de soleils roses gantés pour enjamber ceps et épieux.

 

Lignes et courbes noires tranchant l’épaisseur du blanc et celui de l’obscur.

 

Au fond de l’entre-val le vrai se livre. Une jambe lue ouverte en livre.

 

Le feu se pourra-t-il scellé ?  La chair très douce, très rose, inconnue, en protection rapprochée.

 

Corps jetés l’un contre pour libérer du manque.

 

Architectures des X et des Y. Noyaux d’ombre centraux. Conjugués à l’agir.

 

Par l’aide des bras ou des cuisses s’exercent le danger atteignant le siège là entre les jambes et les yeux.

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Douceur de l’âtre dans le chevêtre.

 

Renversement de lignes dans l’envers et la verse.  Le change donne la bête aux enfers.

 

La jambe échappe au corps, l’enlise plus belle de quoi elle s’empare.

 

Elle réunit sa peau la profonde, lève le noir le plus nuit.

 

Secousses jointes. Cambrures, galbes. De fond et de fleuve. Gestes uniquement.

 

Mains dans le sens des yeux se gonflent de changes. L’oiseau de poing là dressé ou replié.

 

Les gestes sont des routes. Ils se suffisent à eux-mêmes. Calligraphies de l’essentiel.

 

C’est le moment où le dessin commence se faisant nécessaire – motif et principe.

 

Seul compte l’instant de l’échange. Moments mutiques, énigme sans la question. La tendresse pour folie.

 

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Vaporeuse poussière d'un indiscret rayon de soleil. Le désir peut-il se soumettre

 

A cette folie ? A cette sagesse ?



Jean-Paul Gavard-Perret

 

 



 

Laure Foret en résidence au CAC de Pontmain, Février - Avril 2015, Vernissage de l'exposition le  25 Avril 2015

 

«  Mon Chéri » & « Pickpocket » Les Editions Derrière La Salle de Bains, Rouen.